Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Rapport au Roi

Sire,

Il y a de longues années déjà qu'un mouvement très vif s'est dessiné dans certains milieux intellectuels en faveur de la création d'une académie de langue et de littérature françaises. Le mouvement trouvait sa justification dans l'admirable efflorescence que nos Lettres ont connue depuis 1880. Une pléiade de romanciers, de poètes, de critiques, d'auteurs dramatiques a porté au loin le renom de notre pays. Il n'est point d'endroit du monde civilisé où la gloire d'un Verhaeren, d'un Maeterlinck, d'un Lemonnier, n'ait affirmé la grandeur de la Belgique.

Or, l'Académie royale, où l'on souhaiterait voir groupés tous ceux qui, dans le domaine de la Science et de l'Art, ont illustré la nation, ne consentait à accueillir les littérateurs que si leur activité s'était orientée dans le sens des recherches scientifiques ou morales. Les poètes et les écrivains d'imagination en général en étaient exclus. Cela ne manquait pas d'inspirer à un grand nombre d'entre eux une certaine amertume. Ce sentiment paraît légitime quand on songe au sort plus favorable que le gouvernement a réservé depuis 1886 aux littérateurs de langue flamande.

Deux solutions se présentaient à ceux qui voulaient donner satisfaction aux désirs nettement exprimés par les écrivains belges de langue française. La première consistait à constituer, au sein de l'Académie royale de Belgique, une quatrième classe, réservée aux littérateurs. À deux reprises – le 3 novembre 1919 et le 5 juin 1920 – l'Académie, toutes classes réunies, se prononça contre ce projet de modification à ses statuts organiques. Toutefois, «voulant rendre hommage au développement et à l'éclat de la littérature belge de langue française», elle émit le vœu de voir «créer, en dehors d'elle, une académie de littérature française». C'était la deuxième solution du problème; le gouvernement ne pouvait que s'y rallier.

J'ai donc l'honneur de soumettre à l'approbation de Votre Majesté un projet de création d'une Académie royale de langue et de littérature françaises. Cette nouvelle compagnie groupera les personnalités qui, par leurs travaux, leurs écrits ou leurs discours, ont contribué de la façon la plus éminente à l'illustration de la langue française, soit en étudiant ses origines et son évolution, soit en publiant dans cette langue des ouvrages d'imagination ou de critique.

L'Académie royale de langue et de littérature françaises comprendra donc, non seulement des écrivains proprement dits : poètes, romanciers, dramaturges, essayistes, critiques, mais un certain nombre de philologues. Le sens total d'une langue ne se révèle, en effet, qu'en fonction de son incessante transformation. Aux côtés de ceux qui l'emploient avec autorité et l'enrichissent parfois inconsciemment doivent se trouver ceux qui en étudient le perpétuel mouvement. La langue française est la forme la plus brillante des divers parlers romans auxquels elle se rattache étroitement. L'Académie ne peut pas ne pas se préoccuper de nos dialectes wallons si savoureux et si pleins de vie. De même que les érudits qui se sont adonnés à l'étude des langues germaniques ont rehaussé le prestige de l'Académie flamande, les philologues romans ont leur place à l'Académie de littérature française.

Si le projet actuel s'inspire de l'arrêté du 8 juillet 1886, instituant l'Académie flamande, il s'en écarte cependant sur certains points.

La principale de ces innovations est la création de membres étrangers. L'Académie pourra appeler à elle un nombre limité d'écrivains ou de philologues de nationalité étrangère choisis non seulement en France, mais aussi au Canada, en Suisse romande, en Italie, en Roumanie, en Tchéco-Slovaquie, dans tous les pays où le français est parlé, honoré, cultivé, et qui sont comme les provinces intellectuelles de la civilisation française. Aucun lien ne rattache les uns aux autres, à l'heure actuelle, ces divers centres de culture; il a paru que la Belgique, tant par sa situation géographique qu'à raison du prestige que lui ont valu les épreuves de la guerre, était spécialement qualifiée pour essayer de réaliser un groupement international de cette espèce.

Le projet charge l'Académie de se recruter elle-même librement. Aucune règle ne lui est tracée à cet égard. Ses choix décideront de la considération qui s'attachera à l'institution. Ils pourront se porter non seulement sur des poètes ou des conteurs, sur des dramaturges ou des critiques, mais aussi sur des professeurs qui, dans leurs leçons, des orateurs qui, dans leurs discours, des religieux, qui, dans leurs sermons, auront affirmé leur souci d'écrire ou de parler la langue française avec correction et pureté. Les membres d'institutions similaires pourront donc faire partie de l'Académie nouvelle.

D'autre part, les choix de l'Académie ne devront pas être exclusivement masculins. Dans ces dernières années les femmes de lettres ont donné trop d'incontestables preuves de talent pour qu'on songe à les écarter d'une compagnie littéraire.

Il Vous incombera, Sire, de désigner les premiers membres de la future Académie. Je crois devoir vous proposer de les choisir pour la section littéraire parmi les lauréats, encore vivants, des prix quinquennaux et triennaux de littérature. En les choisissant, Vous honorerez à nouveau ceux qui furent autrefois honorés par leurs pairs avec la consécration de l'opinion publique, et Vous confierez aux personnes les plus qualifiées les destinées de la nouvelle Académie.

Ils désigneront, à leur tour, après mûre réflexion, ceux qui devront devenir leurs confrères. Aucun délai ne leur est imposé à cet égard, aucune obligation de parfaire le nombre indiqué comme maximum; ils ne procéderont à ces choix successifs que lorsque leurs suffrages pourront se rencontrer sur des noms qu'ils estimeront propres à rehausser le prestige de leur compagnie.

Le Ministre des Sciences et des Arts,
J. Destrée