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Lamartine critique de Chateaubriand dans le Cours familier de littérature
de André Vandegans

André Vandegans - Lamartine critique de Chateaubriand dans le Cours familier de littérature

Genre : Essai
Format : 16 x 24,5 cm
Nombre de pages : 89 p.
Date de publication : 1990
Prix : 8,70 €

À propos du livre (texte de l'Introduction)

On se propose d'étudier ici les Entretiens 161 à 165 du Cours familier de littérature qui sont consacrés à Chateaubriand. Ils figurent aux volumes 27 et 28 de l'ouvrage. Tous deux ont été publiés en 1869, l'année de la mort de Lamartine, décédé le 28 février. En raison de son état de santé, il ne travaillait plus depuis deux ans mais il avait précisément deux ans de copie en avance. Les Entretiens consacrés à Chateaubriand furent commencés à la fin de 1866.

Mais ce n'est pas cette année-là que Lamartine parle pour la première fois de Chateaubriand dans le Cours. Il a fait de fréquentes allusions au maître depuis le premier Entretien, paru en 1856, et lui a consacré de nombreux fragments de longueur très variable, dans les volumes 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25 et 26. On ne peut étudier les Entretiens 161 à 165 sans avoir au moins cité et examiné les plus intéressantes de ces allusions et scruté les plus importants de ces fragments. Ils constituent des préfigurations partielles des Entretiens 161 à 165. Ceux-ci, inévitablement, répètent ces préfigurations, au moins quant au fond.

La répétition s'installe d'ailleurs à l'intérieur de l'ensemble que constituent les Entretiens 161 à 165, et d'une manière cette fois déconcertante. On a le sentiment que Lamartine, conscient d'avoir été souvent injuste à l'égard de Chateaubriand, veut serrer maintenant, à mesure qu'il avance, la vérité au plus près. Mais il finit par s'épuiser à ces tâches de mises au point. 11 s'arrête au cours de la dernière pour s'interroger, sans plus attendre, sur le génie de Chateaubriand. Et en découvrir l'essence dans la grandeur, qu'il va célébrer superbement.

C'est tout ce qui précède que nous étudions dans la seconde partie de cet essai.

La première partie de notre étude est consacrée au récit de la relation que Chateaubriand entretient avec Lamartine depuis 1822. Chateaubriand a conçu dès 1820, à l'égard du poète, une hostilité dont l'origine est profonde. À partir de 1824 et jusqu'à peu près la fin de sa vie, René a plus ou moins masqué l'irritation que lui causait son cadet.

Le disciple avait été blessé par le maître dès la publication des Méditations, avant même de l'avoir rencontré. Les comportements hostiles ou douteux de Chateaubriand dans les années ultérieures n'entraînèrent de la part de Lamartine, à ce que l'on sait, qu'un petit nombre de réactions défavorables, et toujours exprimées en privé. Les défauts de caractère, la vie et des particularités discutables de l'oeuvre de Chateaubriand ne pouvaient faire que Lamartine n'admirât, non sans réserves, les livres de son éminent Ancien. À n'en pas douter, il avait gardé pour lui beaucoup des humeurs que lui avaient inspirées, de son vivant, l'homme et ses travaux. La réserve qu'il s'était imposée jusqu'en 1848 et dans les huit années qui suivirent cessa lorsqu'il commença de publier, en 1856, le Cours familier de littérature, cette sorte de revue qu'il composait tout seul et où il avait les coudées tout à fait franches. Il se gêna d'autant moins que la gloire de Chateaubriand subissait, à l'époque, une sensible éclipse. Le Chateaubriand et son groupe littéraire que Sainte-Beuve donna en 1861 est une manifestation très apparente du recul que prend alors l'opinion devant l'oeuvre du maître qui a exercé pendant près d'un demi-siècle une fascination impérieuse sur les écrivains. Les virulences de Lamartine entre 1856 et 1866 s'expliquent non seulement par le ressentiment d'un artiste de génie qui peut enfin librement se venger des souffrances que lui a infligées un illustre aîné. Elles sont aussi un effet de société. Mais de même que les comportements de Chateaubriand à l'égard de Lamartine sont issus de son psychisme, — d'ailleurs parfaitement conscient, — les propos parfois contestables de Lamartine sur Chateaubriand et son oeuvre, tels que nous les livre le Cours, plongent eux aussi leurs racines dans le psychisme, également conscient, du poète. Ces sévérités et ces injustices seront, nous l'avons dit, balayées et compensées par les dernières pages de l'Entretien 165.

