Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Historique

Eût-elle été fondée vers la fin du dix-neuvième siècle, comme il en fut question en 1898, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique n'aurait pas bénéficié d'un statut aussi original et prospectif que celui dont la dote, à la suggestion de Jules Destrée, l'arrêté royal du 19 août 1920 portant la signature du roi Albert 1er.

Il n'est, en effet, que de relire le Rapport au Roi, par lequel le ministre des Sciences et des Arts du premier gouvernement d'union nationale d'après-guerre propose au souverain cette fondation pour mesurer l'actualité et la modernité de celle-ci. «Sur le plan intérieur, il s'agit de conférer à l'admirable efflorescence que nos Lettres ont connue depuis 1880, une reconnaissance octroyée dès 1886 aux Lettres flamandes par la création d'une Académie dont le siège est à Gand. Sur le plan extérieur, ses voyages, ses missions à l'étranger pendant la guerre ont convaincu Destrée de la nécessité d'inscrire dans un cadre international la défense et l'illustration de la langue française.»

D'où les trois originalités marquantes du projet.

La première est relative à la constitution interne de l'Académie. Elle réunira, autour d'une même table, des écrivains d'imagination – romanciers, nouvellistes, dramaturges, poètes – et des philologues, le mot étant compris au sens large, spécialistes de textes anciens, grammairiens, linguistes, historiens de la littérature. Pareille conjonction de deux catégories de membres est parfaitement originale. Le fondateur la justifie dans les termes que voici : «Le sens total d'une langue ne se révèle qu'en fonction de son incessante transformation.» Aux côtés de ceux qui l'emploient et l'enrichissent parfois inconsciemment doivent se trouver ceux qui en étudient le perpétuel mouvement. Que cette cohabitation génère, depuis trois-quarts de siècle, un climat d'attention et d'enrichissement mutuel entre les deux sections de l'Académie est une évidence.

La deuxième originalité du statut est la prescription faite à l'Académie d'élire des membres étrangers non seulement en France, mais aussi au Canada, en Suisse romande, en Italie, en Roumanie, en Tchéco-Slovaquie, dans tous les pays où le français est parlé, honoré, cultivé, et qui sont comme les provinces intellectuelles de la civilisation française. Quarante-deux ans avant que le célèbre numéro de la revue Esprit en consacre le mot, c'est, clairement, la prescience d'une francophonie s'élargissant des individus aux États. La suite du propos le fait bien entendre : aucun lien ne rattache les uns aux autres, à l'heure actuelle, ces divers centres de culture ; il a paru que la Belgique, tant par sa situation géographique qu'à raison du prestige que lui ont valu les épreuves de la guerre, était spécialement qualifiée pour essayer de réaliser un groupement international de cette espèce.

Enfin, Jules Destrée donne une troisième preuve de sa liberté d'esprit et de son attention aux évolutions de la société en prescrivant que l'Académie compte des membres féminins : «Dans ces dernières années, écrit-il, les femmes de lettres ont donné trop d'incontestables preuves de talent pour que l'on songe à les écarter d'une Compagnie littéraire.»

Il restait à donner un visage à l'institution naissante. Le ministre propose au Roi de constituer le noyau initial de l'Académie en y nommant les dix écrivains survivants de La Jeune Belgique : Henry Carton de Wiart, Georges Eekhoud, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Hubert Krains, Maurice Maeterlinck, Albert Mockel, Fernand Severin, Paul Spaak, Gustave Vanzype. Quant à la section philologique, ses quatre premiers membres seront des représentants de la nouvelle et brillante école liégeoise de philologie : Maurice Wilmotte, Auguste Doutrepont, Jules Feller et Jean Haust.

Enfin, Destrée assure l'autonomie de l'Académie en recommandant que les élections aient lieu par cooptation, ce qui exclut le dépôt de candidature. À quoi l'Académie ajoutera l'usage de choisir le nouvel élu sur une liste de deux noms, seul celui du nouveau membre étant révélé. Elle définira aussi sa composition comme suit : trente membres d'origine belge, dont vingt littéraires et dix philologues; dix membres étrangers, dont six littéraires et quatre philologues.

Dès l'année suivante, les «Quatorze» appelleront à eux Anna de Noailles, Gabriele D'Annunzio, le romancier suisse Benjamin Vallotton et le grand grammairien français Ferdinand Brunot. Une femme, trois pays, trois écrivains, un spécialiste de la langue : le prescrit «destréen» a fonctionné à la perfection dès le début. Depuis, il n'a pas cessé de porter ses fruits.

Depuis sa fondation jusqu'à aujourd'hui, l'Académie a compté cent vingt-quatre membres belges, dont onze femmes, et quarante-neuf membres étrangers, dont huit élues. Ces quarante-neuf membres viennent de France, de Suisse, d'Italie, des États-Unis, de Roumanie, du Canada-Québec, de Grande-Bretagne, de Chine, du Danemark, d'Espagne, de Finlande, d'Israël, des Pays-Bas, du Pérou ou de Suède.

On devine sans peine combien semblable rendez-vous de différences – par la génération, par la nationalité, par le domaine d'élection, par les courants de pensée et d'œuvres dominantes qui les ont inspirées ou qu'elles ont elles-mêmes produites – réserve de découvertes, de surprises, d'entrecroisements.