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L'esthétique de Georges Rodenbach
de Annie Bodson-Thomas

Annie Bodson-Thomas - L'esthétique de Georges Rodenbach

Genre : Essai
Format : 14,5 x 20 cm
Nombre de pages : 208 p.
Date de publication : 1942
Prix : 8,70 €

À propos du livre

Dans cette étude sur l'esthétique de Georges Rodenbach, nous avons essayé de synthétiser, en relation avec ses principaux sujets d'inspiration, les caractéristiques de fond et de forme qui assurent au peintre des villes silencieuses et à l'un des meilleurs maîtres du symbolisme une place éminente parmi les grands écrivains de langue française.

Nous avons uni dans le même exposé l'étude de l'oeuvre en vers et de l'oeuvre en prose, inséparables à notre avis : ce sont, de part et d'autre, les mêmes thèmes, le même désir de solitude et de recueillement, le même scrupule dans le choix des mots et le rythme subtil de la phrase.

Rodenbach lui-même a fait remarquer avec beaucoup de finesse le lien étroit qui unit ses romans à ses poèmes. C'est ainsi que, dans une lettre datée de 1898, publiée dans Le Gaulois, il annonce la préparation d'«un roman qui est une étude de vieille fille, dans le milieu provincial des vieilles villes de Flandre, une demi-béguine, pourrait-on dire, par qui je continue mon étude des «êtres de silence» — côté de mes romans — comme mes poèmes sont l'évocation des décors de silence». La remarquable unité qui relie entre elles les grandes oeuvres de Rodenbach, aussi bien dans les cadences rimées que dans les rythmes harmonieux de sa prose, nous a permis de concevoir ce travail comme un exposé idéologique groupant les thèmes traités par l'auteur, les attitudes de sa pensée et les moyens d'expression dont il s'est servi.

Toutefois, il nous a paru intéressant de donner d'abord un aperçu de chaque oeuvre en particulier, et de montrer à la suite de quels tâtonnements Rodenbach est arrivé aux conceptions esthétiques de sa période de maturité. Ce sera le but de la première partie de notre exposé.

Un cas très curieux se présente pour l'auteur qui nous occupe : seule son oeuvre en vers est marquée par une évolution sensible, alors que son oeuvre en prose apparaît dès le début avec la plupart des caractères qu'elle aura dans la suite. Ceci s'explique par le fait que Rodenbach débuta dans le roman à une époque où son évolution artistique avait déjà atteint son sommet; à une époque où les «décors de silence» de ses poésies ont pu s'allier sans heurt aux «êtres de silence» qui allaient s'éveiller à la vie contemplative dans la trame poétique de ses romans.

L'aperçu que nous donnerons de l'oeuvre en prose de Rodenbach aura donc un caractère beaucoup plus statique que celui se rapportant à ses recueils de vers.

Pour la biographie du poète et les circonstances relatives à la publication de ses différentes oeuvres, nous renvoyons particulièrement à l'ouvrage de Pierre Maës. Ce livre, conçu sur un plan tout différent du nôtre et avec un but entièrement distinct, nous a permis, grâce à la documentation qu'il réunit sur la vie du poète, de nous consacrer sans réserve aux recherches qui font l'objet de la présente étude.

Lire un extrait

Introduction

« S'il fallait assigner une place à Georges Rodenbach dans la littérature belge, dit Emile Verhaeren, elle serait facile à délimiter. Il prendrait rang parmi ceux dont la tristesse, la douceur, le sentiment subtil et le talent nourri de souvenirs de tendresse et de silence, tressent une couronne de violettes pâles au front de la Flandre : Maeterlinck, Van Lerberghe, Grégoire Le Roy, Max Elskamp.»