Nos premiers développements retracent, en somme, ce que l'on peut savoir des rapports ambigus qu'entretinrent Lamartine et Chateaubriand entre 1820 et environ 1848. Ils rapportent encore deux importantes réactions de Lamartine à des oeuvres de Chateaubriand qui eurent lieu vraisemblablement en 1849, une troisième qui se produisit en 1850, et une dernière en 1851.

Nous sommes à cinq ans des premières opinions formulées dans le Cours. Et terminons notre partie initiale par une quête de la source intime des comportements, des sentiments, des jugements de Chateaubriand à l'égard de Lamartine et de Lamartine à l'égard de Chateaubriand. Nous sommes ainsi prêts à aborder l'étude des Entretiens qui occupera, comme on sait, notre seconde partie.

Nous avons fréquemment et longuement cité le Cours familier de littérature. C'est que, comme beaucoup d'autres, les Entretiens où il est question de Chateaubriand et ceux dont il est le sujet contiennent des pages magnifiques du dernier Lamartine. Ces pages, à être résumées, perdent tout leur accent, toute leur poésie, tantôt vengeresse, tantôt, quand Lamartine admire, incantatoire.

Il y a encore que, ces pages, on ne les aborde pas commodément. Le Cours n'a jamais été réédité. Il faut, pour le lire, se rendre en bibliothèque ou y emprunter les volumes dont on a besoin. Nous avons cru rendre service en donnant ici des ex-traits nombreux et abondants des textes que nous commentons.

En revanche, nous avons supposé connues la circonstance matérielle qui a contribué à l'entreprise du Cours (la détérioration de la situation matérielle du vieux Lamartine), la volonté qu'avait l'écrivain de diffuser, par sa publication mensuelle, la haute culture littéraire dans les masses, sa conception de la critique (éducative, moraliste), sa méthode (étude des oeuvres belles selon une approche impressionniste). Nous n'avons pas fait non plus l'histoire du Cours, qui n'a pris sa forme définitive qu'après l'assez rapide abandon d'un programme démesuré. Enfin, nous ne nous sommes pas exprimé sur les défauts ni sur les beautés de cette réunion hétéroclite de vingt-huit volumes où l'on trouve de tout, y compris ce qui est sans rapport avec la littérature, dans un parfait désordre. On découvrira aisément ce que l'on voudra savoir sur ces sujets dans quelques-uns des travaux que mentionne notre bibliographie.

Lire un extrait

En 1819, Lamartine avait lu avec succès les Méditations alors inédites chez Madame Récamier, à l'Abbaye-aux-Bois. Chateaubriand a sûrement recueilli des échos de cette lecture. Comme il avait entendu « le bruit sourd » fait autour de ces poèmes «courant de bouche en bouche» avant même leur publication. Lamartine s'était préparé à Paris de «nombreuses protections […] en hommes et en femmes», en veillant à la divulgation de ses vers auprès des personnes les plus propres à influer sur le gouvernement pour qu'il lui ouvrît la carrière diplomatique. On comptait parmi ses admirateurs le duc de Rohan et ses amis, parmi lesquels Genoude. Il y avait aussi Matthieu de Montmonrency, qui guettait le ministère des Affaires étrangères et promettait à Lamartine de le nommer chargé d'affaires en Espagne, en Allemagne ou en Italie dès qu'il serait au gouvernement. Les membres du groupe royaliste qui collaboraient au Conservateur, la revue de Chateaubriand, faisaient également fête au jeune poète, sauf, précisément, Chateaubriand que Lamartine ne connaissait pas'.

Le maître, soucieux de garder son empire sur les lettres contemporaines, était évidemment excédé par les applaudissements de l'Abbaye-aux-Bois qui le poursuivaient partout, par l'admiration de personnages importants et de femmes distinguées et, ô comble, par l'accueil empressé de ses confrères du Conservateur. Et tout cela à propos d'un livre qui n'avait même pas paru!

Il est mis en vente entre le 5 et le 11 mars 1820 et sera réédité sept fois durant cette même année. Succès considérable. Concert unanime de louanges. Enfin presque. Car il y a une voix discordante, et importante. Lamartine en est consterné. Il écrit le 17 mars à Virieu : «Je n'ai que Chateaubriand contre moi, c'est fâcheux; il dit que c'est un succès d'engouement, que je n'ai point de génie poétique, mais seulement quelque talent pour les vers.» À cette date, Chateaubriand n'a que parcouru, et sans doute très vite, les Méditations. Il est impensable que Lamartine ne les lui ait pas envoyées.

