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Trage-comédie pastoralle (1594)
de Claude de Bassecourt

Claude de Bassecourt - Trage-comédie pastoralle (1594)

Genre : Philologie et linguistique
Format : 16,5 x 25,5 cm
Nombre de pages : 116 p.
Date de publication : 1931
Prix : 6,45 €
Introduction et notes de Gustave Charlier

À propos du livre (début de l'Introduction)

Un berger aime une bergère, qui ne l'aime point. Il est, timide et langoureux; altière et pudique, elle ne veut d'autre joie que les plaisirs de la chasse. Il ne peut fléchir cette fière rebelle, même quand il l'a sauvée des atteintes d'un satyre lubrique. Voici cependant qu'on annonce le trépas de la belle chasseresse, devenue la proie de loups cruels. Dans son désespoir, l'amoureux berger voudra la suivre aux sombres bords… Rassurons-nous d'ailleurs : l'un et l'autre n'auront fait que frôler la mort, et tout s'arrangera au mieux.

Rien qu'à ce bref résumé on a reconnu le thème de l'Aminla, cet exquis chef-d'oeuvre où le Tasse a mis tout à la fois sa tendresse passionnée, sa grâce élégante et souple et sa fantaisie harmonieuse et charmante. C'est aussi celui de la Trage-comédie pastoralle que Claude de Bassecourt confiait, en 1594, aux presses anversoises d'Arnoult Coninx. Simple rencontre? Non pas. La pièce française suit avec une fidélité servile la marche et le déroulement du poème dramatique italien. Scènes et répliques s'y succèdent dans le même ordre, ou peu s'en faut, et les vers de la première ne sont, la plupart du temps, qu'un décalque plus ou moins adroit des vers de l'autre. Or, rien, dans le petit volume de 1594, ne dénonce cette étroite parenté. Bassecourt ne cite à nul endroit le nom du Tasse, ni ne fait à l'Aminla la plus légère allusion. De toute évidence, il a voulu que le lecteur crût sa pastorale née, d'un bout à l'autre, de sa seule imagination. Plagiat donc, et des mieux caractérisés, et des plus effrontés.

Ne nous hâtons point cependant d'accabler le coupable. Il y a lieu de lui accorder, tout au moins, le bénéfice de certaines circonstances atténuantes. Remy de Gourmont a certain jour développé ce paradoxe que toute traduction d'une langue étrangère est oeuvre originale. Le XVIe siècle l'a cru, ou a constamment agi comme s'il le croyait. Faut-il rappeler Ronsard pillant sans se lasser les poètes grecs et latins, et ceux de cette Italie qui lui apparaissait comme une autre Antiquité, plus saisissable et plus proche ? Du Bellay n'avait pas davantage de scrupules, lui qui exploitait tour à tour Pétrarque et Navagero, empruntant presque tout son recueil des Antiquilez de Rome à des rimeurs transalpins, et à Sperone Speroni de longues pages de sa Deffence et illustration de la langue française. Après ces maîtres du choeur, c'est Desportes qui exagère les emprunts toscans jusqu'à déchaîner contre lui la malicieuse offensive des Rencontres des Muses de France el d'Italie ; c'est Mathurin Régnier qui prend hardiment à l'Arioste, à Caporali et à quelques autres la matière,'et même la forme, de ses plus célèbres satires. Bref, la plupart des poètes français du temps ne cessent d'aller à la maraude au delà des Alpes. Bassecourt n'a fait que suivre — avec plus de brutale impudence, on en convient — l'exemple que lui donnaient deux générations de mâche-laurier.

À défaut d'originalité, sa Trage-comédie pastoralle a du moins ce mérite d'être une des toutes premières versions poétiques françaises de la «fable bocagère» dit Tasse. Elle n'avait été devancée que par la traduction rimée de Pierre du Brach, parue à Bordeaux en 1584, et que notre auteur n'a pas dû connaître. Il semble avoir ignoré de même la version en prose du sieur de la Brosse, imprimée à Tours en 1591. Puis le translateur s'enhardit parfois à prendre des libertés avec son texte. Il retranche, modifie, ajoute; il abrège certains développements el en introduit d'autres, dont il n'y a pas trace dans l'original italien. Ces changements ont un sens; ils répondent à des intentions qu'il est possible de discerner; ils trahissent souvent des influences reconnaissables. Par là, l'oeuvre de Bassecourt offre cet intérêt de porter témoignage de ce qu'était le climat poétique dans un canton retiré des lettres françaises, à la fin du XVle siècle.

On tentera de préciser tout cela. Mais il faut, un préalable, essayer de raviver les traits effacés d'une figure littéraire depuis longtemps ensevelie dans l'oubli.
Lire un extrait

A Très-Illustre et Très-Vertueux Seigneur, Monseigneur Charles de Croy, prince de Chimay, gouverneur et grand bailly de Haynaut, etc.

Monseigneur, dès qu'il pleust au Tout-puissant ficher les yeux abaissés sur nostre misérable province, et, pour la récompense et médecine (les maux, desquels elle estoit, et avoit esté si long temps poursuivye et affligée, la pourveoir d'un Prince Gouverneur, sous lequel elle pourroit respirer de tant d'angoesses, et relever le col abatu d'incroiables pertes et souffrances, et, sous l'authorité et prudence de son gouvernement, reprendre l'honneur et la grâce de sa , première forme, de laquelle elle a tousjours de si loin surpassé les aultres provinces ; pour n'esLre seul, entre ung si grand nombre de subjects de V. Excell. qui, bien-veignans le jour bienheureux d'un tel gouvernement, exposent à l'envy l'offre de leurs biens et leurs coeurs, pour mettre en lumière la grandeur de leur affection et la liesse qu'ilz sentent et reçoivent d'un si grand bien, qui ne contribue aux honneurs d'une si louable contention, j'offre à V. Excell., avec l'Amour de ceste Trage-comédie pastoralle, mal-enconche et grossièrement vestu, et tel qu'anticipé de la nouvelle soudaine d'un Gouvernement si désiré, j'ay, suivant la trace des Muses, à l'impourveue rencontré, ceste Réplicque et Apologie ensuyvante, laquelle je soubmés à la censure du jugement de V. Excell., comme ne pouvant trouver un Juge plus docte, plus sincer, plus compétent et plus souverain, ne qui plus chérisse l'honorable mestier des Muses, ny le praclique plus heureusement. Je n'ignore que ce don est petit et pauvre pour paier une obligation grande ou déplier entière-ment une affection parfaicte ; mais si les petites choses ne s'accepl oient pas vofont iers,on ne pouroil cognoisl re la bénignité de celuy qui reeoit le don, laquelle est d'autant plus grande qu'il est homme de plus haute affaire, et Prince de plus rare condition. Je prie donc V. Excell. qu'il ne veeille au moins fuir ceste occasion de se monstrer courtois et magnanime, en recevant d'une joyeuse chère ce qu'un donneur pauvre, ruais très-affectioné, luy présence, lequel donne peu à celuy qui merde beaucoup par faut e de plus heureuse fortune, et non pas de jugement, cognoissani la bond é et la valeur de V. Excell., et la grandeur et noblesse de sa maison, laquelle Dieu prospère et conserve. Et luy baise les mains.
D'Anvers, le 2. de May 1593.
De V. Excell. Très-illustre,
Très-affect. subjet
CLAUDE DE BASSECOURT.
Table des matières

INTRODUCTION
I. L'Auteur
II. L'Œuvre

TRAGE-COMÉDIE PASTORALLE
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V

GLOSSAIRE