C'est ainsi que s'exprime le poète qui représente de la façon la plus caractéristique l'autre aspect de l'âme flamande, sa vitalité, sa fougue et sa vigueur. Car le visage de la Flandre est double : à la violente exubérance de Rubens et de Jordaens s'oppose le calme mysticisme de Van Eyck et de Memling ; à la vitalité bruyante de Verhaeren, Eekhoud, Lemonnier, le désir de solitude et de silence de Maeterlinck, Van Lerberghe, Rodenbach.

La France ne connaît pas ce dualisme : «Le miracle de l'art, de la philosophie, de la politesse française, écrit Jean Dornis, c'est l'union merveilleuse dans laquelle vivent associées ces deux puissances, qu'il faut bien continuer de nommer l'âme et le corps : nous ne sommes ni des mystiques ni des matérialistes. Au contraire, en pays flamand, entre l'âme et le corps, l'abîme est profond. C'est la terre des béguinages et des kermesses, des formidables orgies et des extases pieuses ».

Emile Verhaeren et Georges Rodenbach, deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre, deux grands initiateurs de la renaissance des lettres belges de 188o, représentent le mieux, semble-t-il, les deux grands courants opposés de notre littérature.

Cependant, cette dissemblance foncière n'exclut pas une certaine parenté entre eux : tous deux ont chanté la Flandre, mais l'un l'a mise au soleil, l'autre à l'ombre, l'un en a accentué les contours, l'autre les a estompés, l'un nous l'a montrée tournée vers l'avenir, l'autre vers le passé ; tous deux aussi, bien qu'en dehors de toute école littéraire, peuvent être rat-tachés au mouvement symboliste — depuis le moment, du moins, où ils ont trouvé la formule de leur esthétique.

Si Rodenbach n'adhéra en fait à aucun groupe littéraire, il écrivit pourtant ce véritable credo symboliste : « C'est l'impossible lui-même que nous aimons. C'est le rêve, les nuances, l'au-delà, l'art qui voyage avec les nuages, qui apprivoise les reflets, pour qui le réel n'est qu'un point de départ et le papier lui-même une frêle certitude blanche d'où s'élancer dans des gouffres de mystère qui sont en haut et qui attirent.

Toute son oeuvre est en rapport avec cet idéal; aussi peut-on situer Rodenbach aux côtés de Baudelaire, de Verlaine et de Mallarmé.

En s'orientant vers le symbolisme, il n'a pas suivi mais devancé les écrivains de sa génération. Lorsque les fondateurs de la Jeune Belgique se sont imposé la tâche de créer un renouveau littéraire dans notre pays, ils ont poursuivi le double but de libérer l'art de toute préoccupation politique et moralisatrice, et de résister au courant nouveau qui, en France, commençait à battre en brèche la doctrine de l'Art pour l'Art. Voyant dans ce mouvement une désagrégation des principes du Beau, les jeunes poètes se sont érigés contre ces tendances qu'ils croyaient néfastes. Presque tous, Albert Giraud, Théo Hannon, Iwan Gilkin, Valère Gille, s'attachèrent à suivre les traces des grands parnassiens ou celles de Baudelaire qui, tout au moins dans certains aspects de la forme, peut paraître voisin de leur esthétique.

Si Rodenbach collabora dès le début à la Jeune Belgique, s'il combattit activement aux côtés de Max Waller, rendant hommage aux aînés, encourageant et défendant les jeunes, il ne subit en rien l'emprise du groupe auquel il appartenait sans en partager les tendances. L'impassibilité de José-Maria de Hérédia lui resta toujours étrangère, et, s'il admit l'influence de Baudelaire, il la dépassa bientôt pour rejoindre par elle le grand mouvement contemporain qui devait accorder au symbole, avec une technique opposée au Parnasse, une valeur nouvelle.

Très différent des poètes qui l'entouraient, il n'avait rien de commun non plus avec le tempérament des prosateurs qui étaient alors les maîtres du roman : à la santé exubérante de Camille Lemonnier, à la vigueur brutale de Georges Eekhoud, il opposait un art tout en douceur et en nuances, un art bien personnel et qui apportait à notre littérature une note jusque là inconnue.