On s'en doute, Chateaubriand n'est pour rien dans la nomination de Lamartine en qualité de second attaché d'ambassade à Naples, le 27 mars 1820. Elle fut l'oeuvre du ministre Étienne Pasquier, influencé par les protecteurs de Lamartine. Il ne ment pas lorsqu'il écrit à de Veydel, de Turin, le 20 juin : «J'ai imprimé un petit volume qui a eu un succès étonnant. On en est à la quatrième édition, en trois mois. Cela m'a fait placer à Naples où je vais.» Il y sera sous les ordres du duc de Narbonne-Pelet, qui ne le chargera à peu près d'aucun travail. Lorsque l'ambassadeur partit en congé, ce fut le chevalier de Fontenay, premier secrétaire, un ami de Virieu et de Lamartine, qui, devenu chargé d'affaires, prit l'ambassade en mains. Après l'avoir laissé encore quelques mois en repos, il le pria de faire son métier. Le poète le fit, sans enthousiasme. Il déplorait de n'être pas secrétaire. II était souffrant. La situation politique, dans le royaume des Deux-Siciles, était agitée. Lamartine et son entourage en eurent vite assez de Naples. Le diplomate demanda et obtint une mise en congé illimitée. Il quitta Naples le 20 janvier 1821. Il s'arrêta à Florence pour s'y présenter à M. de La Maisonfort, ministre de France, afin de lui faire discrètement entendre qu'il ne lui déplairait pas de servir un jour sous ses ordres .

En juillet 1822, il se rendit en Angleterre avec sa femme pour y faire connaissance de la famille de celle-ci. C'est alors que se produisit un fait qui, — survenant après la déception qu'avait éprouvée Lamartine de n'avoir été tenu par l'auteur de René que pour un passable versificateur, — fut l'origine profonde du ressentiment du poète à l'égard de Chateaubriand. Ses jugements ultérieurs sur l'homme et sur l'oeuvre trouvent ici leur source. Dans les Mémoires politiques Lamartine nous raconte l'événement ainsi que ce qui eut lieu dans les semaines suivantes et qui fait corps avec lui et n'est pas moins important.

«M. de Chateaubriand était alors ambassadeur à Londres. Je crus de mon devoir de lui faire visite. Il me reçut avec une froideur sans accueil à laquelle je ne m'attendais pas, car je lui portais comme écrivain, comme royaliste, comme homme d'État surtout, un respect et une déférence qui me disposaient à l'enthousiasme le plus respectueux pour ce grand homme. Il ne daigna même pas m'inviter à dîner, politesse banale qu'un ambassadeur fait à tous ses nationaux, surtout quand ils sont diplomates et quand ils sont écrivains, quoique à une grande distance d'âge et de talent. Ce ne fut qu'un mois après ma visite que, sur les observations du vicomte de Marcellus, mon ami et son secrétaire d'ambassade, il m'envoya une invitation à laquelle je crus devoir me rendre. Je dînai donc à l'ambassade, avec quelques ministres et quelques femmes de haut rang qui ne firent aucune attention à moi. Il ne me dit pas une parole lui-même pendant la soirée. Je ne m'en offensai pas. Je n'ai jamais été exigeant ni susceptible. Je lui rendis nia carte et je me renfermai sans regret dans ma petite retraite rurale à Richemond, où je passai solitairement l'été dans le bonheur, dans la jouissance concentrée des vrais biens de l'homme : une femme digne d'estime et d'amour, un enfant qui promet de continuer ici-bas la tendresse et les vertus de sa mère. une aisance suffisante et un travail agréable entrecoupé de loisirs dans un site enchanteur. J'y restai jusqu'à la fin de l'automne.»

C'est alors le retour à Londres puis en France : «J'avais si peu d'ambition que j'avais presque oublié la diplomatie et que je me laissai oublier tout l'hiver à Paris sans solliciter la moindre attention du ministre.»

Faisons la part d'exagération dans tout ceci.

Table des matières

Introduction

Première partie. Une relation empoisonnée
I. Sous la Restauration
II. Sous la Monarchie de Juillet et la Deuxième République
III. Conclusion

Deuxième partie. Chateaubriand dans le Cours
I. Caractérisations et Jugements
II. L'homme et son oeuvre
III. Conclusion

Bibliographie