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Une Parisienne à Bruxelles
de Caroline Gravière

Caroline Gravière : Une Parisienne à Bruxelles

Genre : Roman
Collection : Histoire littéraire / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 121 p.
Date de publication : 1998
ISBN 2-8032-0028-7
Prix : 9,50 €
Préface de Marianne Michaux

À propos du livre

Peu connue, l'œuvre de Caroline Gravière (1821-1878) est représentative du réalisme belge du dix-neuvième siècle. En ce sens, on peut lire dans Une Parisienne à Bruxelles, l'histoire d'une jeune mariée confrontée à l'hostilité de sa belle-famille, la satire des mœurs de la petite bourgeoisie belge des années septante. Cependant, par certains côtés – critique du provincialisme bruxellois, détournement des clichés du roman populaire –, ce récit se distingue de la production romanesque de l'époque. Il porte aussi la marque d'un discours idéologique et d'un milieu : celui de la gauche libérale. Liée à ce courant dont elle partageait les valeurs, Caroline Gravière tenait un salon où était reçue l'intelligentsia progressiste de l'époque.

Lire un extrait

Ma chère mère,

Privée de tes entretiens, c'est pourtant encore auprès de toi que je me réfugie. Si quelque chose m'étonne ou m'émeut, mon premier mouvement est toujours celui de l'enfant qui s'écrie : Je vais le dire à ma mère! Eh bien! je te le dirai, malgré l'absence, malgré l'espace; je te raconterai mes impressions, mes sentiments, sans ordre, sans suite, sans soin. Je me sens mieux déjà depuis que j'ai préparé ce cahier qui t'est adressé, pages blanches sur lesquelles tomberont peut-être des larmes et qui ne seront guère saluées d'un sourire! En lisant ce mémoire, tu me suivras à la trace dans cette phase difficile de ma destinée.

Cependant, je ne suis mariée que depuis trois mois, et s'il fut jamais un mariage d'amour, c'est le mien. Qui mieux le sait que toit, toi dont je suis la seule enfant, toi que j'ai pourtant quittée pour suivre en pays étranger, en pays inconnu, – en pays ennemi! – Alphonse Van Zee, que j'aimais tant et qui est aujourd'hui mon mari.

Quitter Paris était pour moi un sacrifice, parce que je t'y laissais; à tous les autres points de vue, c'était un acte sensé, puisque j'épousais un ingénieur belge. Sa position l'obligeait d'habiter son pays, tout comme ta nationalité et tes habitudes te fixent à Paris.

Et puis, nous nous sommes dit si souvent pour nous consoler : il n'y a plus de distance! C'et possible; mais il y a et il y aura toujours la séparation.

Tu dois être étonnée de ne pas voir ma lettre datée, comme à l'ordinaire, de l'un ou de l'autre petit village des Ardennes, où nous avions décidé de passer notre lune de miel, moi prenant ma résidence dans quelque champêtre hôtellerie, tandis que mon mari explorait les localités environnantes, afin de lever le plan de son nouveau chemin de fer. Nous nous étions arrangés ainsi jusqu'à présent, quand voilà, tout à coup, mon mari rappelé à Bruxelles. Il s'agit du redressement de tout un quartier. Le genre de travail qui lui incombe nécessite sa présence pendant un certain nombre de mois; après cela, il aura une mission pour l'Italie. En attendant, au lieu de nous monter une maison pour un temps si court, le parti le plus raisonnable semble être de nous établir chez ma belle-mère, où nous aurons trois pièces au premier étage, plus la jouissance du salon, du piano, la société bruxelloise, la compagnie de mes belles-sœurs et toutes les distractions que comporte cet intérieur. Il va sans dire que nous payons notre table; la famille n'est pas riche et vit d'une pension de veuve (trois mille cinq cents francs) augmentée d'un revenu de quatre mille francs, plus la propriété de la maison. On nous attendait à bras ouverts. «C'est pour mieux t'étouffer, mon enfant!»

Avec quel désordre je t'écris, n'est-ce pas? L'incohérence même de mes discours peint le trouble de mes sentiments!