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Correspondance
de Max Elskamp et Jean de Bosschère

Max Elskamp et Jean de Bosschère - Correspondance

Genre : Correspondance
Format : 14,5 x 20 cm
Nombre de pages : 70 p.
Date de publication : 1963
Prix : 6,20 €
Introduction et notes de Robert Guiette

À propos du livre (Texte de l'Introduction)

Cette correspondance est celle de deux poètes français de Belgique, Max Elskamp et Jean de Bosschère. Nous ne prétendons pas qu'elle fera beaucoup mieux comprendre leurs œuvres, d'ailleurs si différentes de ton, de tempérament et de signification. Mais elle éclaire les hommes qu'ils furent. Elle est, je crois, de nature à faire découvrir de quelles profondeurs jaillissent les chansons de l'un et les cris de l'autre.

*

Jean de Bosschère avait seize ans de moins que Max Elskamp. La différence d'âge, aux débuts d'une amitié, porte au respect mutuel plus qu'à d'immédiates confidences.

«C'est chez mon grand père paternel, Messin, fixé à Anvers, que je vis Elskamp, âgé de dix-neuf ans environ. Au regard d'un enfant de trois ans, il était un homme.
   Cependant, il était si mince et sa pâleur si grande qu'il avait l'aspect d'un enfant de croissance hâtive.
   Je le revis plusieurs fois vers cette époque».

Puis, pendant des années, Jean de Bosschère ne le rencontra plus. Vingt ans après, commença, semble-t-il, l'approche prudente de deux âmes, de deux âmes solitaires.

Les premiers pas l'un vers l'autre? C'est le plus jeune qui les fait. Il a raconté, dans le livre que l'admiration pour son aîné lui dicta et qui parut en 1914, comment le désir lui en vint.

«Mon grand-père étant mort, j'oubliai Anvers. J'y revins faire mon service militaire. Nous étions cinq ou six soldats-universitaires. L'un de nous avait la haine de l'art et de la noblesse. C'est lui qui, un matin, me désignant Elskamp, que je ne reconnus pas, voulut me faire partager le mépris qu'il avait pour lui en le qualifiant de poète décadent

On me permettra, pour confirmer l'anecdote, de transcrire ici un important passage d'une lettre que Bosschère m'écrivit beaucoup plus tard :

«…C'est toutefois dans le petit Brabant, je me permets d'appeler ainsi la province d'Anvers, que j'ai le plus circulé. Souvent le désir me prenait de revoir le port et le vieil Anvers avec vous. À ce propos, voici un petit paysage, datant de la fin du siècle dernier, que j'ai retrouvé avec émotion dans de vieux papiers, chaussée de Diurne. Dans la série faite à la même époque, celui-ci est évocateur d'une naïve tendresse que j'éprouvais pour Elskamp bien avant de le connaître. C'est par l'amour qui vous attache à l'oeuvre et à la figure de notre poète, que je vais vous intéresser à cette pauvre petite feuille d'art enfantin.
   Mais d'abord, un de ces renseignements que les Anglais nomment foot-note, parce que nous l'écrivons au socle de la page. Vous avez peut-être lu, je l'ai écrit je ne sais où, que j'étais littérateur dès le berceau, tout en l'ignorant, et même que la littérature existait, des écoles je ne savais évidemment rien. Or un pauvre homme qu'une nièce de mes parents venait présenter au titre très récent de fiancé, eut avec ma mère une discussion très vive au sujet des « décadents». Chez nous une causerie s'imprégnait infailliblement de passion et s'imbibait souvent de larmes de dépit, de trop d'ardeur. C'était un peu russe; j'y pensais au cours de ces nuits de folie verbale où Lopokova et Chernicheva discutaient de Dostoievski avec une éloquence brûlante qui, par les poings brandis, dépassait la fureur de leur verbe. Du cousin, l'Indépendance belge avait publié un feuilleton (une seule livraison) Décadent, dans le but, il me paraît, de dénoncer l'aliénation mentale de Mallarmé. Ma mère n'admettait que les classiques et la littérature parfumée de l'époque Theuriet, Loti, Daudet, etc. Est-ce instinct qu'il faut appeler ici ma vive attention? J'étais soulevé d'enthousiasme… sans comprendre autre chose, vous le pensez bien, sinon qu'il s'agissait d'une révolte contre tout ce que je haïssais déjà sans le connaître. Je savais à peine que j'écrivais, je le répète, mais je ne pouvais admettre que cela pût être comme, ni que deux écrivains pussent se ressembler.
   Peu de temps après — nous allons revenir à la gentille aquarelle — un jeune violoniste, que je n'entrevis qu'une fois, qualifia Elskamp, pour le ridiculiser à mes yeux, de ce mot de décadent qui m'avait tant captivé. Qu'il y eût à Anvers un de ces hommes grands et hardis, m'affola, et je me fis indiquer la maison d'Elskamp et le nom de son esquif ainsi que l'endroit de son ancrage, en face de la ville. Comme un amoureux de seize ans, je passai chaque jour devant cette maison, et me rendis souvent à Ste-Anne, pour y contempler le yacht. Tout cela était, vous l'en-tendez bien, au-dessus de la littérature et des sentiments du pauvre collégien qui a choisi un maître ! c'était une force…
   À Ste-Anne, pour excuser devant ma morale mes voyages d'oisif, je faisais les petites aquarelles que j'ai retrouvées. Derrière la digue que vous voyez sur celle que je vous envoie, il y avait le fleuve où dansait le yacht. Jamais avant plus de dix ans, je n'y vis monter Elskamp, mais je connaissais de vue Hannes son nautonier.
   J'espère vous avoir un peu accroché à cette vue de la ville que nous aimons tous les deux, en lui donnant une valeur sentimentale.»

