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Le Vase de Delft et autres nouvelles
de Paul Willems

Paul Willems : Le Vase de Delft et autres nouvelles

Genre : Nouvelles
Éditeur : En coédition avec Le Cri
Collection : Poésie Théâtre Roman / Poche
Format : 18 x 11,5 cm
Nombre de pages : 192 p.
Date de publication : Mars 2004
ISBN : 2-87106-344-3
Prix : 9,50 €
Introduction de Guy Vaes
Postface de Jacques Carion

À propos du livre

Avant de devenir le dramaturge majeur que l'on sait, Paul Willems fut prosateur. Il le redevint à la fin de son parcours, notamment dans les nouvelles du Vase de Delft. Le désir de voir et de comprendre, de rassembler des bribes, de traverser l'apparence des choses, d'approcher leur mystère dans un moment de ravissement et de vertige se retrouve, sous diverses formes, dans chacun des textes que rassemble ce recueil.

Ces morceaux de vie, plutôt que d'être emportés par l'éparpillement du hasard, sont consignés par une écriture qui est étroitement liée à une lecture, à un véritable déchiffrement du réel. Au demeurant, deux méditations de Willems, sous les titres «Lire» et «Écrire», complètent et éclairent ces plongées dans un monde à double fond, dont l'auteur, visionnaire, connaît les itinéraires secrets.

Lire un extrait

Jamais on n'avait vu un aussi bel été. La mer n'avait pas connu de tempête. En arrivant à Wendune, je ne croyais pas aux rumeurs de guerre. Rien de tumultueux ne pouvait arriver par des jours d'une innocence aussi lactée. Pourtant, tout était fragile, extraordinairement fragile, de la fragilité miraculeuse des verres irisés trouvés intacts dans les tombes. Il me semble aujourd'hui que la transparence même de ces jours de juillet 1914 annonçait la guerre.

Une semaine après notre arrivée à Wendune, j'ai eu trente-cinq ans. J'attachais une grande importance à cette date. J'avais décidé de faire, ce jour-là, le bilan de ma vie. Je mettrais le point final à une sorte d'adolescence prolongée. Olivia, tante Émilie et même mon beau-frère Ernest seraient désormais obligés de me prendre au sérieux. Le naufrage du Snowdon dans le bas Escaut avait été un coup de chance. J'étais chargé des intérêts des affréteurs et j'avais, disait-on dans les milieux maritimes, brillamment réussi. Mon cabinet d'avocat allait maintenant se développer très vite. Déjà Ernest me parlait avec moins d'arrogance. Je m'attendais donc à une petite fête : dans la famille de ma femme, les anniversaires étaient célébrés avec autant de pompe que les enterrements. Les anniversaires de la tante Émilie étaient des sortes d'obsèques nationales. Ceux d'Olivier et d'Ernest comportaient un déjeuner de trois services et quatre vins. Comme je n'étais que le mari d'Olivia, on me fêtait par de modestes repas de cinquième ou sixième classe. Cette fois, je m'attendais à mieux, grâce au naufrage du Snowdon, et comme nous étions au bord de la mer, j'espérais un petit homard.

Mais, le 28 juillet, rien ne s'est passé. Rien.

Étrangement, depuis cet anniversaire oublié, chaque nuit, dès que les lumières s'éteignent, je me venge sur Olivia en la prenant avec brutalité. Viol auquel elle consent. Dès la troisième nuit, c'est elle qui vient à moi. J'entends sa respiration dans l'obscurité, comme celle d'une bête prise d'effroi et puis qui s'apaise. Mais si loin de moi que je ne sais si c'est elle ou la mer que j'entends respirer. Si loin et en même temps si près. Je ne dors pas après ce meurtre. Je me sens délivré. Étendu sur le dos, les yeux ouverts dans la nuit — je n'y rencontre qu'une obscurité sans mystère, une obscurité plane —, je sens le corps d'Olivia chaud encore de la bonne mort.

Dès les premières lueurs du jour, je cours à la fenêtre. La mer est couverte de brume. L'eau dort encore. La nuit se retire lentement vers l'ouest. Pas un souffle de vent. Je retiens ma respiration comme si j'étais suspendu au-dessus du vide. Tout cela est extraordinairement mystérieux. (Extrait de la nouvelle Le Vase de Delft)

Table des matières

Introduction, par Guy Vaes

La question essentielle
Les sphères d'eau
L'oiseau, là-bas
Tad-Elpo-Luce
Don Giorgio
Les maisons aveugles
Journal lu sur le visage d'un mort
La rose des neiges
Le grand cerf
Les couleurs du monde
Les cerises
Brûler ses vaisseaux
La fille des courants d'air
Gorrho
L'oeil Kopeck
Le vase de Delft
L'arbre de Meï
Lire
Écrire

Aux frontières du dire, par Jacques Carion