Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Julien Green

Julien Green / Photo © Nicole Hellyn Membre étranger littéraire du 9 juin 1951 au 13 août 1998.
Prédécesseur : Robert de Traz
Successeur : Assia Djebar
Fauteuil 40
BIOGRAPHIE

Julian Green, dernier né d'une famille américaine protestante de huit enfants, deux garçons et cinq filles, naît à Paris le 6 septembre 1900. Les parents descendent de vieilles familles anglaises installées dans les États du Sud, à la suite de la rébellion de Monmouth et de la tentative du jeune prétendant Stuart à reconquérir l'Écosse. Ils sont apparentés à tout ce qui comptait dans le Sud, du général Lee au général Beauregard. Edward Green, son père, spécule, se ruine et s'exile en Europe, c'est pourquoi Julian naît à Paris. Il est américain et n'a pas d'autre nationalité. Élevé dans les deux langues, anglaise à la maison, française au Lycée Janson-de-Sailly, dès son plus jeune âge il est voué à deux mondes différents. Le double s'installe en lui. Sa mère lui donne à lire Dickens, les Brontë, Thackeray et les poètes anglais; son père lui fait découvrir peinture et musique. L'enfant dessine et écrit de courtes histoires. Ce vert paradis s'écroule subitement le 27 décembre 1914 avec la mort de sa mère bien-aimée.

À quinze ans il devient catholique, à la suite de la conversion de son père et au printemps 1917 (il a seize ans et demi) il s'engage dans les ambulances américaines, est envoyé en Argonne sur le front. Mais on découvre son âge et en novembre on le renvoie dans ses foyers. Il se rengage aussitôt dans la Croix Rouge américaine sur le front italien de Vénétie. De nouveau son âge le fait renvoyer en juin 1918. En octobre, il gagne l'École d'artillerie de Fontainebleau, en sort aspirant et fait l'occupation de la Sarre. Ces expériences d'une vie d'homme, entre seize et dix-huit ans, s'accumulent dans l'esprit et le cœur de l'adolescent résolument pacifiste depuis lors.

De septembre 1919 à septembre 1922, il termine ses études à l'Université de Virginie. Il y découvre ses plus grandes influences : Hawthorne, Shakespeare, et l'amour. Cette vie estudiantine se retrouve dans Moïra où Joseph Day ressemble à Julien Green comme un frère. Son premier récit, The Apprentice Psychiatrist, est publié dans la très recherchée Virginia Quarterly Review; ce sont ses vrais débuts.

De retour en France, après une hésitation et une rencontre avec un ami de son père, le collectionneur Léo Stein, frère de Gertrude, il renonce à peindre et écrit : un poème en prose Dionysos (publié en 1994), des nouvelles et le Pamphlet contre les catholiques de France qui lui attire de nombreuses amitiés, dont Maritain et Max Jacob. Il a francisé son prénom et son premier roman, Mont-Cinère, fascine et étonne. On le surnomme le quatrième Brontë. Il est aussi le premier à écrire sur Ulysses de Joyce, qu'il admire profondément. Chaque nouveau roman est accueilli avec le même élan. «Courage, Green, votre œuvre est bonne!» écrit Bernanos et Maeterlinck : «Votre Léviathan… Je l'ai lu sans désemparer comme si j'avais découvert tout à coup un Balzac souterrain qui promenait sa lampe de mineur dans des ténèbres bien plus épaisses que celles auxquelles nous sommes accoutumés. Et quelle belle lumière quand, par moments, il sort de sa nuit et regarde le paysage…»

Adrienne Mesurat, Léviathan, Le Voyageur sur la terre, un monde nouveau vient de débarquer en France, venu non d'Amérique, mais d'une autre planète. Aucune trace d'appartenance religieuse ou politique, mais un réalisme magique (disait Zweig) dans ces analyses d'âmes à la recherche d'un paradis perdu et muré. Épaves, Minuit, Le Visionnaire, autant de succès. Les livres sont traduits partout et Green prend une place unique dans la littérature. Un Kafka chrétien pour Hermann Hesse, et Klaus Mann évoque Novalis et compare Julien Green à un ange sombre qui de sa voix merveilleuse rend témoignage de notre misère.

Julien Green tient son Journal et le publie dès 1938. Il tend un miroir le long du chemin de son époque et devient le confident pour de très nombreux lecteurs. Peu à peu, ce Journal de 1919 à 1995 révèle ses dons de visionnaire hors de la littérature, il prévoit bien avant les experts les crises internationales. Pacifiste, sans aucun engagement politique, il reste d'abord et avant tout un homme libre. En 1940, il gagne son pays, les États-Unis, et mobilisé, devient la Voix de l'Amérique de 1942 à 1944 à l'Office of War Information (OWI).

