Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Albert Guislain

Albert Guislain / Photo © Max Membre belge littéraire du 18 avril 1953 au 27 janvier 1969.
Prédécesseur : Louis Piérard
Successeur : Marcel Lobet
Fauteuil 20
BIOGRAPHIE

Né à Hal le 29 novembre 1890, Albert Guislain est le fils d'un fonctionnaire au tribunal de première instance. Désigné à Bruxelles, où il achèvera sa carrière comme secrétaire du procureur du Roi, le père du futur écrivain installe sa famille près du Palais de justice. Le milieu familial est propice à la culture; Albert a une sœur musicienne, qui s'adonnera au théâtre. Après des humanités gréco-latines à l'Athénée de Bruxelles, où Fernand Severin est professeur de littérature, le jeune homme entre à l'université pour y suivre les cours de droit.

Dès son adolescence, il manifeste un goût très vif pour les poètes symbolistes, et lit avec passion Francis Jammes, Jules Laforgue et Francis Vielé-Griffin. Il dévore les œuvres de Claudel, de Gide et de J.-K. Huysmans. On le voit assister aux conférences que donne Octave Maus à La Libre Esthétique. Pendant ses études, au cours desquelles il se lie d'amitié avec René Golstein, il collabore à de petites revues à l'existence éphémère. Il y écrit de courts articles sur ses auteurs préférés.

En 1914, il obtient son diplôme et devient avocat. Son métier l'accapare tout entier, et après d'occasionnels textes brefs dans La Lanterne sourde, il attendra d'avoir près de quarante ans avant de publier un volume. Le premier ouvrage d'Albert Guislain, Après inventaire, paraît en 1928. Il tient à la fois du journal intime, du récit de voyage et de la chronique touristique. L'écrivain s'arrête au milieu de sa vie pour établir un bilan d'images et de réflexions, en utilisant l'artifice d'une correspondance fictive. Il conduit le lecteur de Rome à Paris, mais s'attache plus particulièrement à décrire ses visites chez les bouquinistes de Bruxelles, auprès desquels il a découvert maints volumes, de Baudelaire, de Verlaine, de Péladan, de Rimbaud. Il ajoute à son évocation un peu de moralisme, s'attardant à la question de savoir ce que deviendra sa génération, dans laquelle il suspecte plus de recherche de plaisirs que de volonté de changer le monde.

Avant la seconde guerre mondiale, Guislain écrit des textes qui ont pour cadre la capitale belge, qu'il connaît et apprécie. Agrémentés de photographies, Découverte de Bruxelles, en 1930, et Bruxelles atmosphère 10-32, deux ans plus tard, sont des invitations à la flânerie, à la découverte, à la contemplation d'une ville capable, à ses yeux, de provoquer l'admiration du promeneur, de susciter un intérêt sans cesse renouvelé et une émotion de chaque instant. Bruxelles et sa population sont décrites avec minutie, et l'auteur s'attarde autant à l'histoire ancienne de la cité qu'à sa lente transformation vers un modernisme qu'il devine. En 1952, quand il publie Miroir de Bruxelles, Guislain voit encore en celle-ci une ville aimable, au passé prestigieux, au destin unique. Avec un enthousiasme aussi neuf que dans son premier livre, il décrit son amour indéfectible pour les clochers, les jardins et les vieilles pierres. Il est à la recherche de l'anecdote pittoresque, du trait qui éclairera sa description avec la plus grande vérité. Rien ne lui échappe : son intérêt pour les affiches en est un signe tangible.

En sa qualité d'avocat, Guislain est chez lui au Palais de justice, et comme le quartier où il a vécu sa plus tendre enfance n'a pas de secret pour lui, il consacre au bâtiment et à ses alentours un gros ouvrage en 1935. Dans Le Palais de Justice ou les Confidences du Mammouth, le juriste évoque quelques figures qui ont marqué non seulement l'histoire de sa profession, mais aussi celle de nos lettres. Jules Destrée, avec lequel il a l'occasion de travailler, Edmond Picard ou Thomas Braun revivent ainsi par le biais d'affaires traitées dans ce cadre grandiose. En 1938, il publie avec Henry Soumagne et son ami René Golstein, un volume de chroniques judiciaires, La Gazette des Palais 1937. Pour ou contre.

Albert Guislain, connaisseur raffiné, est un grand collectionneur d'objets d'art; sa passion pour la peinture reste intacte. En 1941, il consacre un petit opuscule à la révolution qu'il a vécue de près pendant sa jeunesse. Dans Le paysage impressionniste, des XX à La Libre Esthétique, il fait renaître l'époque fin-de-siècle. Il s'attachera plus tard à l'œuvre d'Anto Carte. Dans Le Caprice romantique, il décrit la carrière de Jean-Baptiste Madou, vouée à l'intimisme, sous l'Empire.

Si l'œuvre de Guislain ne compte pas de nombreux volumes, il faut y ajouter des centaines de chroniques, parues dans des revues comme Le Thyrse, Synthèses ou Savoir et Beauté, et dans des journaux comme Le Peuple, L'Indépendance belge ou Le Soir. Dans ce dernier, plus de mille articles ont été répertoriés, s'étalant sur près de quarante ans. Ils montrent l'étendue d'une vaste culture littéraire et artistique. Paris n'est pas bien loin de Bruxelles et Guislain parcourt souvent ses quartiers pittoresques pour s'imprégner de l'animation qui y règne. Son érudition lui permet de s'attacher à des croquis parisiens où se côtoient de façon variée Apollinaire et Maurice Chevalier, Odilon Redon et le mime Marceau, tout autant que les bouquinistes et les peintres de quartier. Ses textes prennent également pour toile de fond les nombreux voyages que l'avocat fait aux quatre coins du monde, de l'Inde à la Turquie, de la Grèce à la Russie, où il accompagne un jour Paul-Henri Spaak.

À ses nombreuses activités, il ajoute une charge de professeur de droit à l'Université libre de Bruxelles, la présidence de la Société des droits d'auteur, et la direction de la Libre Académie, fondée par Edmond Picard. Fidèle à ce dernier, il signe la préface des Pages choisies qu'une collection d'anthologies lui consacre en 1954. Il prépare une biographie de son illustre collègue, mais celle-ci restera dans ses tiroirs. Il meurt à Saint-Gilles le 27 janvier 1969. L'Académie royale de langue et de littérature françaises l'avait élu le 18 avril 1953.