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Jules Destrée. Essai biographique
de Pierre-Jean Schaeffer

Pierre-Jean Schaeffer : Jules Destrée. Essai biographique

Genre : Essai
Format : 16,5 x 25,5 cm
Nombre de pages : 420 p.
Date de publication : 1962
Prix : 17,35 €

À propos du livre (Texte de l'Avant-propos)

L'Histoire est une vaste expérience des variétés humaines, une longue rencontre des hommes.

L'Histoire peut se renouveler indéfiniment.

Elle peut refaire, à la mesure des nations et des individus, à la mesure des nécessités et des idées, la succession des chapitres qui marquent, comme autant d'étapes, le long et difficile cheminement de l'humanité vers des objectifs toujours plus larges et plus élevés.

Elle peut répéter, accidentellement, les profondes erreurs qui ont retardé si souvent le développement de la condition humaine, tant il est vrai que, depuis le commencement du monde, l'interminable tâche de l'espèce a consisté à opposer l'intelligence qui crée à l'instinct qui tue.

Elle peut reconstituer, aussi brillamment, les événements extraordinaires qui ont bouleversé, au travers des rapports internationaux, des découvertes scientifiques, des inventions de la technique, les différents aspects de cette valeur sacrée que l'on appelle la vie…

Il n'en reste pas moins, à l'analyse, que chaque époque se survit, avec son style propre, ses raisons fondamentales, ses répercussions profondes, absolument inimitable et incomparable.

Du Sinanthropus Pekinensis au siècle de l'énergie nucléaire, le temps a permis à l'intelligence des individus, en disciplinant l'abstrait et le concret, de fonder une société et d'en modifier, au fur et à mesure, la structure.

Aujourd'hui, il ne nous étonne guère de considérer que, partant du silex taillé, l'homme ait pu arriver au satellite artificiel et à l'automation. Toutefois, on conviendra volontiers que ces efforts démesurés, l'homme ne les a pas toujours appliqués à améliorer son propre sort.

Il a fallu, qu'un jour, des prophètes modernes, ayant avant tout le souci de l'homme et de la condition de l'homme, se dressent comme des éveilleurs de conscience, traduisent en une série de principes les aspirations individuelles jusqu'alors trop discrètement exprimées et coordonnent les volontés ardentes ainsi que les grandes actions sociales, économiques et politiques pour changer l'angoisse permanente et l'exploitation scandaleuse en une sérénité lucide et le respect de la dignité.

Ces hommes donnèrent à la vie une forme supérieure, écartant marchandage et profit, asservissement et renoncement.

Ainsi, ils bâtirent de toutes pièces une communauté d'intérêts légitimes, une communauté d'intentions, une communauté de sentiments.

Le socialisme était né et, dans le déclin d'un XIXe siècle où le progrès technique le disputait à la décadence bourgeoise, il allait autoriser les individus à écrire ce que l'on peut considérer, à juste titre, et en toute objectivité, comme l'un des chapitres les plus bouleversants de l'histoire de l'humanité.

Si l'on en croit Descartes, il ne suffit pas d'avoir l'esprit bon, le principal étant de l'appliquer bien.

Aujourd'hui, parmi les grands courants de la civilisation contemporaine, il convient de reconnaître que le socialisme a apporté, pour autant qu'au travers des résistances et des oppositions, ses adversaires naturels le lui aient permis, une réelle transformation de la répartition des valeurs et des richesses dans le cadre d'un système mieux harmonisé aux nécessités des individus.

Mais tout n'est pas terminé pour autant.

Les progrès naissent des luttes que l'on entreprend avec la volonté inébranlable de les engager à bonne fin.

La participation collective à l'effort est une nécessité qui, aux yeux de la jeunesse actuelle, a perdu beaucoup de son poids.

Aussi, est-ce avec l'intention avouable et modeste de ranimer la flamme de l'idéal et de l'action et, plus expressément, de rétablir dans l'esprit des générations nouvelles la véritable personnalité socialiste — trop rapidement estompée! — de Jules Destrée, que nous nous sommes attaché à lui, exemple magnifique et ardent de cette race d'accomplisseers comme affirmait Charles Morice en parlant du peuple belge.

