Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
ContactPlan du siteLiens WebPhotographiesActualité

OrganisationCompositionFonds national de la littératurePrix littéraires
PublicationsLe BulletinE-Bibliothèque

 


ACADÉMICIENS
Membres actuels
Membres décédés
Membres fondateurs
Tableau des successions

Composition


Benjamin Vallotton

Benjamin Vallotton / Photo © ARLLFB Membre étranger littéraire du 4 juin 1921 au 19 mai 1962.
Successeur : Edmée de La Rochefoucauld
Fauteuil 34
BIOGRAPHIE

Fils d'un pasteur qui enseigne la théologie à l'Université de Lausanne, Benjamin Vallotton naît le 10 janvier 1877, à Gryon. Il passe son enfance et sa jeunesse dans le pays vaudois où il a situé l'action d'une quinzaine de récits d'imagination, et dont il a exalté la vie quotidienne et les habitants. Sa formation est classique et il acquiert de solides connaissances en grec et en latin. Comme son père, il étudie la théologie, à Munich d'abord, puis à Paris. Ce milieu familial érudit — sa mère a elle-même écrit quelques livres — est propice à la vocation littéraire du jeune homme. Il publie en effet, en 1905, un roman, Portr'entrouvertes, récit de mœurs plaisant et observateur. Depuis 1899, il a entamé une carrière d'enseignant. Il reste deux ans à Malmerspach, près de SaintAmarin; il est nommé en 1901 à Mulhouse, où, pendant dix ans, il va pouvoir apprécier la mentalité alsacienne, à un point tel qu'il retournera vivre dans cette région en 1921. Nommé en 1911 professeur de français au Gymnase de Lausanne, il a l'occasion d'y enseigner la littérature et de faire l'éloge permanent de la culture et de la langue qu'il aime.

Vallotton est un auteur fécond et son œuvre comporte plus de cinquante volumes couvrant des genres divers : romans, récits et nouvelles, textes autobiographiques, essais et études. En 1906, il crée le personnage du commissaire Potterat, qui sera le héros de plusieurs volumes. Pittoresque et haut en couleurs, ce prototype du Vaudois moyen, bonhomme et réaliste, est le personnage central de récits dans lesquels l'auteur se livre à l'étude du caractère de ses concitoyens. Ceux-ci ont un bon sens non négligeable, mais ils ont la réputation d'être parfois ironiques quoique sentencieux, capables d'indignations, mais aussi généreux et hospitaliers.

À l'actif de Vallotton en 1915, on compte six romans et un recueil de vers. Conteur léger et moraliste, il s'est révélé dans cette production capable de transposer sur le papier la réalité d'un terroir peuplé avant tout de modestes agriculteurs et de petits bourgeois. Ses histoires n'ont pas de portée philosophique : il prend plaisir à décrire les gens et leurs habitudes, sans but moralisateur, sans autre intention que de montrer la vie, telle qu'elle est, avec ses joies et ses peines.

Le déclenchement de la première guerre mondiale blesse profondément le pacifisme de Vallotton. Il dit son horreur des conflits armés dans deux ouvrages publiés le premier en 1915, À travers la France en guerre, souvenirs d'Alsace, et le second en 1918, Au pays de la mort. Le sort des réfugiés l'indigne. Pour leur venir en aide, il organise en Suisse, et dans d'autres pays, des collectes d'argent. Il écrit à ce sujet des récits révélant toujours la même révolte et dans lesquels il exprime l'angoisse psychologique des populations : Les Loups, en 1918, Ceux de Barivier, en 1920.

Sensible à la douleur humaine sous toutes ses formes, Vallotton publie en 1921 un ouvrage sur le calvaire des aveugles de guerre, À tâtons. C'est cette année-là qu'il se réinstalle en Alsace, pour quinze ans. Dans cette région qu'il affectionne et qui vit des moments difficiles dus au rattachement à la France, une trilogie va naître (Suspects!, …Et voici la France, Pendant la fête - 1930 à 1932). Ces livres sont marqués, sans doute trop violemment, par le rejet d'une Allemagne dont il stigmatise la violence. Mais Vallotton y prend aussi position contre la neutralité suisse, qu'il accepte difficilement. Le visage de l'auteur vaudois, volontiers considéré par la critique comme un aimable écrivain de mœurs régionalistes, prend ainsi une autre dimension. On découvre un homme dont la réflexion s'inscrit dans l'histoire tourmentée de l'Europe, qui lui donnera de nouveaux soucis du même ordre moins de vingt ans plus tard.

Dans cette Alsace qu'il aime et défend, ses parutions vont, de 1924 à 1934, se faire plus rares. C'est qu'il fait œuvre de journaliste et de conférencier très apprécié, pour le bénéfice de l'Alliance française qui l'envoie aux quatre coins du monde expliquer la réalité de l'Alsace et sa position difficile. En 1935, il s'installe pour raison de santé, avec sa famille, dans le Var, à Sanary-sur-Mer. Sa demeure fera l'objet de représailles allemandes en 1944 : elle sera dynamitée par l'occupant.

En 1941, Vallotton rend vie à son commissaire Potterat, abandonné depuis vingt-cinq ans, et se remet à écrire des récits de mœurs où sa patrie tient la première place. Le nouveau conflit mondial lui inspire, une fois de plus, des réflexions sur le sort de l'Alsace. Il fera l'objet, en 1946, de son troisième essai consacré à l'épreuve de cette région déchirée : L'Alsace vous parle.

Vallotton écrira encore huit romans, entre 1950 et 1958. Ce sont des histoires régionalistes, dans lesquelles il développe un style direct et simple, agrémenté d'expressions typiques et amusantes, qui donnent aux récits des qualités de vie et de réalisme. Il placera certains de ses personnages dans cette Provence qui l'a adopté. Mais il publie aussi des biographies, en particulier celle de John Mon, en 1951, pasteur qui proposa, au début du XXe siècle, un christianisme basé sur la joie.

Benjamin Vallotton avait été élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises dès le 4 janvier 1921. Il occupa, avec une grande fidélité, un des quatre premiers sièges réservés aux membres étrangers. Il est mort le 19 mai 1962, dans sa maison de Sanary, rebâtie avec courage par les siens après le désastre de 1944.