Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Benjamin L. Woodbridge

Benjamin L. Woodbridge / Photo © Gladys Gilbert Membre étranger littéraire du 18 octobre 1946 au 11 décembre 1969.
Prédécesseur : Eugénio de Castro
Successeur : Marguerite Yourcenar
Fauteuil 36
BIOGRAPHIE

Professeur au Reed Collège de Portland, dans l'Oregon, Benjamin Mather Woodbridge a été, aux États-Unis, un ardent défenseur des lettres belges. Homme discret et modeste autant qu'érudit averti, il attribuait lui-même à un coup de cœur l'intérêt dont il s'était pris pour la littérature d'un petit pays.

Né le 5 novembre 1884 à Williamstown, au pied du mont Greylock, dans le Massachusetts, il poursuit ses études à l'Université de Harvard, où il se forme aux lettres classiques et modernes. Il assiste aux leçons du maître français Gustave Lanson, dont il adopte la rigueur et la méthode analytique. Il occupe ensuite un poste d'assistant, puis de professeur dans diverses universités : Georges Washington, Colorado Collège, Texas, Rice Institute et, finalement, Reed Collège où il enseigne dès 1922 et où il fera toute sa carrière.

Plusieurs voyages en Europe vont lui permettre de se familiariser avec le vieux continent. Il visite d'abord la France et l'Espagne. Ayant obtenu une bourse de la Belgian American Educational Foundation, il séjourne pendant un an en Belgique (1927-1928).

Il s'était fait connaître dès 1925 par la publication d'un ouvrage sur un auteur curieux et peu connu de la fin du XVIIe siècle : Gatien de Courtilz. Il fut l'un des premiers à attirer l'attention sur cet inspirateur lointain d'Alexandre Dumas, auteur de mémoires attribués à d'Artagnan et à d'autres personnalités connues, militaire, aventurier et polémiste (ce qui lui valut d'être embastillé par deux fois).

À Bruxelles, Woodbridge fréquente Maurice Wilmotte et Gustave Charlier, qui orientent ses premières recherches. Il rencontre Franz Hellens et Maurice Gauchez, avec qui il découvre le monde littéraire de la Flandre et de la Wallonie.

En 1930, il fait paraître un essai : Le roman belge contemporain. Cinq romanciers flamands : Charles De Coster, Camille Lemonnier, Georges Eekhoud, Eugène Demolder, Georges Virrès. Le livre fait autorité. Maurice Wilmotte note dans la préface : «Monsieur Woodbridge a lu plus de cent volumes écrits dans une langue étrangère ; il s'est en outre inquiété de tout ce qui a été dit et écrit sur des auteurs abondants et d'une langue souvent difficile. La digestion lente et parfois laborieuse d'une matière ample et pondéreuse s'est faite peu à peu dans son subconscient. Elle lui a permis de transformer cette matière en quelque chose de très clair, de très ordonné, de très vivant aussi.»

Woodbridge complète son étude par de nombreux articles qu'il fait paraître dans des revues américaines, anglaises ou belges : The Romanic Review, Publications of the Modern Language Association of America, The Modern Language Journal, La Renaissance d'Occident, Le Flambeau, La Nervie, L'Avant-Poste... Il y aborde Octave Pirmez, Hubert Krains, Hubert Stiernet, Edmond Glesener, Jean Tousseul. On lui doit une étude générale sur les lettres françaises de Belgique dans le volume Belgium, publié par les Nations Unies en 1945, ainsi que des notices dans le Columbia University Dictionary of Modern European Literature (1947).

Par ailleurs, l'admiration qu'il porte aux lettres belges l'incite à la faire partager par ses compatriotes. En 1937, il crée à Reed Collège la Bibliotheca Belgica. Le premier fonds est constitué grâce à des dons divers et Woodbridge offre lui-même quelque quatre cents volumes, pour la plupart dédicacés. La Bibliotheca Belgica continuera à s'enrichir par des dons de l'Académie, de la Fondation universitaire et des Musées royaux d'art et d'histoire. La Hoover War Library de l'Université de Stanford offrit les doubles de ses propres collections. La Belgian American Educational Foundation apporta au projet un appui qui permit de faire franchir l'Atlantique à bon nombre de livres et de revues. Franz Hellens, Gustave Vanwelkenhuyzen et Maurice Gauchez s'entremirent pour que d'autres, par la suite, prennent le chemin de Portland.

L'attention qu'il prête à Jean Tousseul et les essais qu'il lui consacre lui valent d'être nommé président d'honneur de l'Association des amis de Jean Tousseul. L'Académie royale de langue et de littérature françaises l'élit le 12 octobre 1946 au titre de membre étranger. Il occupe, virtuellement du moins, le siège de Brand Whitlock. Benjamin Mather Woodbridge est mort le 11 décembre 1969, à Berkeley. Depuis plusieurs années, la cécité avait mis un terme à ses travaux.

Très influencé par Gustave Lanson, Woodbridge sait tempérer par l'humour et le sentiment ce qu'il y a parfois de sécheresse dans les travaux de son maître. L'originalité de son Roman belge contemporain tient à ce que les écrivains y sont jugés non plus par des francophones mais par un Anglo-Saxon qui aborde les œuvres d'un œil nouveau. L'approche, au demeurant, n'a rien de froid et de détaché. L'auteur se laisse guider par la sympathie, quitte à témoigner parfois d'une bienveillance presque excessive.

Parlant des romanciers qui ont milité en faveur du peuple, il écrit ces lignes qui, paradoxalement, définissent assez bien sa propre démarche : «Ils aiment le peuple sans en être, et de là jaillit l'humour qui les caractérise. S'ils n'avaient que de l'esprit, qui est tout cérébral, ils se mettraient en dehors et au-dessus de ceux qu'ils raillent; possédant l'humour, né de sympathies, ils tendent à se mettre à l'unisson des masses. Les moralistes ont toujours condamné l'esprit : diseurs de bons mots, mauvais cœur, déclarent-ils. Or en Belgique les cœurs sont bons.»