Maurice Maeterlinck, Charles Van Lerberghe, Grégoire Le Roy, représentent une orientation plus proche, mais il ne faut pas perdre de vue qu'ils commencèrent à écrire à un moment où Rodenbach était déjà en pleine possession de son esthétique; celui-ci a le mérite d'avoir découvert leur talent, à une époque où ils étaient encore complètement ignorés.

Si ces écrivains allèrent tout droit au symbolisme, alors que Rodenbach tâtonna beaucoup avant de trouver sa voie, c'est que le terrain était déjà préparé par leurs devanciers : en face des tendances parnassiennes de la Jeune Belgique se dressait La Wallonie, revue dirigée par Albert Mockel, qui ouvrait ses pages aux symbolistes belges et étrangers et contribua beaucoup à la diffusion du nouveau mouvement.

Le symbolisme convenait merveilleusement au tempérament de Rodenbach; cependant celui-ci ne se laissa pas entraîner par les extravagances des novateurs : un souci constant d'ordre et de mesure l'éloigne quelque peu de la nouvelle école à laquelle d'ailleurs il n'a jamais adhéré formellement. Il considère comme un signe de médiocrité «cette incorporation dans des groupes littéraires qui, comme ceux de la politique, se font et se défont au gré des intérêts et des rancunes».

En dehors de toute école, Rodenbach conserva intacte son originalité; il resta aussi, malgré l'influence qu'ont pu exercer sur lui les milieux parisiens qu'il fréquenta, bien représentatif du côté silencieux de l'âme flamande, ce qui est assez étonnant pour un poète qui passa à Paris la plus grande partie de sa carrière littéraire. Ses moyens d'expression s'affinèrent au contact de la France, mais «son talent autochtone ne fut nullement entamé par Paris». C'est peut-être la raison pour laquelle cette ville accueillit ses oeuvres avec tant d'enthousiasme.

Dès la publication du Règne du Silence et surtout de Bruges-la-Morte, sa réputation était assurée en France. C'est que, par l'évocation des vieilles cités flamandes, avec leurs calmes béguinages et leurs canaux mélancoliques, avec, surtout, cet immense silence planant au-dessus d'elles comme pour y paralyser la joie de vivre, Rodenbach apportait aux Français quelque chose de tout à fait neuf et d'infiniment poétique.

Table des matières

Préliminaires

Introduction

PREMIÈRE PARTIE
RECHERCHE ET AFFIRMATION D'UNE ESTHÉTIQUE.

APERÇU CHRONOLOGIQUE
1. LES POÉSIES
1) Premiers tâtonnements. Les oeuvres reniées
2) La transition
3) Les oeuvres de maturité
II. LES ROMANS, NOUVELLES ET CONTES
III. LE THÉATRE

DEUXIÈME PARTIE
I. LES ATTITUDES DE SA PENSÉE
Le mysticisme. La hantise de l'Inconnu
Le renoncement à la vie active et le refuge dans le rêve
Le monde vu comme une oeuvre d'art
II. LES GRANDS THÈMES
La Flandre et les villes
La vie des Choses
Le silence
La mort
III. LES MOYENS STYLISTIQUES ET PROSODIQUES
L'Impressionnisme. Caractères de l'impressionnisme chez Rodenbach. Les répétitions. Les thèmes et la création métaphorique
Images et symboles
Dynamisme et lenteur. Structure de la phrase
La métrique. La musicalité du vers

APPENDICE
Lettres inédites de Georges Rodenbach
Photographie d'un manuscrit de Georges Rodenbach : L'Ami des Miroirs (conte du Rouet des Brumes)

BIBLIOGRAPHIE
ŒUVRES DE GEORGES RODENBACH
Poésies
Théâtre
Romans, nouvelles et contes
Critique et Essais
Préfaces
Articles et comptes rendus

LIVRES A CONSULTER

ARTICLES A CONSULTER