Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Joseph Bastin

Joseph Bastin / Photo ©  Bibliothèque Les Chiroux, Liège Membre belge philologue du 9 avril 1938 au 6 août 1939.
Prédécesseur : Alphonse Bayot
Successeur : Maurice Delbouille
Fauteuil 15

BIOGRAPHIE

Le futur abbé Joseph Bastin est né le 8 décembre 1870 à Faymonville. Par certains côtés, une large part du destin singulier de cet enfant, issu d'une famille modeste d'agriculteurs, se trouve déjà inscrite dans cette date de naissance. Cette année-là, en effet, entrent en vigueur les lois du Kulturkampf, par lesquelles la Prusse entend germaniser, mais aussi laïciser l'ensemble des populations qu'elle administre. Faymonville, village de la Wallonie malmédienne et marche extrême de la Romania, faisait partie du territoire intégré à la Prusse en 1815 par le traité de Vienne : aussi la politique de volontarisme culturel et de contrainte linguistique mise en place dans les années 1870 allait-elle peser particulièrement sur cette région de tradition romane vivante.

Dans ce contexte, le cas de Joseph Bastin est exemplaire : élevé en wallon, qui est au sens fort sa langue maternelle, il ne peut apprendre le français qui, en tant que langue de culture, est banni de l'école, dont l'État prussien détient le monopole. En l'absence des instituteurs, ce sont souvent des prêtres protestataires, au premier rang desquels l'abbé Pietkin (qui sera pour Bastin une figure de référence) qui se chargent parallèlement et officieusement d'instruire les enfants en français. Cette première éducation devait évidemment faire naître de fortes attaches pour la culture française, mais aussi déterminer une vocation : en 1884, Bastin entre à l'Institut Saint-Remacle de Stavelot pour effectuer ses humanités dans la Belgique voisine, avant de poursuivre sa formation au Petit Séminaire de Saint-Trond, puis au Grand Séminaire de Liège.

Ordonné prêtre en 1895, Bastin enseigne à Stavelot jusqu'en 1907. Il retourne alors dans sa région natale, à Ondenval-Thirimont, où il est deux ans chapelain. Puis, il passe encore la frontière pour devenir professeur à l'Institut Saint Joseph de Dolhain (Limbourg). L'abbé Bastin, à cette époque, reprend le flambeau de ses prédécesseurs et s'attache, en plusieurs circonstances, à manifester, non sans risques pour lui-même, sa volonté de voir la région malmédienne sortir du giron de la Prusse. Ce n'est donc pas un hasard si, au moment où se déclenchent les hostilités du premier conflit mondial, le prêtre militant est arrêté et déporté pour être placé en résidence surveillée à Düsseldorf. Mais le combat mené de longue date devait cependant aboutir à la fin de la guerre, puisque le traité de Versailles, en 1919, décide le rattachement à la Belgique des cercles de Malmédy, Eupen et SaintVith.

Le combat de Bastin ne se situe pas seulement sur le terrain politique, mais aussi sur celui de la culture, par laquelle il veut défendre et illustrer la Wallonie malmédienne. Son œuvre, multiple et inclassable, est à la fois celle d'un archéologue, d'un dialectologue, d'un historien et folkloriste et même d'un botaniste, mais elle trouve précisément son principe unificateur dans l'intérêt qu'elle manifeste pour sa région natale. Cet intérêt est au premier chef dialectal : lié d'amitié avec Jean Haust, il est devenu correspondant de la Société de littérature wallonne et s'intéresse particulièrement au plus important des travaux philologiques qu'elle a alors entrepris, le Dictionnaire général de la langue wallonne. Le parler de Faymonville, à l'extrême pointe de la Romania orientale, représente une variété extrêmement intéressante de wallon ; aussi l'abbé Bastin donne-t-il en 1909 un Vocabulaire de Faymonville et une Morphologie du parler de Faymonville. Comme l'indique Maurice Piron, l'intérêt de ce travail, essentiellement descriptif et basé sur une information de première main, est d'avoir mis en lumière la remarquable particularité du patois de Faymonville et d'en avoir fait, pour les romanistes, dont von Wartburg, un point de repère incontestable pour l'étude des variétés du wallon.

L'autre ouvrage de Bastin, publié en 1939, est Les plantes dans le parler, l'histoire et les usages de la Wallonie malmédienne. Œuvre de longue haleine, il s'agit à la fois d'un traité de botanique qui inventorie les espèces nombreuses du plateau des Hautes Fagnes, mais aussi et surtout d'une étude des différents usages qui s'y rattachent : proverbes, coutumes, toponymes, utilisations médicinales ou industrielles, toute l'information disponible, sous quelque forme que ce soit, est convoquée pour enrichir ce travail qui est aussi bien celui d'un dialectologue que celui d'un historien. À côté de ces publications majeures, le reste de l'œuvre de l'abbé Bastin est fortement disséminé; beaucoup d'articles érudits ou critiques ont paru dans la presse locale et, pour indiquer la variété des disciplines qu'ils englobent, on citera quelques-uns de ses sujets de prédilection, qui allaient des fouilles de la Via Mansuerisca à la topographie de la Fagne wallonne, de Wibald, abbé de Stavelot-Malmédy au XIIe siècle, à Nicolas Pietkin.

Dès 1920, Joseph Bastin est nommé professeur de religion à l'Athénée royal de Malmédy, récemment créé. Il y travaille encore lorsqu'il est élu, le 9 avril 1938, à l'Académie royale de langue et littérature françaises, comme membre de la section philologique, au siège d'Alphonse Bayot. Reçu en séance publique le 10 juin 1939, il précise dès l'entame de son allocution qu'il pense devoir son élection «moins à (ses) titres scientifiques qu'à (ses) origines malmédiennes». Par là-même, il indique sans doute qu'au-delà de ses mérites philologiques et à travers sa propre personne, c'est peut-être toute une région qui a opiniâtrement lutté pour conserver son enracinement culturel que l'Académie entend honorer. Malheureusement l'abbé Bastin ne profite pas longuement de cette reconnaissance : un mois après sa réception, il entre à l'hôpital, atteint d'un cancer qui l'emporte en trois semaines, le 6 août 1939. Malmédy lui rendra l'ultime hommage de funérailles quasi officielles.



BIBLIOGRAPHIE

«Morphologie du parler de Faymonville», dans le Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, Liège, 1909.

Vocabulaire de Faymonville, Liège, Impr. H. Vaillant-Carmanne, 1909.

Les plantes dans le parler, l'histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, Liège, Impr. H. Vaillant-Carmanne, coll. «Nos Dialectes», 1939.



BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Maurice Piron, «Notice sur l'Abbé Joseph Bastin», dans l'Annuaire de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises, Bruxelles, 1972.