Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Claudine Gothot-Mersch

Claudine Gothot-Mersch / Photo © Jean-Luc Lossignol, ARLLFB Membre belge philologue du 14 septembre 1985 au 19 novembre 2016
Prédécesseur : Maurice Delbouille
Fauteuil 15
BIOGRAPHIE

Née à Liège le 14 août 1932, Claudine Gothot-Mersch vit une enfance paisible dans un milieu lettré : son père, directeur de banque, est aussi un grand lecteur de Montaigne, de Racine et de Proust. Ces années heureuses ne sont troublées que par l'exode de 1940, aventure inoubliable pour une petite fille dont l'horizon ne dépassait pas la mer du Nord. Elle accomplit sa scolarité primaire et secondaire dans sa ville natale, à l'Institut Sainte-Véronique. En sixième primaire, elle s'enthousiasme pour Le Grand Meaulnes d'Alain-Fournier, que lui fait découvrir, au hasard d'un remplacement, une institutrice improvisée; sous l'influence de celle-ci, Claudine Gothot-Mersch se risque à l'écriture littéraire (une saynète, quelques vers), pour la première et sans doute la dernière fois de sa vie. Sa voie sera ailleurs, du côté de l'enseignement et de la critique. Elle s'inscrit à l'Université de Liège, dans la section de philologie romane, où elle aura pour professeurs Fernand Desonay, Maurice Delbouille, Robert Vivier, qui lui font connaître les romans arthuriens, Villon, Dante, Apollinaire. Et Jean Hubaux, qui lui fait lire Tite-Live comme si c'était un auteur de romans d'aventures, et l'initie aux plaisirs du théâtre amateur.

Son mémoire de licence est consacré à Camus, et à ses Essais méditerranéens; la première partie en sera publiée dans Marche romane. L'année suivante, à Paris, elle est l'auditrice attentive d'un séminaire que Robert-Léon Wagner consacre à Jean le Bleu de Giono, ainsi que du célèbre cours de Marie-Jeanne Durry sur Alcools. Fuyant l'austère sujet de thèse sur la suffixation que lui propose celui à qui l'ont confiée ses maîtres liégeois, elle développe sa culture littéraire par la fréquentation assidue des théâtres, et commence, à la Bibliothèque nationale, à regarder du côté de chez Flaubert.

Rentrée à Liège, Claudine Gothot-Mersch est enseignante pendant quelques mois dans son ancienne école, l'Institut Sainte-Véronique. En 1957, elle devient la première assistante de Fernand Desonay. Elle partagera bientôt son bureau avec Nicole Houssa, auteur d'un ouvrage sur Colette publié par l'Académie (1958). Au départ de Fernand Desonay, elle passera dans le service de Maurice Piron, qui la fera nommer chef de travaux.

C'est en 1957 qu'elle a publié son premier article dans la Revue des langues vivantes. Il est consacré à Madame Bovary, qu'elle invite à relire pour son centième anniversaire. Cet article coïncide avec le début d'une importante recherche qui aboutit en 1963 à la soutenance d'une thèse de doctorat, couronnée l'année suivante par le prix Franz de Wever de l'Académie. La genèse de Madame Bovary, édité à Paris, chez José Corti en 1966, sera réimprimé par Slatkine en 1980. Deux autres distinctions lui ont été accordées : le Prix de la critique et de l'essai du ministère de l'Éducation nationale et de la Culture française (1966), et le prix Comte de Launoit décerné par les Amis de l'Université de Liège (1967).

La genèse de Madame Bovary est actuellement reconnue comme une des études qui ont contribué à l'élaboration d'un nouveau type de travail littéraire : la critique génétique fondée sur l'examen des manuscrits. L'auteur profitait d'une documentation exceptionnelle, et qui n'avait jamais encore été exploitée dans son ensemble : les scénarios, brouillons et manuscrits du roman conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, grâce auxquels elle a pu suivre dans le détail le travail de Flaubert, tandis que la volumineuse correspondance avec Louise Colet lui permettait d'en étudier les intentions conscientes et d'en dater les étapes.

Cette étude propulse Claudine Gothot-Mersch au rang des principaux spécialistes de Flaubert à une époque où celui-ci va connaître une vogue extraordinaire. Les Classiques Garnier lui confient en 1971 l'édition de Madame Bovary, dont l'appareil critique sera traduit en italien pour l'édition de La Signora Bovary, Milan, Rizzoli, 1977. Dans d'autres collections, elle édite Bouvard et Pécuchet puis La Tentation de saint Antoine (Gallimard, Folio; l'appareil critique de La Tentation de saint Antoine sera traduit en catalan pour la première édition de l'œuvre dans cette langue en 1995), L'Éducation sentimentale (Garnier-Flammarion), Voyage en Orient (Folio). Elle dirige actuellement une nouvelle édition des Œuvres complètes de Flaubert, en cinq volumes, dans la Bibliothèque de la Pléiade (le premier volume, Œuvres de jeunesse, paru en 2001, a été réalisé en collaboration avec feu Guy Sagnes, professeur à l'université de Toulouse). Elle a dirigé le colloque Flaubert de Cerisy en 1974 (La production du sens chez Flaubert, collection 10/18), et est membre de l'équipe Flaubert du Centre national français de la recherche scientifique (CNRS).

Claudine Gothot-Mersch étend ses intérêts à d'autres écrivains : Villon, à qui elle a consacré sa thèse-annexe; Apollinaire, qui fut pour elle un terrain de rencontre avec Maurice Piron; Alain-Fournier, ses premières amours littéraires; Simenon, dont Maurice Piron lui confie généreusement les manuscrits dès leur arrivée à l'Université de Liège. Elle se penche aussi, à l'occasion, sur certains problèmes de théorie littéraire (L'analyse structurale du récit); mais à la réflexion abstraite elle préfère l'analyse de l'œuvre d'art : à côté des études de genèse qui lui permettent d'accompagner au plus près l'acte créateur de l'écrivain, ce qui l'attire, c'est le travail d'édition, c'est-à-dire d'offrir au public, avec le texte, les outils les plus efficaces qui puissent en guider la lecture. Outre ses éditions de Flaubert, elle a publié Émaux et camées de Théophile Gautier dans la collection Poésie-Gallimard et présenté, dans la même collection, les premières éditions annotées des Poèmes antiques et des Poèmes barbares de Leconte de Lisle.

Professeur émérite des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles, Claudine Gothot-Mersch y enseigna la littérature française moderne et la théorie littéraire. Elle a été élue membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises le 14 septembre 1985.

Elle est décédée le 19 novembre 2016.



BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Flaubert et la théorie littéraire. En hommage à Claudine Gothot-Mersch, textes réunis par Tanguy Logé et Marie-France Renard, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2005.



E-BIBLIOTHÈQUE

Simenon et le souvenir (PDF 79Ko)
Communication à la séance mensuelle du 10 février 1990

Pour une édition du Voyage en Orient de Flaubert (PDF 176Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 septembre 1991

L'image de la femme chez Leconte de Lisle (PDF 84Ko)
Communication à la séance mensuelle du 11 février 1995

Autour de la philanthropie. Réseaux de motifs obsessionnels chez Flaubert (PDF 110Ko)
Communication à la séance mensuelle du 13 décembre 1997