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Une vie d'écrivain
de Camille Lemonnier

Camille Lemonnier : Une vie d'écrivain

Genre : Autobiographie
Collection : Histoire littéraire / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 298 p.
Date de publication : 1994
ISBN : 2-8032-0008-2
Prix : 9,50 €
Préface et notes de Georges-Henri Dumont

À propos du livre (extrait de la Préface)

En 1911, Camille Lemonnier entreprend d'écrire son autobiographie. Il a soixante-sept ans et vient de publier le dernier et le plus mélancolique de ses romans, Le Chant du carillon. Au soir de sa vie, il éprouve le besoin de se raconter, depuis son enfance jusqu'en 1903, l'année des fêtes de son jubilé.
(…) À son irremplaçable valeur de document sur la vie culturelle en Belgique, au moment du réveil de nos lettres, ce livre ajoute la sincérité d'une autobiographie sans complaisance qui permet à la fois de déceler l'origine d'une puissance du verbe sans cesse recherchée et d'expliquer la variabilité d'un esprit d'une extrême sensibilité. C'est pourquoi il n'a pas de rides, sauf celles qui contribuent à la vérité d'un visage.

Lire un extrait

Ce sont les petites maisons du souvenir dont, à mesure, je vais ouvrir ici les portes, et elles ressemblent singulièrement à ces autres petites maisons que la piété des survivants arrive fleurir, une fois l'an, au cimetière, d'emblèmes votifs. Il y a ainsi, dans la vie, un moment où, en parlant au passé, on semble régler ses comptes avec la destinée. Le semeur, au terme de sa journée, se retourne pour regarder le champ qu'il commença d'ensemencer au matin. J'ai été ce semeur : j'ai ouvert la main : j'ai pris ma part du bon grain et de l'ivraie qui ont levé derrière moi. Les souvenirs que je vais réunir sont la trêve que je m'accorde dans mon acheminement aux inévitables fins obscures.

Je ne me suis jamais séparé des choses et des hommes qui m'entouraient ; j'ai eu la passion de la vie, de toute la vie, mentale et physique. Si elle fut pour moi la cause d'erreurs nombreuses, elle fut aussi l'aboutissement des puissances de mon être et me valut des joies infinies. Peut-être, avec un goût mieux calculé pour ses entraînements, aurais-je pu atteindre à des altitudes que je n'ai fait qu'entrevoir. J'ai le sentiment d'avoir été un homme, un simple homme de travail, de lutte et d'instincts, plus encore qu'un homme de lettres au sens exclusif du mot. J'ai vécu surtout, avec ténacité, la vie des gens de mon pays.

Cependant c'est de littérature principalement qu'il sera question dans ces retours vers l'accompli. À ressusciter les visages disparus qu'elle éclaira d'un reflet de beauté même furtif, je retrouverai un peu du plaisir fraternel que je goûtai à les approcher vivants. Les chemins sont faits d'un nombre multitudinaire de petits cailloux rudes ou polis que pousse le pied et que le collectionneur seul songe à recueillir. Nous ne serons pas autre chose pour ceux qui nous suivrons que la petite parcelle de schiste ou de grès dont s'exhausse la route sous les pas. En attendant, il est bon que quelqu'un çà et là, leur enseigne le geste pieux de n'y point rester insensible.

En parlant des autres, d'ailleurs, c'est encore de moi-même que surabondamment j'aurai à parler. La fourmi ne pourrait évoquer la motte de terre qu'elle perfore sans se croire partie intégrante du champ qui pour elle constitue l'univers. Chères ombres qui avez emporté les secrets de la vie, vous ne cessez de nous appartenir par la sympathie pour des peines également subies et peut-être le regret de ne pas vous avoir suffisamment appréciées. Je tâcherai de vous restituer la part de gloire que tant de vous eussent méritée et n'ont point obtenue.

Table des matières

Préface

I. Ce sont les petites maisons du souvenir dont je vais ouvrir ici les portes

II. C'est vers le temps… j'avais dix ans

III. J'étais en quatrième latine… Lamartine, Hugo

IV. La bibliothèque paternelle. – Les Français et la proscription

V. Bancel à Bruxelles et sa leçon d'éloquence. – La contrefaçon et la proscription avaient présidé aux noces spirituelles du pays avec les lettres de France. – Une Belgique neuve s'éveillait

VI. Un théâtre de faubourg représentait Lucrèce Borgia : article tapageur. – J'avais fini ma rhétorique. Âge d'or de l'amitié pour le peintre Eugène Verdyen, mon cousin

VII. Période d'innombrables écritures. Le lexique était pour moi la Bible. Rédacteur d'un canard Le Marquis d'Argos, qui mourut. J'entrai au Béotien, qui mourut à son tour. – Restaient le Sancho, le Grelot, l'Uylenspiegel. – Première brochure d'art : Le Salon de 1863. – Trois ans après, deuxième Salon de Bruxelles. – Les Stevens. – Hippolyte Bouelenger

VIII. Mon père n'admettait pas que la littérature fût une carrière en Belgique. – Je devins «attaché au Gouvernement provincial»! Derrière mes dossiers Le Sabbat. – Il resta dans le tiroir aux souvenirs. J'écrivis Nos Flamands qui parut