Ce fragment de lettre nous donne une idée de cette amitié naissante, une amitié qui devait durer jusqu'à la mort de Max Elskamp. Amitié d'artiste d'abord : «À Anvers, dit Jean de Bosschère, Elskamp était le seul qui cherchât la forme précise où emprisonner ses émotions.» Mais cette amitié ne se fondait pas seulement sur l'admiration esthétique.

C'est en 1908 que se situe la véritable rencontre. Max avait publié les plaquettes qui formèrent la Louange de la Vie, puis les Enluminures. Il gravait des bois, dont il ornait ses livres. Il écrivait, sans doute. Mais ne publiait plus. Il se constituait des collections d'objets folkloriques, qui, dès 1898, deviendront le musée des traditions populaires. Il s'intéressait aux sextants, aux lunettes d'astronome, puis aux cadrans solaires. Nul ne savait s'il écrivait encore. Mais on n'ignorait pas qu'il s'absorbait dans l'étude des philosophies et des religions. Il était à la recherche de la sagesse et de sa vérité personnelle. Il luttait contre la maladie et contre la tristesse.

«Nous nous liâmes, dit Bosschère, d'une profonde amitié fraternelle.»

Bosschère, lui aussi, écrit. Ce sera bientôt Béâle Grvne. Il dessine. Il peint. Il s'intéresse aux fleurs et aux oiseaux.

Lorsque paraîtra le Bourg, en 1922, le livre sera dédié «à mon bien aimé frère Max Elskamp». Sur cette amitié nous n'avions que quelques points de repère : le livre que Jean de Bosschère consacra à Max Elskamp et qui parut aux éditions de l'Occident en 1914, puis l'article du Mercure de France (mai 1934) Elskamp l'admirable, et de la plume de Max Elskamp un merveilleux poème :
   À mon frère Jean de Bosschère
   Dédicace.
publié dans Fleurs vertes, l'un des recueils posthumes du vieux poète. Il en existe une copie dactylographiée «à faire imprimer après ma mort».

Elskamp habitait Anvers; Bosschère, Bruxelles. Lors de l'invasion de la Belgique, en 1914, Max Elskamp fuit Anvers assiégée, et se réfugia en Hollande, où il prit du service au consulat belge de Berg-op-Zoom. Jean de Bosschère, lui, parvint en Angleterre. Misère et métiers divers. Il publia des poèmes et des dessins. à Londres, il eut, dit-on, la notoriété la plus tapageuse…

