Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
ContactPlan du siteLiens WebPhotographiesActualité

OrganisationCompositionFonds national de la littératurePrix littéraires
PublicationsLe BulletinE-Bibliothèque

 


ACADÉMICIENS
Membres actuels
Membres décédés
Membres fondateurs
Tableau des successions

Composition


Jules Feller

Jules Feller / Photo © Le Soir (Bruxelles) Membre belge philologue du 19 août 1920 au 29 avril 1940.
Successeur : Julia Bastin
Fauteuil 4
BIOGRAPHIE

Né à Roubaix, le 4 novembre 1859, de parents belges, Jules-François Feller passe son enfance en divers lieux de Wallonie avant que sa famille se fixe à Verviers. Cette ville d'adoption sera sienne jusqu'à sa mort, le 29 avril 1940. Après des études moyennes au Collège communal de Verviers, il fréquente l'École normale des humanités de Liège, dont il sort, en 1883, professeur agrégé de l'enseignement moyen du degré supérieur pour la philologie classique. Il enseigne durant quelques mois à l'Athénée royal d'Arlon, puis, dès 1884, il obtient sa nomination à l'Athénée royal de Verviers. D'abord professeur en troisième latine, i1 occupe, à partir de 1890, la chaire de rhétorique. Pendant trente ans, jusqu'à sa retraite en 1919, il dispensera un enseignement d'une qualité exceptionnelle, inculquant à des générations de jeunes gens l'enthousiasme de la recherche et la joie de la découverte. Sa curiosité intellectuelle le pousse à élargir ses propres connaissances. Son avidité de savoir va faire de lui un dialectologue éminent. Feller s'intéresse d'abord aux traditions populaires. En 1889, Eugène Monseur fonde à Liège la Société de folklore wallon et rassemble toutes les bonnes volontés pour tisser un réseau d'enquêteurs. Dès 1891, Feller apporte sa contribution au Bulletin de folklore, publié par cette équipe. Par ailleurs, il rédige plusieurs articles de vulgarisation sur les superstitions populaires, collabore à la Faune populaire et à la Flore populaire d'Eugène Rolland et réalise une étude approfondie, descriptive et historique, du Bethléem verviétois (1900).

Plus encore que pour le folklore, il se passionne bientôt pour les dialectes. La dialectologie wallonne est née un demi-siècle plus tôt sous l'impulsion de Charles Grandgagnage. Jules Feller entre à la Société de littérature wallonne en 1895. Sa première étude importante paraît dans le Bulletin de cette dernière : Phonétique du gaumet et du wallon comparés (1897). Il examine de manière systématique les différences entre ces deux parlers et montre la parenté du gaumais avec le lorrain.

En 1898, Feller est parmi les passionnés qui fondent la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire. Quarante années durant, il apportera son concours à cet organisme, lors de nombreuses communications, conférences et autres causeries, ainsi que par ses publications dans le Bulletin.

À la fin du XIXe siècle se pose un problème majeur à tous ceux que les dialectes intéressent : celui de l'orthographe. L'absence d'un système de notation adéquat et cohérent pour transcrire les divers idiomes de nos régions était un handicap considérable tant pour les études de dialectologie que pour les oeuvres littéraires wallonnes. Le mérite revient à Feller d'avoir établi un ensemble de règles pratiques, dans son Essai d'orthographe wallonne (publié en 1900), dont la simplicité et l'efficacité expliquent que, près d'un siècle plus tard, elles soient encore en usage pour la transcription dialectale courante. L'orthographe Feller est un sage compromis entre, d'une part, la phonétique – elle tâche de reproduire fidèlement la prononciation – et, d'autre part, l'analogie avec le français et l'étymologie – elle ne heurte pas trop les habitudes graphiques françaises et tient compte, dans la mesure du possible, de l'origine des mots.

Si la mise au point d'une orthographe wallonne a une importance primordiale pour les écrivains dialectaux, elle s'inscrit aussi dans la préparation d'un vaste projet linguistique : le Dictionnaire général de la langue wallonne. En effet, sans un système à 1a fois commode et précis de transcription, comment collecter, conserver, classer tous les trésors lexicaux des dialectes belgo-romans? À partir de 1906, les initiateurs de ce projet, Auguste Doutrepont, Jean Haust et Jules Feller, feront paraître un Bulletin du Dictionnaire général de la langue wallonne. Feller collabore à quelque vingt tomes, traitant divers problèmes de lexicologie wallonne, étymologies obscures, sémantismes particuliers, examens de préfixes et de suffixes, etc. Nombre de ces monographies lexicologiques sont reprises dans le volume d'hommage que lui offrent ses amis en 1912 : Notes de philologie wallonne. Y figurent aussi des textes de vulgarisation et de présentation. L'onomastique est illustrée par des travaux toponymiques d'importance sur les éléments -stèr et -han ainsi que par une étude des origines et de la signification des anthroponymes.

L'année 1920 est marquée par deux événements majeurs : la naissance de l'Académie royale de langue et de littérature françaises, pour laquelle Feller est désigné le 19 août par le roi, et la création à l'Université de Liège des cours d'étude philologique des dialectes wallons et d'histoire de la littérature wallonne confiés par arrêté royal respectivement à Jean Haust et à Jules Feller, qui occupera cette chaire jusqu'en 1930. C'est là le véritable couronnement de sa carrière.

Le Traité de versification wallonne basé sur la versification française, qui parait en 1928, est le fruit d'une longue expérience. C'est un ouvrage original, certes technique, mais nourri de la fréquentation assidue des ouvres poétiques les plus variées, où le jugement du savant est allié à l'amour de la poésie. Le même goût littéraire guide Feller dans ses choix, lorsqu'il rassemble et trie, avec J. Wisimus, les textes de l'Anthologie des poètes wallons verviétois (1928).

Membre de la Commission royale de toponymie et de dialectologie depuis sa création en 1926, Jules Feller fournit régulièrement des contributions au Bulletin de 1927 à 1933. C'est d'ailleurs à cette discipline exigeante qu'il consacre ses derniers travaux importants : la Toponymie de la seigneurie de Grand-Rechain (1931) et la Toponymie de la commune de Jalhaye (1936).

À côté de ces œuvres d'envergure, le maître n'a cessé de donner des conférences, de rédiger des comptes rendus, des chroniques, des rapports, des notices, pour les nombreuses sociétés savantes qu'il a servies avec autant de science que de dévouement.