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La genèse de Meurtres de Charles Plisnier
de Marc Wynant

Marc Wynant : La genèse de Meurtres de Charles Plisnier

Genre : Essai
Format : 16,5 x 25,5 cm
Nombre de pages : 200 p.
Date de publication : 1978
Prix : 12,40 €

À propos du livre (extrait de l'introduction)

En 1946, Charles Plisnier écrivait à son ami Albert Ayguesparse< : «J'ai mis hier le point final à mon manuscrit. Je me sens délivré d'un poids qui, à mesure que j'avançais, devenait presque intolérable. Cette possession durait depuis quatre-vingts jours…»

Cette confidence nous conduit au sein du drame que fut pour Plisnier la création romanesque. «Écrire n'est pas un jeu. C'est le lent suicide d'un être qui se détruit pour s'accomplir. Et peut-être ce suicide mène-t-il à la vie?»

N'eût-il laissé aucun témoignage sur la difficulté d'écrire, sur l'art du romancier, la lecture des manuscrits de Meurtres suffirait à nous convaincre que la préoccupation constante de Plisnier fut la rude conquête d'une technique et d'un style capables de rendre aux héros de ses romans toute la densité humaine des drames intérieurs.

Dans ce domaine, Plisnier n'a rien d'un novateur. Son attachement aux méthodes traditionnelles est bien connu et il s'en est expliqué souvent : «On m'a souvent dit, — parfois pour me louer, bien plus souvent pour me faire reproche —, que j'étais en matière romanesque, un conservateur. Soit. Je le suis. (…) Si je défends des formes éprouvées du roman, c'est qu'elles me paraissent satisfaire seules à des lois qu'on ne peut enfreindre sans compromettre et mettre en péril les conditions mêmes dans lesquelles une oeuvre d'imagination a de chances de trouver un public c'est-à-dire d'être entendue.»

Ces «méthodes éprouvées» dont parle Plisnier sont un héritage des romanciers du 19e siècle. Elles ont fait leurs preuves; l'auteur les suivra fidèlement. Tous ses romans : Mariages, Meurtres, Mères sacrifient à cette tradition. Leur composition relève pour tant d'une méthode personnelle qui ne fut mise au point, — semble-t-il —, qu'au cours de l'élaboration de Meurtres.

Meurtres, — dit Roussel —, représente dans l'œuvre de Plisnier, un approfondissement de sa méthode.

En 1937, en effet, un an après la publication de Mariages, Plisnier manifestait déjà le désir d'abandonner le ton trop personnel de son premier roman.

«J'estime, — devait-il dire —, que le meneur de jeu doit rester le plus possible dans la coulisse, en évitant de se montrer, c'est une faute romanesque, pour un auteur, que d'attirer l'attention sur lui au détriment de ses personnages.»

Deux ans plus tard, en 1939, le premier volume de Meurtres, marquait un premier progrès. Le style de l'œuvre s'était débarrassé «des tics, rocailles et ornements artificiels» qui alourdissaient le récit de Mariages et trahissaient un romancier de tempérament trop souvent emporté par son enthousiasme.

Les 3e, 4e et 5e volumes, parus entre 1939 et 1941, confirmèrent cette recherche de plus de sobriété dans le style, de plus de neutralité dans le ton et, — on le verra —, d'une plus grande maîtrise dans l'art de la composition.

Quelques mois plus tard, durant la guerre, fort de l'expérience acquise au cours de la composition de Meurtres, Plisnier entreprit de réécrire entièrement Mariages dont la version définitive parut en 1946.

«J'ai refait entièrement Mariages pendant la guerre, alors que personne ne m'y obligeait. Ni mes lecteurs, ni mes éditeurs. Le livre continuait à se vendre, mieux qu'aucun autre roman de cette importance ne se vendait en France, mais je tenais à être en règle vis-à-vis de moi-même. Et les corrections que j'y ai apportées, tu pourras le voir, ne sont pas de pure forme.»

Meurtres semble donc avoir constitué une étape décisive dans l'évolution des conceptions romanesques de Ch. Plisnier. A-t-il acquis dès ce moment et définitivement une technique idéale? Répondre oui, ce serait nier le dynamisme de l'esprit créateur. Nous remarquerons cependant que les procédés de composition ne varieront plus guère par la suite. Ils présidèrent à l'élaboration de Mères; ils devaient être repris pour la composition de Le Sang du père.

Cette raison et l'intérêt que nous portions à la création romanesque chez Plisnier nous incitèrent donc à entreprendre une étude générale de la genèse de Meurtres.