Paladin d'une époque révolue, meneur d'une révolution pacifique et généreuse, conscience d'un parti de classe, jules Destrée demeure, pour tous ceux qui se réclament de la démocratie et de ses postulats, comme le symbole du fervent doctrinaire de coeur et d'esprit, d'amour et de tolérance, semeur de foi et d'enthousiasme au sein des travailleurs. À l'aube d'un temps nouveau où la science et la technique dominent trop supérieurement une civilisation à l'égard de laquelle l'humanisme, par la force des choses, est ravalé au rang d'utilité; à l'aube d'un temps où, selon Paul Valéry, nous sommes «aveugles, impuissants, tout armés de connaissances et chargés de pouvoirs, dans un monde que nous avons équipé et organisé et dont nous redoutons à présent la complexité inextricable», nous avons cru de notre devoir de faire surgir cette figure de proue qu'est, au cœur du Pays Noir, le grand, le formidable, l'éloquent Jules Destrée.

Il appartient à une période de l'Histoire qui n'a plus, pour nous, que le prix de ses souvenirs.

Mais il faut savoir ouvrir le livre rare de ses souvenirs pour se rappeler toujours ses heures des plus pures joies.

À ceux qui l'ont côtoyé, il fera battre à nouveau leur coeur comme il battait aux heures de ce temps qui n'a plus rien du nôtre, justement, que ses souvenirs.

À ceux qui n'ont pas connu sa silhouette familière, souhaitons que ce Jules Destrée leur laisse, au-delà d'un message empreint de la plus haute conscience de l'homme, le témoignage d'une vie indéfectiblement attachée à son pays, à son peuple, à ses œuvres, à la grandeur toujours plus rayonnante de son parti.

Lire un extrait

Quelle que soit la forme de l'action où il manifestait, chaque fois, un égal talent — à un point tel qu'on pouvait assurément le considérer comme un incomparable génie — Jules Destrée, tout au long de sa vie, ne s'est jamais départi d'une règle dont il s'était fait une loi et qui liait, dans son esprit, la réalisation à l'idée : servir.

Jamais il ne l'a trahie, car il estimait qu'il ne suffit pas seulement d'agir, encore convient-il d'agir bien.

À Antiphon, — qui lui demandait pourquoi il ne se consacrait pas aux affaires publiques — Socrate répondait qu'on ne peut y prendre plus de part qu'en s'appliquant à former le plus grand nombre d'hommes capables de les conduire. Sans doute, «le monde serait sauvé depuis longtemps si la qualité des âmes pouvait suppléer à la qualité des idées…»

Sachant que l'homme est une aventure qui n'épuise jamais sa vocation de renaissance, «même si elle doit passer par le châtiment des pouvoirs ou le combat du sang, ou si la révolte est le dernier refuge de ses valeurs», Jules Destrée n'a jamais cherché à imposer sa pensée. Il a cherché, au contraire, la pensée d'autrui pour l'éveiller, pour lui donner toute la lucidité possible.

D'une autre manière que l'entendait lui-même Nietzsche, il ne doutait pas que «l'homme soit l'avenir de l'homme», mais fallait-il pour autant, au-delà de Socrate, concilier l'idée de servir aux affaires publiques et aux affaires des hommes.

Ainsi, toute l'existence tumultueuse et animée de Jules Destrée est-elle marquée du sceau d'un homme de bonne volonté et, pour reprendre une définition de E. Van den Berghe, «l'on pourrait — si l'on voulait tenter la gageure impossible de définir d'un mot la personnalité de ce Prothée intellectuel — dire qu'il fut, dans toute la force du terme, un ANIMATEUR».

Mais peut-être que, pour mieux retrouver la personnalité de Jules Destrée, il serait souhaitable de suivre, au fil du temps, le cours impétueux de sa vie.

Remontons donc jusqu'à 1830, l'année de la révolution, pour apprendre qu'à Laeken, vit alors le jour Olivier Destrée.

Après de brillantes études d'ingénieur, Olivier Destrée vint se fixer à Couillet où il exerça, aux environs de 1860, les fonctions de chimiste aux usines de Marcinelle et Couillet.

