Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Thomas Braun

Thomas Braun / Photo © Ph. Max, Archives privées Membre belge littéraire du 22 avril 1939 au 11 septembre 1961.
Prédécesseur : Franz Ansel
Successeur : Géo Libbrecht
Fauteuil 23
BIOGRAPHIE

Né à Bruxelles, le 8 septembre 1876, Thomas Braun est le fils d'un avocat établi dans la capitale où il devint bâtonnier, sénateur et ministre d'État. De lointaine origine rhénane par son père et mosan de souche par sa mère, Thomas, aîné de douze enfants, est destiné de naissance à poursuivre la lignée d'avocats et de magistrats dans la tradition familiale. Il entre donc à l'Université de Louvain pour y faire des études de droit. Très tôt attiré par la littérature, il écrit des vers et fonde dans le milieu estudiantin une petite revue. Il collabore dès 1893 au Magasin littéraire et scientifique (des notes de vacances), rend visite en 1895 à J.-K. Huysmans, qui l'encourage; il donne des conférences et fait un séjour à Bonn pour se perfectionner dans la langue de Gœthe. Son premier poème marquant paraît dans Le Spectateur catholique de mai 1897. La même année, il publie une jolie plaquette intitulée L'An rehaussée d'images coloriées de Melchers : des vers classiques qui révèlent une âme sensible. En 1898, il est docteur en droit et devient stagiaire dans le bureau d'avocats dirigé par son père.

La parution, en 1900, du Livre des bénédictions fait figure d'évènement. Dans cet ensemble de poèmes à la forme parfaite, écrits en alexandrins, Thomas Braun laisse éclater sa joie de chrétien convaincu et exalte le lyrisme de la création. Le jeune auteur donne libre cours à ses élans spontanés et consacre ses bénédictions aussi bien à l'anneau nuptial et aux malades qu'à l'enfant, à la mer, aux oiseaux ou aux semences. Cet ensemble de seize incantations touche par la simplicité de la démarche, mais aussi par la joie qui s'en dégage, un peu à la manière de Francis Jammes. Thomas Braun est, au reste, devenu l'ami du solitaire des Pyrénées depuis deux ans et lui consacre une étude dans L'Art moderne. Ces liens se consolideront et les deux poètes correspondront pendant quarante ans avec une grande régularité. Leur échange de lettres a fait l'objet d'une édition.

Braun se marie en 1900 avec une cousine de Verhaeren et entame une brillante carrière d'avocat qui le mènera, comme son père, au poste de bâtonnier en 1925. Sa production littéraire est en réalité peu abondante et le fait s'explique sans doute par son absorbante activité professionnelle. S'il publie en 1903 une étude juridique, il faut attendre 1908 pour qu'un nouvel ouvrage paraisse en librairie. Propos d'hier et d'aujourd'hui regroupe des conférences et des discours très variés : du code Napoléon au mystique flamand Ruysbrœck, de l'évocation de la poésie de Francis Jammes à celle de la vie des artisans. Braun y affirme aussi sa passion pour l'Ardenne, dont il dépeint le cadre et les sites enchanteurs avec ferveur. Les deux centres d'intérêt de son œuvre sont ainsi définis : sa profonde foi chrétienne et son amour de l'Ardenne, où il se rend avec sa famille dès que ses loisirs lui en laissent la possibilité. Braun aime les forêts qui l'inspirent, les promenades et la chasse qui lui donnent la sensation d'être proche de la nature.

Avant la première guerre mondiale, il publie encore deux recueils de vers, Philatélie en 1910 et Fumée d'Ardenne en 1912. Dans la première plaquette, Braun laisse vagabonder son imagination en contemplant des timbres-poste qui le conduisent en Asie ou en Amérique. Le second ensemble, dans lequel Braun adopte une versification plus libre, est consacré à la vie quotidienne de l'Ardenne, à ses champs, à sa flore et à sa faune, à ses habitants. C'est un nouvel hymne reconnaissant à la création et à son auteur. Pendant le conflit, l'avocat n'hésite pas à mettre sa connaissance de l'allemand au service de la défense de compatriotes devant les tribunaux de l'envahisseur. Bien plus tard, après la seconde guerre mondiale, il acceptera courageusement de défendre Robert Poulet.

