Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
ContactPlan du siteLiens WebPhotographiesActualité

OrganisationCompositionFonds national de la littératurePrix littéraires
PublicationsLe BulletinE-Bibliothèque

 


CATÉGORIES
Anthologies
Bibliographies
Carnets intimes
Cinéma
Correspondances
Essais littéraires
Nouvelles
Philologie et linguistique
Poésie
Romans
Théâtre

CATALOGUE
Recherche par auteur
Recherche par titre

NOUVEAUTÉS
Dernières parutions

COMMANDES
Libraires
Autres

Publications

Souvenirs de Babel. La reconstruction de l'histoire des langues de la Renaissance aux Lumières
de Daniel Droixhe

Daniel Droixhe : Souvenirs de Babel

E-LIVRE
Genre : Philologie et Linguistique
Format : PDF (1,22 Mo)
Nombre de pages : 246 p.
Date de publication : 2007
Prix : Téléchargement gratuit



À propos du livre

«L'historien de la linguistique est inévitablement confronté à l'un ou l'autre aspect de l'histoire de Babel; s'il ne peut en rendre compte, c'est que sa méthodologie est inadéquate.» Le présent recueil traite d'abord de quelques-unes de ces rencontres assignées par R. Wells à celui qui veut décrire le large mouvement par lequel la recherche sur le passé des langues s'est dégagée des schémas religieux. «Inséparable de la réflexion chrétienne, la pensée moderne naquit en son sein et ne la transforma que de l'intérieur» (J. Solé).

Sur la base de la Genèse s'était développée une lecture organisant le tableau des langues du monde. Le mythe de Babel y symbolisait d'une certaine manière la confusion régnant dans leur histoire, soumise à de perpétuelles «révolutions» par lesquelles celle-ci se dérobait à une investigation méthodique. L'hébreu constituait la matrice universelle de cette généalogie. On montre ici comment le privilège accordé à la langue sainte fit l'objet dès la Renaissance d'une contestation où s'investissaient divers nationalismes, des tensions religieuses ou économiques, et sans doute une part d'idéologie raciale dirigée contre la Révélation judaïque. Sur le fond d'un antagonisme entre Latino-catholiques et Réformés, un renversement des polarités occidentales porta au plus près de l'origine les parlers germaniques. Des correspondances entre ceux-ci et le perse invitèrent à chercher le berceau de l'Occident sur les bords japhétiques de la mer Noire, avant que Leibniz l'étende aux contreforts de l'Oural.

La recherche sur «l'harmonie des langues», jusqu'à un certain point annonciatrice de la linguistique historique et comparée du dix-neuvième siècle, modela le concept d'espace européen. Les parlers slaves ou finno-ougriens se trouvèrent volontiers relégués dans les marges de celui-ci, comme étrangers au dynamisme qui avait déterminé le parcours initiatique des peuples orientaux ayant suivi «la course du soleil» pour civiliser l'Occident. À côté de ce procès de délimitation de l'espace d'une culture commune, l'enquête en imaginait les éventuels prolongements au-delà de l'Ancien Monde. Le patriotisme hollandais ou scandinave scrutait les liens éventuels unissant les langues européennes aux parlers des Amériques, en établissant, dans les meilleurs des cas, d'utiles règles comparatives.

Souvenirs de Babel passe en revue les modalités que connut cette vaste enquête, en fonction des variations religieuses ou des cultures nationales. Si l'Italie ou l'Angleterre jouèrent ici un rôle secondaire, les Pays-Bas et l'Allemagne rendent compte des avatars d'une exploration «harmonique» conciliant tradition et modernité. Sur les traces de l'école de Leyde, Leibniz réalisera le tour de force de ménager le rigorisme dogmatique de Wittenberg tout en annonçant l'approche «philosophique» des Lumières, telle que la consacre la «méchanique des langues» du président de Brosses. Cette même approche, portant la critique comparative au niveau d'un scepticisme systématique, enraya pour une bonne part les promesses qu'offrait encore l'œuvre d'un Fréret, dans le premier tiers du dix-huitième siècle. L'idée dominante d'échange — que le philosophisme fait circuler entre économie et théorie des langues — bloque ou freine l'axe vertical de la généalogie. Le contact des parlers remplace la filiation des mots, de la même manière que la concurrence bourgeoise des talents revendique pour ceux-ci le pouvoir détenu par l'institution des classes fondées sur les liens du sang.

Des chapitres particuliers sont consacrés à diverses tentatives de construction du tableau généalogique ainsi légué par l'âge classique aux philologues de l'âge romantique. Un pont reste ouvert, malgré la rupture des Lumières, entre le romanisme de Vossius ou Ménage et Diez. L'histoire de l'italien selon Christophe Cellarius offre des matériaux à une tradition allemande qui pratiqua de manière particulièrement féconde l'accumulation documentaire alliée à une critique véhiculée par cette nouveauté que constitue la presse de vulgarisation scientifique. L'unité du hongrois et du finnois selon le Hambourgeois Fogel ou les Suédois Skytte et Stiernhielm recevra un statut scientifique à la fin du dix-huitième siècle chez Sajnovics et Gyarmathi, fondateurs du comparatisme finno-ougrien, malgré le préjugé pesant la parenté proposée entre fiers Magyars et «mangeurs de poisson».