De retour en France, fin 1945, romans et pièces de théâtre se succèdent et peu à peu, son œuvre devient plus lumineuse. Moïra, Chaque homme dans sa nuit, Sud se passent en Amérique. En 1951, il est élu à l'Académie de Bavière et à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique le 9 juin de la même année.

Son théâtre est joué partout à l'étranger, car malgré le succès de Sud en France, il est très réticent à l'égard des metteurs en scène français et ne leur accorde pas confiance. Ainsi Demain n'existe pas, L'Automate sont créés en Allemagne ou en Italie tour à tour avant de gagner d'autres pays.

De 1963 à 1972, il publie son Autobiographie en quatre volumes. Comme ses autres œuvres, elle est traduite dans le monde entier et séduit par sa franchise, sa simplicité et la pureté de la langue, qui montre bien ce qu'il doit au français de Pascal et à Baudelaire pour la précision et la musique des phrases.

En 1983, Frère François, biographie de François d'Assise, montre encore une fois l'étonnante diversité de ses dons. Pour Fernand Braudel, c'est une œuvre d'histoire moderne. Et à 87 ans, Julien Green va publier sa trilogie américaine, Les Pays lointains (1987), Les Étoiles du Sud (1988), Dixie (1995), où toute l'histoire du Sud et de sa famille nous revient, réverbérée par son enfance et sa nostalgie du bonheur.

Un des rares auteurs publié de son vivant dans la Pléiade, Julien Green est le seul à avoir dépassé les trois volumes dans cette collection puisque le septième a paru en 1994 et que le huitième est en cours. Fuyant la télévision, il reste un écrivain à part, mais n'est-ce pas la marque de ce que doit être un écrivain? — Giovanni Lucera



BIBLIOGRAPHIE

Dionysos ou La chasse aventureuse : poème en prose, Fayard, Paris, 1997.

Ralph et la quatrième dimension, Flammarion, Paris, 1991.L'Homme et son ombre, Le Seuil, Paris, 1991.

Liberté chérie, Le Seuil, Paris, 1989.

Les Étoiles du Sud (Dixie II), Le Seuil, Paris, 1989.

Les Pays lointains (Dixie I), Le Seuil, Paris, 1987.

Villes, Éditions de la Différence, Paris, 1985.

Le Langage et son double, Éditions de la Différence, Paris, 1985.

Frère François, Le Seuil, Paris, 1983.

Demain n'existe pas, 1979.

Le Mauvais lieu, Plon, Paris, 1977.

La Nuit des fantômes, Plon, Paris, 1976.

L'Autre, J. Tallandier, Paris, 1971.

Terre lointaine (autobiographie, 1919-1922), Grasset, Paris, 1966.

Mille chemins ouverts (autobiographie, 1916-1919), Grasset, Paris, 1964.

Partir avant le jour (autobiographie, 1900-1916), Grasset, Paris, 1963.

Chaque homme dans sa nuit, Plon, Paris, 1960.

L'Ombre, Théâtre Antoine, Paris, 1956.

Le Malfaiteur, Plon, Paris, 1956.

L'Ennemi, Théâtre des Bouffes-Parisiens, Paris, 1954.

Sud, Théâtre de l'Athénée, Paris, 1953.

Moïra, Plon, Paris, 1950.

L'Autre sommeil, La Palatine, Genève/Paris, 1950.

Si j'étais vous, Plon, Paris, 1947.

Varouna, Plon, Paris, 1940.

Minuit, Plon, Paris, 1936.

Le Visionnaire, Plon, Paris, 1934.

Épaves, Plon, Paris, 1932.

Léviathan, Plon, Paris, 1929.

Le Voyageur sur la terre, Éditions de la Nouvelle Revue française, Paris, 1927.

Suite anglaise, Les Cahiers de Paris, Paris, 1927.

Les Clefs de la mort, La Pléiade, Paris, 1927.

Adrienne Mesurat, Plon, Paris, 1927.

Mont-Cinère, Plon-Nourrit et Cie, Paris, 1926.

Pamphlet contre les catholiques de France (sous le pseudonyme de Théophile Delaporte), Impr. de Darantière, Dijon, 1924.



BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Valérie Catelain, Julien Green et la voie initiatique, Éditions de l'ARLLFB, Bruxelles, 2005.

Carole Auroy, Julien Green, le miroir en éclats : étude sur l'autobiographie, Éditions du Cerf, Paris, 2000.

Annette Tamuly, Julien Green à la recherche du réel : approche phénoménologique, Naaman, Sherbrooke, 1976.

Philippe Derivière, Julien Green, les chemins de l'errance, Talus d'approche, Paris, 1994.

Jean-Claude Joye, Julien Green et le monde de la fatalité, Arnaud Druck, Berne, 1964.

Marc Eigeldinger, Julien Green et la tentation de l'irréel, Éditions des Portes de France, Paris, 1947.