L'épouse de Braun est morte en 1919; il se remarie. De ces deux unions, sont nés treize enfants, parmi lesquels l'écrivain Benoît Braun. En 1921, il fait paraître un nouveau recueil de poèmes, À des absents (1914-1918), dédié à des amis morts au combat ou disparus récemment. Deux ans plus tard, un premier ensemble de sa production lyrique est regroupé en volume sous le titre général Le Beau Temps. Pendant une dizaine d'années, il ne publie plus, en dehors d'un opuscule sur le cardinal Mercier. Il revient à la poésie et à l'essai à partir de 1932. Ex-voto, inspiré par sa collection de statues de Notre-Dame date de cette année-là, Amour de l'Ardenne de 1933. Il s'agit encore d'un ensemble varié, composé de textes de circonstance, qui exalte la région célébrée, ensemble qui sera repris, avec quelques modifications, dans Passion de l'Ardenne (1949). Braun évoque l'histoire du pays depuis 1830, mais aussi Verlaine et Godefroid Kurth, les chemins de campagne et les fastes villageois. En 1934, l'avocat compose un poignant et sobre Thrène pour la mort du roi. Les essais de Miroirs de justice (1913-1928) paraissent en 1938; ce sont des épisodes de sa carrière professionnelle, qui montrent le visage d'un homme attaché à la qualité de la relation humaine.

Thomas Braun collabore à de nombreuses revues, entre autres au Mercure de France, au Thyrse, à La Revue catholique des idées et des faits, à La Renaissance d'Occident, à la Revue générale belge. Il cultive aussi l'amitié; Claudel, Maritain, Robert Valléry-Radot sont du nombre de ses intimes. Il est élu le 22 avril 1939 à l'Académie royale de langue et de littérature françaises, mais il ne sera reçu qu'en 1946, en raison de la guerre. Il est également élu à l'Académie luxembourgeoise.

Après un hommage en prose à la Lesse en 1943, Braun publie en 1948 son dernier recueil de poèmes, Notre zodiaque, de courts textes dans lesquels l'artiste déploie son talent pour exprimer son amour des forêts et de la nature en général. La même année, le Mercure de France publie un ensemble intitulé Poésie 1898-1948, dans lequel se retrouvent ses principaux textes. Thomas Braun meurt à Ixelles le 11 septembre 1961.



BIBLIOGRAPHIE

L'An, poésie, Bruxelles-Lyon, Éditions Claesen, 1898.

Le Livre des bénédictions, poésie, Bruxelles, Éditions O. Schepens, 1900.

Francis Jammes et les poètes simples, essai, Bruxelles, Éditions La libre esthétique, 1900.

Propos d'hier et d'aujourd'hui, Bruxelles, Éditions Van Oest,, 1908.

Paul Verlaine en Ardenne, essai, Paris, Éditions Les Marches de l'Est, 1909.

Fumée d'Ardenne, Bruxelles, Éditions Deman, 1912.

Le Beau temps, poésie, Bruxelles, Éditions Robert Sand, 1923.

À des absents (1914-1918), poésie, Bruxelles, Paris, Lille, Éditions Cahiers de l'Amitié de France et de Flandre, 1921.

Ex-voto, essai, Bruxelles, Éditions Vromant, 1932.

Thrène pour la mort du roi, poésie, Bruxelles, Éditions Universelle, Bruxelles, 1934.

Notre zodiaque, poésie, Bruxelles-Luxembourg, Éditions de l'Ouest, 1938.

Miroir de justice, essai, Bruxelles, Éditions La Connaissance, Bruxelles, 1938.

Amour de l'Ardenne, essai, Bruxelles, Éditions Durendal, 1949.

Poésie 1898-1948, poésie, Paris, Éditions Mercure de France, 1950.



BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Francis Jammes et Thomas Braun : Correspondance (1898-1937), Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises, 1972