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La Jeune Revue Littéraire et La Jeune Belgique
tables générales des matières établies par Charles Lequeux

Charles Lequeux - La Jeune Revue Littéraire et La Jeune Belgique

Genre : Bibliographie
Format : 16 x 24,5 cm
Nombre de pages : 150 p.
Date de publication : 1964
Prix : 9,90 €

À propos du livre (début de l'introduction)

On s'est donné beaucoup de mal pour définir les caractères particuliers de la littérature belge ou, plus modestement, ceux des lettres françaises de Belgique. Ces tentatives discordantes se sont égarées dans des généralisations abusives. Aujourd'hui on ne croit plus guère à l'expression littéraire collective d'une âme belge, d'une imagination nationale, d'une sensibilité belge ou wallonne. C'est à bon droit que, sur le plan de la création poétique ou romanesque, la plupart de nos écrivains français se sentent frères de ceux qui sont nés en France.

Et cependant la littérature française de Belgique a son histoire propre, qu'on ne peut comparer à celle d'un département français. Elle s'est développée, selon les époques, plus ou moins en marge de la littérature française; elle a su, dans ses moments les plus heureux, garder le contact avec Paris, mais elle a maintenu, même alors, alors surtout, ses propres foyers de rayonnement, elle a pu avoir ses propres affinités électives, ses propres fièvres, dont les courbes ne coïncidaient pas exactement avec celles de la littérature française.

Cette particularité — bien naturelle quand on y songe — éclaire toute l'histoire d'un mouvement littéraire auquel une revue, La Jeune Belgique, a donné son nom. On peut le rattacher au romantisme, au réalisme, au Parnasse, au naturalisme même et constater qu'il n'a fait en ces domaines que prolonger l'effort français. On doit se souvenir qu'il a, dès la prise de conscience du symbolisme, joué un rôle de premier plan dans cette révolution dont le centre était et restait Paris. Mais en 1880 la France n'éprouvait pas le besoin d'une renaissance, le désir d'une révolution. Les romanciers naturalistes n'en étaient plus à engager la lutte; les grands symbolistes, déjà connus pourtant, n'étaient pas encore devenus les maîtres d'une nouvelle école.

En 1880, rien ne semblait annoncer ou appeler en Belgique, pas plus qu'en France, le sursaut d'une nouvelle génération. Toutefois en Belgique la jeunesse pouvait se sentir en conflit avec les aînés. Depuis cinquante ans le jeune État s'enlisait dans une littérature qu'on disait nationale, qui ne parvenait pas à se dégager de la routine, de l'académisme, et surtout de la politique et des partis.

Sans doute il y avait eu De Coster, déjà oublié; il y avait Lemonnier, toujours sur la brèche dans diverses revues tournées vers la nouveauté. Mais la renaissance de 1880 se serait-elle pro-duite sans le hasard d'une génération exceptionnelle, stimulée par quelques poètes qui ont su obéir à une vocation impérieuse? Mais ces poètes auraient-ils formé une équipe — je ne parle pas d'école — s'ils n'avaient pas trouvé, adopté, aimé un jeune chef intelligent, séduisant, impertinent, spirituel, qui aimait la lutte et qui eut la sagesse de leur imposer comme Credo une vérité salvatrice ?

Ce Credo — l'Art pour l'Art — la France le connaissait de-puis longtemps et le rappelait en certaines occasions. Mais en le choisissant comme un principe directeur, comme une règle de conduite, Max Waller imposait à ses compagnons un idéal qui seul pouvait guérir de ses tares la littérature de son pays : il l'obligeait à se soucier de la langue et du style et à s'affranchir de la politique. En janvier 1894, Albert Giraud pourra déclarer :

«La Jeune Belgique (…) reste fidèle à son programme d'il y a treize ans (…). Plus que jamais elle combattra l'utilitarisme et la littérature à tendances politiques; plus que jamais elle veut l'artiste indépendant et l'oeuvre désintéressée. (…)

Quand bien même la doctrine de l'Art pour l'Art, telle que nous l'avons maintes fois exposée, serait reconnue et démontrée fausse, il faudrait encore l'enseigner partout, en Belgique. C'est grâce à cette doctrine que la jeunesse de 1880 a pu élever son oeuvre ; c'est cette doctrine qui en est la sauvegarde, et si l'on renonçait à elle, l'oeuvre s'écroulerait et serait à recommencer demain. La génération de 1880 a émancipé l'écrivain belge en l'arrachant à la tyrannie des partis (…). La Jeune Belgique veille sur ce que nous avons de plus cher : notre liberté d'écrire.

Plus que jamais aussi, elle luttera pour la préservation et le salut de la langue française, cruellement mise à mal, en Belgique, par les prophètes de l'orthographe, de la grammaire et de la syntaxe individuelles.»

On comprendra mieux encore l'extraordinaire opportunité de cette règle si l'on se rappelle qu'au moment où elle est librement acceptée par de jeunes universitaires que leurs opinions religieuses et politiques risquaient de dresser les uns contre les autres, une guerre scolaire impitoyable se déchaîne à travers le pays, qui va bientôt être bouleversé davantage encore par des conflits sociaux où l'on verra rougeoyer des incendies et où l'on entendra crépiter les fusillades.