De son côté, Elskamp connaissait vraiment l'exil. Il finit par rentrer chez lui, à Anvers occupée par les Allemands. Dans la solitude et le silence de sa grande maison, ce sont alors d'interminables heures de réflexion. Nul ne sait la place qu'avait occupée dans sa vie la poésie après la publication des Enluminures, et de l'Alphabet de Notre-Dame la Vierge. Il se met à écrire beaucoup de poèmes. Les premiers qu'il compose, sont inspirés par les circonstances. Il les intitulera Sous les Tentes de l'Exode. Il en écrira, et en publiera après la guerre, plusieurs recueils hantés par ses souvenirs. On y retrouve l'écho lointain de ses souffrances et un reflet secret de son aventure spirituelle. Mais fidèle à la forme ancienne de ses premières œuvres publiées, il ne réussit pas à y intégrer clairement sa pensée profonde.

Après 1918, Jean de Bosschère habita l'Angleterre, puis la campagne romaine «sur la Via Appia antiqua», puis Paris et la Carrière de Fontainebleau à Vulaines, puis enfin, Nohant et la Châtre (Indre).

Les deux poètes ne se rencontrèrent plus que rarement. Ils s'écrivaient, et c'est dans leur correspondance que se découvre leur plus haute pensée. Ils s'envoyaient leurs livres, aussi. L'activité d'Elskamp ne se ralentit que lorsque la maladie le terrassa. Depuis des années il avait trouvé sa voie spirituelle. L'aventure de Jean de Bosschère se poursuivait.

*

Je dois à la bienveillante autorisation de Madame Elisabeth d'Ennetières, la compagne admirable de Jean de Bosschère, et à l'assentiment de la famille de Max Elskamp de pouvoir reproduire ce qui a été retrouvé des lettres qu'ils s'envoyèrent. Bosschère avait conservé précieusement les lettres de son ami. Madame d'Ennetières y a joint les lettres de Bosschère qui étaient en sa possession, sans qu'elle puisse dire comment elles y étaient revenues. Sans doute demeure-t-il quelques lacunes…

Mais dans ce qui a été rassemblé, on trouvera quelques moments de la longue amitié des deux hommes, le doux et le furieux; détails de toutes sortes, car nous n'avons rien retranché de ces lettres intimes. On pourra y relever des indications sur la pensée religieuse des deux amis. Jean de Bosschère écrivit: « Pendant vingt ans, j'ai vu Elskamp s'obstiner à comprendre le mystère de l'unité, s'efforcer à la contemplation du grand tout, tâchant de le concevoir en s'isolant». Il ,fut le témoin de cette quête. Il sut ce que son ami avait tenté de trouver à travers les philosophies et les religions, le Bouddhisme, le Vedanta et le Tao… «Elskamp ne se satisfit d'aucune rencontre. Peu des plus audacieux [philosophes] et des plus libres eussent pu le suivre.»

«Il n'a pas, dit encore Bosschère, laissé de doctrine. Or sa vie de pure pensée, uniquement consacrée au spirituel, s'il avait été catholique, l'eût fait canoniser. Ses poèmes, si l'on n'a point connu Elskamp, ne peuvent le bien faire comprendre. Cependant, ils ne sont jamais des peintures futiles d'une classe ou d'un ordre social. Il convient de les lire comme lui regardait les signes d'un cadran solaire, ou se penchait sur les antiques traces de l'angoisse désespérée de l'âme humaine.»

De la quête philosophique et religieuse de Max Elskamp divers commentateurs ont parlé. Bosschère fut le premier et sans doute le plus compréhensif. Il s'appuyait, comme on le constatera, sur maint passage des lettres de son ami. Mais au public Max Elskamp n'avait rien confié. Bien des lettres intimes de Max à d'autres amis ont été retrouvées, dans lesquelles il analyse «ses batailles intérieures» ou fait allusion à ses croyances et à sa position spirituelle. Elles confirment ce qu'on lira ici.

De Jean de Bosschère, on avait dit qu'il était un «rebelle», un «maudit». On le qualifia de «diabolique». Lui-même intitula un de ses livres Satan l'obscur. Mais «du jeune enragé, du buffle refusant toute discipline», nous ne trouvons pas la moindre trace dans cette correspondance. C'est que vis à vis d'Elskamp il n'eut jamais à se laisser aller à la révolte, à la colère. Dès qu'il lui écrit, c'est le fond de tendresse qui se découvre.

