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N'êtes-vous pas patineuse? Lettres à Marguerite Gombert
de Charles Van Lerberghe

Charles Van Leerberghe : N'êtes-vous pas patineuse?

Genre : Correspondance
Éditeur : En coédition avec Le Cri
Collection : Histoire littéraire / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 104 p.
Date de publication : Mars 2004
ISBN : 2-87106-344-3
Prix : 9,50 €
Édition présentée, établie et annotée par Jacques Detemmerman

À propos du livre

Installé depuis peu dans la capitale, Charles Van Lerberghe décide, en 1889, de s'inscrire à l'Université libre de Bruxelles et de conquérir un diplôme. Parmi les étudiants, il retrouve Fernand Séverin. Il remarque aussi une jeune fille, Marguerite Gombert, proche de l'éminent helléniste Alphonse Willems. Pour Marguerite, «pas bien jolie», mais «très femme, assez gracieuse et toujours riante», le poète a nourri des sentiments qui vont de l'«amitié assez terne» jusqu'à ceux qui justifient une demande en mariage, perspective qui le faisait à la fois rêver de frémir de crainte.

Les 27 lettres et cartes de Van Lerberghe, conservées par Marguerite Gombert, n'apportent pas uniquement des informations biographiques. Riches en considérations artistiques et littéraires, en récits de voyages aussi, elles trouveront leur place à côté des longues missives envoyées à Severin, à Mockel et à Gabrielle Marx.

Lire un extrait

5 Upper Bedford Place
Londres W.C.
Jeudi, 19 mai 1898

Ma chère Mademoiselle,

Pardonnez-moi de ne vous avoir pas encore adressé d'ici quelques mots de souvenir et d'amitié, de ne vous avoir donné aucune nouvelle de mon voyage. C'est que, et j'espère que vous l'aurez deviné, ces premiers jours j'ai vécu un peu en nomade, pour ne pas dire en bohème. Il n'y a qu'à ma sœur que je griffonnais parfois, sur une table de restaurant, quelques mots pour la rassurer sur ma santé et mon «acclimatation». Ce n'est que depuis peu de jours que j'ai quitté l'hôtel pour le boarding house et que je me suis installé (ce qui consiste à ranger quelques effets dans une armoire et quelques livres sur une table) dans mon petit appartement d'Upper Bedford Place.

Je n'y suis pas trop mal. La rue est paisible et d'aspect distingué : noire et verte, pas trop triste. De mon balcon, je vois les arbres de Russell Square et j'entends chanter les oiseaux. Par exemple, on est assez nombreux à table et un tel boarding house ressemble beaucoup à un hôtel. C'est loin de la vie de famille! Des hôtes de passage… et, comme résidents stables, deux étudiants dentistes (!) que je ne fréquente pas. Malgré que la maîtresse de maison soit gentille, cette première expérience n'a pas trop bien réussi, et j'irai peut-être encore avant la fin de mon séjour m'établir dans un faubourg beaucoup plus éloigné du centre; à Hampstead, par exemple, où je viens d'aller faire visite à M. et Mme Sharp. (Ce William Sharp, qui a traduit mes Flaireurs : un grand et bel et sympathique Irlandais.)

Malgré que j'aie assez bien de lettres d'introduction pour des confrères, je n'ai fait usage jusqu'ici que d'une seule, afin d' obtenir l'accès à la bibliothèque; j'ai réservé les autres afin de savourer quelque temps encore cette solitude que j'adore au point de fuir même les amis. Je me promène dans les musées et les parcs, surtout dans ces délicieux jardins qu'on ne trouve peut-être qu'ici et en Italie – et, du livre que j'emporte, souvent au retour, je n'ai lu qu'une page.

Aujourd'hui, par exemple, j'irai par le bateau à Kew Gardens préparer The Twelfth Night, comme j'ai fait la semaine passée pour Julius Caesar qu'on donne ici à présent. Le Jules Caesar, avec les décors d'Alma-Tadema, est superbe et j'en ai été stupéfait, car je m'attends toujours ici, en fait de théâtre, à du médiocre et à du pire.

Ainsi, on donne la Walküre, Les Maîtres, Lohengrin, Tannhaüser, Orphée…, j'irai un de ces soirs de nouveau avec cette jolie prévention que ce sera détestable.

Mais tout cela, ma chère Amie, n'a guère d'intérêt pour vous et il faut réellement que je n'aie pu encore bien retrouver les idées pour vous conter ces balivernes. Qu'il vous suffise de savoir que je suis enchanté, ravi de mon séjour à Londres, d'autant plus que je n'y fais rien qui vaille, la mission spéciale qu'on m'a confiée étant bien difficile!… À plus tard les choses sérieuses… La vie est courte.

Je vous écrirai quelque jour plus longuement mes impressions. En attendant, que devenez-vous, Mademoiselle? Seriez-vous repartie en Suisse ou en Italie, où êtes-vous toujours en ce bon Schaerbeek où la nostalgie et tant de profonde et tendre sympathie me ramènent constamment en pensée? Dites-le moi et parlez-moi de vous. J'attends ce grand plaisir.

Votre bien sincèrement dévoué.
Charles Van Lerberghe

Table des matières

Introduction

Lettres
   1 [Schaerbeek], Noël 1897
   2 [Schaerbeek], 31 décembre 1897
   3 [Schaerbeek], [9] janvier 1898
   4 [Schaerbeek], [15 mars 1898]
   5 [Schaerbeek], [18 avril 1898]
   6 Londres, 19 mai 1898
   7 [Londres], 30 mai 1898
   8 Londres, 5 juillet 1898
   9 Londres, [25 juillet] 1898
   10 Middelkerke, 8 septembre 1898
   11 Schaerbeek, 14 octobre 1898
   12 Schaerbeek, 21 octobre 1898
   13 Schaerbeek, 4 novembre 1898
   14 Schaerbeek, 1er janvier 1899
   15 Schaerbeek, 17 mai 1899
   16 Bouillon, 10 juin 1899
   17 [Schaerbeek], 4 novembre [1899]
   18 Berlin, 2 décembre [18]99
   19 Berlin [5 janvier 1900]
   20 Munich, 15 mai 1900
   21 Munich, 3 juin [1900]
   22 Munich, 20 juillet [1900]
   23 Munich, [29] juillet [1900]
   24 Rome, 7 mai [19]01
   25 Saint-Josse-ten-Node, [29 août 1901]
   26 Saint-Josse-ten-Node, 22 octobre 1901
   27 Paris, 1er janvier 1902

Index des noms