L'émergence de la linguistique moderne vérifiera ainsi la solidarité entre la recherche sur la parole et son contexte culturel, qui prend parfois les couleurs de la politique internationale. L'Allemagne, que l'érudition Renaissante avait promue au rang de domitrix gentium, devra surmonter alors sa défaite temporaire face à l'Empire napoléonien. Le prestige d'une origine orientale, sur les bords du Gange, lui fournira l'instrument légendaire d'une autre renaissance, avant que le principe de la supériorité aryenne ne fonde une nouvelle barbarie — selon des méandres et des régressions dont l'histoire de la linguistique offre des illustrations plutôt instructives du point de vue plus général de l'histoire du savoir et de sa pratique.

Issue des confins de l'Europe, la grande famille «celto-germanique» se demandera quelles relations historiques — génétiques — entretenir avec les nations qui l'environnent et quelquefois la pressent, à l'est et au nord. Les Slaves, les Finno-Ougriens, parce qu'il sont restés dans un état littéral d'«esclavage» ou d'extériorité au monde moderne, posent un problème à la conscience occidentale, qui réconcilie origine et présent, l'ici et l'ailleurs, en fondant une partie de l'identité européenne sur les vertus de la migration et de la mobilité, formes premières du progrès.

Table des matières

Avant-propos

CHAPITRE 1. BABEL, L'HÉBREU ET LA THÉORIE DU SIGNE

Concurrences anti-hébraïques et conciliations
Scaliger et les docteurs de la Thora : «demi-savants» et «demi-hommes»
Cluvier : de l'origine perdue au prototype retrouvé
Grotius : crise de l'hébreu et «esprit anti-juif»?
L'intégrisme linguistique à Wittenberg : avatars et affranchissement
Leibniz, entre adamisme et révolution culturelle babélique

CHAPITRE 2. COMPTABILITÉS BABÉLIQUES

CHAPITRE 3. ANGE CANINI : LA «RAISON DES LETTRES»

Hébreu mort, syriaque vivant
«Une merveilleuse propriété»
La panchronie
L'indifférence syntagmatique
Italie et Allemagne : technique et idéologie

CHAPITRE 4. SOUS LE SIGNE DE VÉNUS

La Renaissance et la redécouverte du Livre des Rois
L'hypothèse de Selden
Du signe linguistique au signe zodiacal : Kircher
Du signe zodiacal à la figure érotique : Vénus et Europe
Du signe linguistique au signe ethnique

CHAPITRE 5. BOXHORN : L'INVENTION DU PROTOTYPE EUROPÉEN

Des nouveautés «extraordinaires»
La «profession d'ennemi»
Rigorisme et Remontrance
Boxhorn et le groupe d'Altdorf-Nuremberg
Déclin et renaissance de Boxhorn
Vers la linguistique moderne, construction collective

CHAPITRE 6. UNE DISSERTATION SUR LA CONVENANCE DU PERSE ET DU GOTHIQUE

Questions de mots
La conquête du critère « formel « ou morphologique
Harmonie des langues et guerre des mots


CHAPITRE 7. DE LAET CONTRE GROTIUS : DE L'ORIGINE LINGUISTIQUE DES AMÉRICAINS

CHAPITRE 8. PEIRESC, SAUMAISE, LES BELGES ET L'HYPOTHÈSE SCYTHIQUE

CHAPITRE 9. THOMASSIN, DE SAMARIE À QUIMPER

La concorde étymologique
L'attraction celto-germanique
Les archives des «siècles moyens»
Des convenances «qu'on admire tant»

CHAPITRE 10. LE TABLEAU DES LANGUES EUROPÉENNES SELON WILKINS

CHAPITRE 11. MÉNAGE ET LE LATIN VULGAIRE OU TARDIF

Entre fantaisie et reconstruction
Les niveaux d'argumentation
Les métaplasmes
Phonétique française et phonétique romane
La critique de l'évidence
Quelques mécanismes ignorés ou négligés
   La confusion latine entre neutre pluriel et féminin
   La substitution d'affixes et de terminaisons
   La réfection analogique
Les fautes documentaires
Le piège comparatif
   Une «étymologie fort cachée» : avec
   L'ambigu modèle italien
Conclusion

CHAPITRE 12. MÉNAGE ET VOSSIUS

Saumaise, Heinsius, Vossius
L'accord avec Vossius
La préférence latine
   Dans les noms de couleur
   Du droit et des titres
L'emprunt aux relatinisations de Vossius
Entre Saumaise et Vossius
L'apport spécifique de Ménage
Ménage et le paléo-comparatisme
Conclusion

CHAPITRE 13. LES ORIGINES DE L'ITALIEN SELON CHRISTOPHE CELLARIUS

CHAPITRE 14. ALDRETE, SARMIENTO ET LES «LOIS PHONÉTIQUES» DE L'ESPAGNOL

Pratique et productivité des «lois phonétiques»
Sur le principe de continuité
Éditer Sarmiento
   Éditer Sarmiento : Livre premier. Des consonnes
   Éditer Sarmiento : Sur l'étymologie du terme alaxor

CHAPITRE 15. LEIBNIZ ET L'UNITÉ FINNO-OUGRIENNE

Tacite et les Scridi-Finnois
De Comenius à Fogel
De Fogel à Leibniz
De Skytte à Leibniz
Le postulat de l'origine commune des Européens
Leibniz et Kochanski
Le berceau européen découvert
Du rêve d'harmonie universelle à la «mécanique des langues»

CHAPITRE 16. FRÉRET : LE COMPARATISME DANS L'IMPASSE DES LUMIÈRES

La pierre de touche celtique
Généalogie et mélange des langues
Haro sur le primitif

BIBLIOGRAPHIE

Sources premières
Sources critiques