Les lecteurs attentifs de ses livres avaient remarqué une voix secrète, une voix d'espérance qui résonnait dans ses récits les plus furieux. Un volume d'essais lui fut consacré, un an avant sa mort, sous le titre Jean de Bosschère l'admirable, et où tour à tour Luc Estang, Hélène Fromont, Charles André Grouas et André Lebois le décrivirent en tenant compte d'un certain aspect mystique de sa vie. Il avait écrit lui-même un Elskamp l'admirable. Oserais-je dire que l'épithète d'«admirable» devait bien abusivement faire penser à Ruysbroeck? Et qu'il m'a paru plus juste, lui consacrant un essai dans Critique, en 1954, de le désigner comme «l'enragé d'espoir».

Jean de Bosschère est parti de la poésie symboliste, au début de ce siècle. Il a connu toutes les modes du style décadent, et n'a pas ignoré —, pas plus que Max Elskamp d'ailleurs, — la vogue de la théosophie et du spiritisme, des traditions ésotériques, «salade des fantaisies occultistes qui nous occupèrent tous plus ou moins». Il s'est imposé une longue ascèse initiatique, une longue quête douloureuse. Tandis que Max Elskamp cherche «la perfection», Bosschère tend avec fureur vers un absolu mystique. «Par une route solitaire que ne jalonnaient ni ordres ni sanctions, qui n'était bordée ni de liturgies ni de bibliothèques, je parvins à l'agenouillement dans une lumière qu'aucune des divinités, cimentées au sommet des cultes, n'eût pu m'interdire. Parfois je hurlais d'impatience, mais je n'eusse pu m'insurger contre un dieu qui ne me pouvait barrer la route.»

Ce fut enfin la certitude. Une foi, hors de toute observance, hérétique sans doute pour chacun; mais que Max Elskamp avait prophétisée. Jean de Bosschère est véridique lorsqu'il proclame sa foi : «Il est probable que jamais le Christ, visionnaire de l'Amour, n'entra dans un cœur d'homme, comme il s'établit en moi, pour tisser un lien entre tout l'ontologique que je refusais et la certitude que je possède. C'est la foi des Derniers.»

De tout cela nous trouverons dans la correspondance des deux poètes, des bribes, des traces, des prophéties. L'un doux, l'autre violent mais dans l'amitié toute prévenance; ils se pencheront l'un vers l'autre. De leurs âmes — et je crois que c'est le seul mot qui convienne ici —, les lettres donnent une image non concertée, confrontation étrange à travers ressemblances et dissemblances, admirablement humaine au milieu des tracas et des joies de la vie.

Lire un extrait

Max Elskamp à Jean de Bosschère

Cher Monsieur de Bosschère,

Je viens de lire tout d'une traite votre beau livre sur la sculpture anversoise 2. Une fois de plus, merci de cœur, rien ne pouvait me faire plus de plaisir que cet ouvrage, et je vous félicite bien chaudement de ce beau succès.

La difficulté à vaincre était terrible, car tous ces beaux tailleurs d'images sont restés bien mystérieux et malgré tout bien anonymes dans cet abîme des temps où ils plongent, alors que les peintres sont relativement faciles à suivre; les tailleurs en bois sont enveloppés de brumes, et pourtant quels merveilleux artistes!

J'ai chez moi quelques bois intéressants, une petite Circoncision entre autres, à la marque d'Anvers; le fer de brûlure est très différent quant à la forme de la main (très ronde) de ceux que je connais; je crois qu'il pourrait vous intéresser ce morceau, et si quelque bon vent vous amenait à Anvers, je serais heureux de vous le montrer, ainsi qu'une très belle Mise au tombeau et une admirable Piéta, et quelques autres morceaux encore.

Mais, cher Monsieur, combien j'admire la classification si nette de votre livre ; on la vit presque, et l'on peut suivre pas à pas la formation de l'œuvre; de la légende initiale (côté historique) jusqu'à son identification formelle (côté métier). Vous êtes un vrai puits d'érudition, et la clarté de vos démonstrations est vraiment chose admirable.

