Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Louis Dumont-Wilden

Louis Dumont-Wilden / Photo © B. Couprie Membre belge littéraire du 17 janvier 1925 au 11 décembre 1963.
Prédécesseur : Iwan Gilkin
Successeur : Jo Van Der Elst
Fauteuil 5
BIOGRAPHIE

Né à Gand le 15 septembre 1875, Louis Dumont a quatre ans lorsque sa famille part pour Bruxelles, où le père du futur écrivain est nommé conseiller à la Cour de cassation, dont il sera bientôt président. Il effectue ses humanités classiques à l'Athénée royal de Bruxelles, mais a la douleur de perdre son père en 1892. Il a dix-sept ans, suit toujours des cours et souhaite faire le droit. Contraint de mettre un terme à ses études pour aider sa mère et ses jeunes sour et frère, il est engagé comme rédacteur à L'Indépendance belge. Louis Dumont est à l'orée d'une longue carrière de journaliste.

En 1895, il est rédacteur du Petit Bleu où il écrit des chroniques touchant tous les sujets sous divers pseudonymes : Ergaste, Silas, Pamphile... Il y rencontre Albert Mockel. Il fait aussi la connaissance d'une jeune fille française, à La Panne, Lina Wilden, qu'il épouse à Paris en 1898. Désormais, il joindra le nom de sa compagne au sien et signera Dumont-Wilden.

Il donne une nouvelle à la Revue de Belgique en 1900. L'année suivante, il publie son premier livre : Visages de décadence. Le récit, déjà paru, figure au milieu de huit autres, relatant avec esprit les aventures de poètes désabusés et de jeunes femmes évaporées, dans une atmosphère digne de Barrès dont Le Culte du moi fait partie des livres de chevet de Dumont-Wilden. Même si, en 1906, les dialogues des Soucis des derniers soirs, et en 1913, Le Coffre aux souvenirs, préfacé par Giraud, relèvent encore de la veine romanesque, leur auteur s'engage dans des discussions sur la moralité du monde et l'avenir de la société. Sa voie est ailleurs : dans le domaine de l'essai, de la critique artistique, de la biographie, de l'histoire et de la politique.

Dès 1905, il consacre aux artistes des publications qui jalonneront toute sa production. Après s'être intéressé aux Coins de Bruxelles cette année-là, il écrit une monographie sur Fernand Khnopff en 1907, une longue étude sur Le portrait en France au XVIIIe siècle en 1909, et une Belgique illustrée chez Larousse à Paris, en 1911, rehaussée d'une préface de Verhaeren. Il met ses qualités d'observateur culturel au service d'Amsterdam et de Haarlem en 1913, de Bruxelles et de Louvain en 1916, de Bruges en 1925, du portraitiste André Cluysenaar en 1937. Villes d'art en Belgique est de la même année. Dans ces ouvrages, Dumont-Wilden scrute en profondeur les particularités des sujets développés. Il s'efforce d'expliquer avec précision le cadre dans lequel le présent et le passé se rejoignent par leurs similitudes et leurs différences et attache une importance fondamentale aux dimensions européennes de l'art.

Avec George Garnir et Léon Souguenet, il fonde en avril 1910 l'hebdomadaire Pourquoi pas?, qu'il dirigera pendant de nombreuses années. Le mois suivant, il crée la revue Le Masque, avec Grégoire Le Roy et Georges Marlow, tout en collaborant à de nombreux périodiques belges ou étrangers, du Mercure de France à Durendal, de La Nouvelle Revue française à La Vie intellectuelle. Avec Souguenet, il voyage et publie en 1912 La Victoire des vaincus. Deux journalistes en Alsace-Lorraine, hommage à un peuple partagé entre deux cultures; ce livre connaîtra une seconde édition en 1918, à la lumière des événements politiques. La guerre menace. Dumont-Wilden va faire paraître deux ouvrages importants, Profils historiques (1913) et L'esprit européen, presque contemporain de l'ouverture des hostilités. Au-delà des portraits esquissés (Maeterlinck, Barrès, le prince de Ligne ou Gide), l'écrivain souligne l'importance de l'universalité de la culture française et voit dans une possible Europe future la réalisation d'un esprit français internationalisé qui unirait les potentiels culturels de tous les pays sans effacer leurs particularités.

Dumont-Wilden s'installe avec sa famille à Paris, puis à Rueil-Malmaison. Pendant la guerre, il est au service de la propagande (il raconte des épisodes vécus dans ses Souvenirs d'hier... 1914-1917) et fréquente ses amis écrivains Mockel, Maeterlinck, Verhaeren et Barrès. Il passe ses rares loisirs à choisir des textes pour une Anthologie des écrivains belges, poètes et prosateurs, qu'il publie en 1917. Il travaille à la parution de grandes biographies. La Vie de Charles Joseph de Ligne, prince de l'Europe française paraît en 1927, La Vie de Benjamin Constant en 1930, et Le prince-errant : Charles-Édouard, le dernier des Stuart en 1934. La même année, il consacre un livre à Albert Ier. L'écrivain trace passionnément ces portraits, avec le souci de la grandeur des destins auxquels il s'attache. Sa plume est alerte et précise, son talent d'historien remarquable.

Dumont-Wilden reste préoccupé par l'avenir d'une Europe des idées. Il a perdu certaines illusions, et révise certains jugements dans L'évolution de l'esprit européen, publié en 1937 et revu en 1945. Il croit à l'union des cultures et à une civilisation européenne, et envisage dans l'avenir une possibilité de fédération des États, analyse qui ne manque pas de pertinence à l'époque où elle est présentée. Sur le plan littéraire, dans Le Crépuscule des maîtres, son dernier livre (1947), il évoque les auteurs qui ont influencé sa pensée et tente de mesurer l'apport de Renan, de Taine, d'Anatole France, de Chateaubriand, de Laforgue, de Gide ou de Nietzsche. Barrès et Hugo trouvent seuls grâce à ses yeux, en fin de compte, parce qu'ils ont choisi la liberté de leurs convictions personnelles, ayant jusqu'au bout gardé confiance en leur propre valeur.

Louis Dumont-Wilden est mort à Rueil-Malmaison le 11 décembre 1963. Il avait été élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises le 17 janvier 1925. Il était également membre de l'Institut de France, en qualité d'associé étranger, dans la section des sciences morales et politiques.