Plus tard, abandonnant le laboratoire pour la salle de cours et répondre mieux ainsi à une vocation innée d'un esprit net et positif, voltairien, discipliné aux sciences exactes, il alla professer les mathématiques et les sciences au Collège de Charleroi et à l'École Industrielle communale. Il y rencontra Clémentine-Jeanne Defontaine, la fille d'un avocat carolorégien, qu'il devait épouser peu après.

De cette union naquirent deux fils, Jules — le 21 août 1863 — et Olivier-Georges, de quatre ans son cadet. Tous deux grandirent dans la maison des Hauchies, à Marcinelle, cette maison si chère au cÉur de Jules Destrée. À peine eut-il achevé, avec éclat, le cycle des humanités au Collège où professait son père, que Jules Destrée, continuant à faire montre d'étonnantes facultés de compréhension et d'assimilation, s'en fut conquérir son diplôme de docteur en droit à l'Université Libre de Bruxelles.

C'est dans cette sphère de haute culture et où l'esprit s'ouvrait avidement aux sources nouvelles de la condition humaine qu'il se lia d'amitié avec Brunet, Vandervelde, Furnémont, Giraud, Gilkin, Verhaeren, Eeckhoud.

Son diplôme, Jules Destrée l'obtint, en 1883, à l'âge de vingt ans, et c'est au cours de cette même année qu'il entra comme stagiaire chez Edmond Picard, lui-même ancien stagiaire de Jules Le Jeune.

Le Jeune, Picard, Destrée, trois des plus grands avocats que la Belgique ait connus.

Si l'on en croit Antony Babel qui le souligne dans Le levain dans la pale, avec une courageuse pertinence : «L'idéal serait pour le jeune intellectuel de faire lui-même ses propres expériences sociales… Appartenir à l'élite intellectuelle peut exiger plus d'un sacrifice. Entre une activité pratique qui ne demande après tout que l'application routinière des éléments scientifiques acquis au temps des études, mais qui peut valoir à celui qui s'y livre une confortable aisance et, d'autre part, la poursuite, parallèlement à sa carrière, d'un effort de perfectionnement intellectuel et spirituel, le choix est en apparence héroïque.
Il faut bien le dire : la majorité de ceux qui ont terminé leurs études obéissent à la loi du moindre effort et à l'appât de la richesse, optent pour la vie facile et fructueuse.
Une minorité choisit le chemin étroit, difficile, mais qui débouche sur des cimes. Ceux-là appartiennent vraiment à l'élite.»

Jules Destrée en fut.

Non point tant qu'il limita ses efforts pour asseoir plus rapidement sa position personnelle au bénéfice d'une action dirigée en faveur des idées et des intérêts collectifs.

Mais, au lendemain de son inscription au Barreau et de ses premières plaidoiries, Jules Destrée se sentit plutôt attiré par le mouvement littéraire et se montra l'un des premiers collaborateurs ardents et passionnés de Max Waller à la revue Jeune Belgique — ce groupe dont les individualités étaient assez fortes et assez originales pour provoquer l'éclosion d'une conscience littéraire belge — dans le même temps qu'il entretenait une chronique régulière au sein des colonnes du Journal de Charleroi.

Esthète et écrivain, dominé alors par l'expression et la forme, il écrivit successivement Les Lettres à Jeanne, dans un style trop sentimental, une Imagerie japonaise, de pure virtuosité littéraire, et les Chimères, qui touchent déjà davantage le cœur que l'esprit.

«Cette partie de son œuvre clôturera une période en la caractérisant, souligne Richard Dupierreux, elle est l'outrance d'une attitude spirituelle, en même temps qu'elle en est une des dernières expressions…»

Table des matières

AVANT-PROPOS

CHAPITRE PREMIER. Le pèlerin de l'action

CHAPITRE DEUXIÈME. Figure de proue

CHAPITRE TROISIÈME. Le gardien de la doctrine

CHAPITRE QUATRIÈME. La voix d'une conscience

CHAPITRE CINQUIÈME. La conscience d'une classe

CHAPITRE SIXIÈME. Le représentant du peuple

CHAPITRE SEPTIÈME. Le maître de l'équité

CHAPITRE HUITIÈME. Le prince de l'esprit

CHAPITRE NEUVIÈME. Le ministre socialiste

CHAPITRE DIXIÈME. L'apôtre de la paix

CHAPITRE ONZIÈME. Le message de l'humaniste