IX. À l'administration, j'étais monté d'un palier, mais je la quittai. Mon père malade l'ignora, ma sœur et son fiancé Étienne Willame étaient dans le secret. – Henri Conscience témoigne le désir de me connaître

X. Une autre figure se mêle à ces souvenirs, le père Cardon : ses précieuses collections d'art. – Souvenirs lointains aussi de famille où les images remontées de mon passé me fournissent de nombreux personnages de mes livres

XI. Mon père mort, ma sœur mariée, la grande maison vide me pesa comme une dalle. – J'émigrai. – Des figures se détachent sur ce passé : Charles Potvin, Van Bemmel, Louis Labarre, Joé Dierix de ten Hamme, Mulders. – Mon voyage à Londres

XII. Burnot. – Enivrement émerveillé d'un cœur ardent. – Théodore Baron. – Eugène Verdyen. – En mai 70, départ pour Paris : mon premier Salon. – Lettre de Millet

XIII. Un matin, j'entends dans la montagne le cri des traqueurs. – Mort du chevreuil. – Un matin, angoissant réveil : le grondement du canon! Nous partîmes Verdyen et moi. – Nous avions battu les champs de bataille : j'écrivis Paris-Berlin et Sedan

XIV. Un besoin d'activité, après trois années, me fit rechercher la vie des villes. – Je trouvai un Bruxelles déprovincialisé. – Je créai L'Art universel : la collaboration était illustre. – Trois ans après, L'Actualité. – La campagne d'art se poursuivit dans l'Artiste, Le Journal du Dimanche, L'Art moderne

XV. Contes flamands et wallons. – En 79, Un Coin de village. – Lettres de Flaubert, de Taine. – J.-K. Huysmans, Henri Césard viennent à Bruxelles : nous nous étions liés à L'Actualité. – Ils s'y retrouvent avec Hannon et Rops. – Je voyais le peintre français Jules Ragot. – Le conteur Charles Deulin. Hetzel me prit mon premier livre de contes d'enfants, Bébés et Joujoux, et successivement Huit Bébés et une Poupée, Les Jouets parlants.

XVI. Un Mâle. – En feuilleton dans L'Europe et les grands journaux de Paris : c'est la première grande bataille et les premiers trophées de notre littérature. – Édité chez Kistemaeckers. – Goncourt, Zola, Daudet, Maupassant, Mendès, Huysmans m'écrivent : «Venez.» – Je partis voir Cladel avec lequel mes livres antérieurs m'avaient lié

XVII. Visite à Barbey d'Aurevilly

XVIII. Un jour, le peintre Jean-François Taelemans vint me prendre… Canevas qui allait servir pour le Mort

XIX. Il y avait au bas de la chaussée de Vleurgat, à Bruxelles, une vieille petite maison… Qui aurait dit qu'elle allait jouer un rôle si sérieux dans l'histoire de la littérature en Belgique et ailleurs?

XX. Ce furent les vendredis de la Jeune Belgique. – Généralement la petite bande montait d'abord à mon cabinet. – J'écrivais à l'Europe du Dimanche d'Émile Francq. – Je les y fis entrer. – J'offris à la Maison Hachette une suite de livraisons sur la Belgique

XXI. Ce fut le temps du Prix quinquennal. – On écarta le redoutable Mâle, personne n'eut le prix. – La Jeune Belgique lança le fameux banquet de protestation. – Je m'installe à La Hulpe

XXII. La Hulpe. – Je retrouve un carnet sur lequel à cette époque, j'annotais l'emploi de mes journées. – J'y écrivis Madame Lupar, Happe-Chair, La Fin des Bourgeois et terminai La Belgique. – La période quinquennale revenait : j'appris que le prix m'était attribué

XXIII. Le Gil Blas m'avait demandé ma collaboration. – L'Enfant du Crapaud parut. – Le Parquet de Paris jugea l'article attentatoire aux bonnes mœurs. – Les gendarmes à La Hulpe

XXIV. L'Enfant du Crapaud fut le premier des trois procès qu'Edmond Picard plaida pour moi : la cause fut gagnée devant l'Art et devant l'Idée, si elle ne le fut pas devant la morale des juges. La gloire montait

XXV. Le Gil Blas songeait à refaire ses cadres : je proposai Huysmans et promis d'aller le voir. – Il n'accepta qu'à la condition d'y faire entrer Bloy. – J'amenai les deux nouveaux collaborateurs. – Villiers, lui, s'y épuisait

XXVI. Deux fois le mois, Léon Cladel arrivait apporter un conte au Gil Blas. – Le dimanche on allait le voir à Sèvres

XXVII. Je me rappelle les après-midi d'hiver à Sèvres. – Cladel dans mon appartement de la rue de la Ville l'Évêque. – Cladel à La Hulpe


Annexes
I. Notes communiquées par Camille Lemonnier à Edmond Picard sur ses livres
II. Réponse de Camille Lemonnier au questionnaire d'Edmond Picard
III. Note sur les ouvrages publiés par Camille Lemonnier de 1903 à 1913