J'ai eu assez bien de ces oeuvres polychromes en les mains; et au point de vue de la dorure il y a quelque chose de bien bizarre que je me suis toujours mal expliqué; c'est ceci : d'ordinaire le bois porte d'abord une légère couche de plâtre encaustiqué, ensuite vient une couche d'or, et enfin la dorure; ça, c'est le cas général; mais, j'ai rencontré souvent ceci, 1) bois, 2) couche plâtre, 3) dorure légère (or à teint verdâtre); puis rouge et de nouveau dorure. J'ai cru longtemps qu'on avait redoré la pièce après un certain temps, mais en y regardant de plus près, j'ai trouvé que la première dorure n'avait jamais porté de trace de peinture (ornements) et qu'au contraire c'était sur la seconde couche qu'avait porté la décoration. Vous aurez sans doute, remarqué cela aussi, et je serais très curieux, à un de vos prochains voyages à Anvers, d'avoir sur ce point votre avis.

Or, merci encore, cher Monsieur de Bosschère, de votre clair et très beau livre; et, en espérant vous serrer quelque jour les mains, croyez-moi bien, je vous prie, votre tout reconnaissant


Jean de Bosschère à Max Elskamp

Cher Poète,

Je suis désemparé et je ne puis reprendre le fil de mon calme. Dans les lettres que je fouille rien ne s'adresse à l'homme, tout s'adresse à Béâle-Gryne, mon enfant, l'enfant de ma bravoure idéaliste, comme m'écrivit Mithouard. Celui-là même me remplit de remords, et fait que je suis plus éperdu, encore, que si je ne l'avais pas commis.

Dans votre lettre, seulement dans celle-ci, je puise de quoi me faire un peu d'espoir. Je parle de votre lettre au sujet de ce méchant dernier livre que Van Oest a publié. Vous m'y demandez de venir voir vos statuettes polychromées. Allons, que des oeuvres que nous aimons tous deux, vous poète qui êtes si fort un homme, et moi qui ne puis pas entrer dans la vie réelle, que ces oeuvres soient le prétexte que nous prenons pour parler de choses qui ne nous sont pas moins chères. Je viendrai, avec l'espoir en moi que je vous dis ! jouir de votre foi en l'art, de votre optimisme ; car si vous souffrez, au fond de vous-même vous avez la paix; vous avez certainement cette paix que je cherche. Elle ne résulte pas du bien-être, ni du travail. Du travail elle pourrait naître cependant… si je pouvais me recueillir suffisamment pour connaître et ma voie et si je puis remplir ma charge d'homme en mettant simplement mes dons en œuvre. Cela est-il assez, qu'un homme fasse des images et traduise sa vision de la vie en une prose que peu entendent? Car je vais faire l'effort qu'il faut pour être avec les autres ; dans le passé, je n'ai songé qu'à moi. Faut-il observer d'autres principes que la charité chrétienne? Enfin, faut-il qu'un écrivain, un artiste mette plus de philosophie dans son œuvre qu'un potier, qu'un jardinier, qu'un joueur de cornemuse...

Voyez, voyez, cher poète, il me semble que je vais entrer dans la vie où vous êtes, et je rêve d'être près d'une fenêtre, dans une rue étroite, avec des outils, une cage, un géranium et la femme qui chante dans la cuisine…

Je viendrai mardi, après midi.

Votre très dévoué
Jean de Bosschère
19.II.10

Table des matières

Introduction
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Jean de Bosschère à Max Elskamp (19 février 1910)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (23 mars 1910)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (28 avril 1910)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (1er août 1910)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (23 novembre 1910)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (4 février 1911)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (8 mai 1911)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (14 décembre 1911)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (18 mars 1912)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (11 février 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (14 février 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (6 mars 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (24 avril 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (1 juin 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (30 juin 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (2 novembre 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (13 novembre 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (6 décembre 1913)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (30 mars 1914)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (11 juin 1914)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (14 mars 1915)
Jean de Bosschère à Max Elskamp (s.d.)
Jean de Bosschère à Max Elskamp (s.d.)
Max Elskamp : À mon frère Jean de Bosschère. Dédicace
Jean de Bosschère à Max Elskamp (s.d.)
Max Elskamp à Jean de Bosschère (6 janvier 1923)
Jean de Bosschère à Max Elskamp (s.d.)
Jean de Bosschère à Max Elskamp (s.d.)
Note de l'éditeur
Table des Illustrations