Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Anna de Noailles

Anna de Noailles / Photo © Manuel (Paris) Membre étranger littéraire du 4 juin 1921 au 30 avril 1933.
Successeur : Colette
Fauteuil 33
BIOGRAPHIE

Des origines orientales peuvent expliquer la passion qui habite l'œuvre poétique d'Anna Élisabeth Bibesco-Brancovan, comtesse de Noailles, née le 15 novembre 1876, à Paris. Elle est issue d'une grande famille roumaine, mais sa mère était grecque, de souche crétoise. Son enfance est marquée par la perte de son père, quand elle a neuf ans. Si son éducation est toute latine et occidentale, certains faits seront déterminants pour l'évolution de son lyrisme personnel : une visite chez Pierre Loti à l'entrée de l'adolescence; l'influence de son oncle, le poète Paul Musurus, qui l'initie à la poésie parnassienne; la fréquentation de Maurice Barrès, qui s'extasie sur son profil persan — celui-ci deviendra une véritable légende — et l'incite par son orientalisme exacerbé à découvrir la beauté des pays du Levant. Mais Anna de Noailles est Française d'éducation, et son Orient sera un univers recréé, un peu factice, un paradis plus sensible que réel.

En 1897, elle épouse le comte Mathieu de Noailles. Elle n'a pas 21 ans. Si elle n'a encore rien publié, elle écrit depuis sa plus tendre enfance. Sa production comportera dix-huit titres, dont huit ouvrages de vers, les deux derniers étant posthumes. Le Cœur innombrable, recueil de poèmes, paraît en 1901 et reçoit un excellent accueil. Encouragée, elle donne l'année suivante L'Ombre des jours, qui est encensé par la critique. Son art se situe dans la lignée de Théodore de Banville; comme lui, sans être esclave de la règle, elle conjugue science et grâce. Quand elle le juge bon, elle s'autorise même certaines licences, gardant une spontanéité d'écriture et une beauté musicale, qu'elle considère comme essentielles. Même si elle a subi vers ses quinze ans la tentation d'un certain mysticisme où Pascal tient une place, Anna de Noailles a conservé un grand amour pour le romantisme, en particulier pour Alfred de Musset, et des commentateurs ont établi maints rapprochements entre eux. Mais une influence stricte ne peut être déterminée, influence qu'elle a par ailleurs niée à plusieurs reprises. Sa poésie est d'essence panthéiste, la nature est son seul Dieu, même si elle s'attachera souvent à des réalités plus sensuelles. Pour elle, la nature est belle mais triste, et ses écrits ont des échos de chants désespérés.

Dès 1903, Anna de Noailles s'essaye à la narration : La Nouvelle Espérance, suivi en 1904 par Le Visage émerveillé, dont le sujet est jugé scandaleux (c'est le journal d'une religieuse), et l'année suivante par La Domination. Mais cette fois, la critique est plus hésitante et l'ouvrage fait l'objet d'un silence significatif. La comtesse reste deux années sans publier, en profite pour voyager, puis revient à la poésie en 1907. Les Éblouissements sera mieux accueilli et Proust ira jusqu'à soutenir que l'un des textes est la plus belle chose écrite depuis Antigone. Les louanges pleuvent sur elle. Elles fortifient la comtesse dans l'idée qu'elle a un génie spontané. Elle accomplit de nouveaux voyages, en Italie, puis en Espagne, mais sa santé commence à être préoccupante. Elle passera désormais beaucoup de temps alitée.

Après un silence de six ans, à la veille du premier conflit mondial, Anna de Noailles donne un nouveau recueil en 1913 : Les Vivants et les Morts. A-t-elle la prémonition du cataclysme qui s'annonce? Ces vers montrent en tout cas que son âme est tourmentée par des obsessions macabres qui ne la quitteront plus. Dès la parution du volume, qui rencontre un franc succès, le Times n'hésite pas à voir en elle le plus grand poète du XXe siècle en Europe. La même année, De la rive d'Europe à la rive d'Asie lui donne l'occasion d'évoquer certains voyages, par exemple un séjour fait en Turquie pendant son enfance.

La comtesse brille aussi par un art consommé de recevoir ses visiteurs dans le décor de son salon. Elle est admirée par toutes les célébrités. Elle se plaint souvent de maladies plus ou moins réelles, ajoutant à son attrait une langueur empreinte de mélancolie. Elle fascine, même si elle se complaît à montrer la morbidité, la tristesse et le pessimisme de ses pensées. Elle entretient des amitiés illustres : Barrès, Proust, Edmond et Jean Rostand, Valéry.

Ses publications se font rares. Sept ans vont passer avant la parution du recueil Les Forces éternelles, en 1920, où l'on retrouve son horreur des combats. Ses vers ont une grande force d'élan patriotique et leur dimension tragique est à souligner. Suivront encore deux recueils de nouvelles : Les Innocents ou la Sagesse des femmes et Passions et vanités, datant de 1923. Il s'agit de récits où l'auteur dépeint avec finesse des états de la passion amoureuse. Elle y exprime quelques velléités de féminisme. Mais la poésie la reprend tout entière. Dans les dix années qui lui restent à vivre, trois recueils verront le jour; en 1925, le Poème de l'amour est centré sur l'idée que les liens affectifs de la passion sont chimériques; un certain stoïcisme se fait jour dans L'Honneur de souffrir (1927).

Marquée par le décès de Barrès et d'autres amis proches, Anna de Noailles accorde une place prépondérante au sens de l'éphémère, mais se découvre encore la volonté de l'espoir en livrant ses Poèmes d'enfance en 1928, et Exactitudes, en 1930, textes en prose poétique qui n'achèvent pas une œuvre vouée au lyrisme puisque des poèmes paraîtront encore après sa mort. En 1932, elle publie Le Livre de ma vie, mémoires souvent traversés par un pessimisme démenti par l'amour de la nature et le souhait de la communion des cœurs. Anna de Noailles meurt le 30 avril 1933, assistée de l'abbé Mugnier.

Élue le 4 juin 1921 à l'Académie royale de langue et de littérature françaises, elle avait été la première femme à en faire partie.