Il fallait à ce travail un plan capable d'éclairer d'une lumière assez vive les aspects les plus importants de la composition de Meurtres. Plusieurs auteurs de travaux de genèse, — Ricatte, Vial, Albérès, Mme Gothot-Mersch —, nous offraient des schémas riches d'enseignements. Après avoir reconnu les mérites de chacune de ces méthodes, notre choix s'est finalement arrêté sur un plan de travail identique à celui adopté par Mme Gothot-Mersch dans la Genèse de Madame Bovary. Cela revient à dire que nous suivrons dans cette étude. l'ordre chronologique des documents, — ordre qui nous a paru le plus apte à rendre compte des différentes phases de la construction du roman.

Notre travail comprendra dès lors deux parties. Dans la première, nous décrirons les documents manuscrits, nous essayerons ensuite, autant que faire se peut, d'en fixer la chronologie la plus exacte possible. Immédiatement après, nous procéderons à l'analyse des Carnets qui constituent la toute première esquisse du roman. Nous ferons état enfin des documents annexés aux Carnets.

Dans la seconde partie qui est la plus longue et la plus importante, nous essaierons de retracer le processus de création de chacun des cinq volumes de Meurtres depuis les Carnets jusqu'à la version définitive. Dans chacun de ces chapitres, nous n'étudierons que les aspects les plus intéressants de la méthode du romancier, faisant fi d'une multitude de petits détails dont le recensement et l'analyse n'auraient pu que nuire à la clarté de notre étude.

On trouvera, enfin, en appendice à ce travail, quelques-uns des documents du dossier de Meurtres. Les brefs commentaires qui les accompagnent n'ont d'autre prétention que de permettre de se faire un idée, la plus exacte possible, de la composition de ce roman.

Lire un extrait

Extrait du CHAPITRE I : LES DOCUMENTS

§ 1. Description

L'important dossier de Meurtres ne compte pas moins de 419 feuillets manuscrits de formats divers.

Ce sont :

1. Un carnet de notes de 73 feuillets de 14,5 cm X 10,5 cm tous écrits recto. Ce carnet ne porte ni titre, ni date. Les 73 feuillets sont ce qui reste de 83 feuillets primitifs paginés de 1 à 83. Manquent les feuillets : 19, 25, 32, 42, 58, 59, 63, 77, 82. Toutefois, nous avons cru reconnaître les feuillets 32, 58 et 63 dans la documentation qui figure en annexe de la version télégraphique du 5e volume.

Étant donné que ce carnet se compose de notes hétérogènes et éparses, il est quasi impossible de savoir avec certitude si les feuillets manquants représentent une lacune véritable ou apparente. Autrement dit, les feuillets manquants ont-ils été sacrifiés volontairement par l'auteur qui, dans ce cas, ne se serait pas soucié de rectifier la pagination du Carnet, ou bien ont-ils été égarés, perdus?

Bien que l'hypothèse d'une lacune apparente reste toujours possible, nous croyons plutôt à une lacune véritable. L'absence du feuillet 42, par exemple, révèle une lacune manifeste puis-que le feuillet 41 se termine sur une phrase «Un jour, — Rose pas aimée par les siens, — elle…» qui reste inachevée; le feuillet 43 débutant sur une autre phrase.
Ce carnet que Mme Plisnier a intitulé «Première esquisse», nous l'appellerons, pour éviter toute confusion dans notre travail, carnet de notes, et les références que nous y ferons, seront notées par C I.

2. Un second carnet de format identique au premier, qui ne porte non plus ni date, ni titre. Il se compose de 28 feuillets qui sont ce qui reste des 31 feuillets paginés de z à 31. Les feuillets 2, 12 et 13 manquent.

Dans ce second carnet, Plisnier précise, développe ou complète certains points ébauchés dans le premier. C'est en quelque sorte le complément de C z., et l'on y trouve entre autres choses, des remarques que Plisnier s'adresse à lui-même.

À titre d'exemple, nous reproduisons les notes de la première page :

«On ne voit pas assez dans ce résumé, les Annequin, frères d'Ange / Noël. Il faut faire porter une partie de l'éclairage sur leur vie, leur manière de vivre. Arrière plan social.»

Les références à ce document seront notées par C 2.

3. Un manuscrit de 1oo feuillets de 25,5 cm X 7,5 cm, qui constitue la «version télégraphique» du roman. Il se divise en cinq parties nettement distinctes, correspondant chacune à un livre de la version définitive.

La première partie, composée de 20 feuillets, est intitulée : Mort d'Isabelle. La pagination de ces feuillets est à la fois curieuse et intéressante. Curieuse, car les feuillets ne sont pas paginés de 1 à 20 mais de 1 à 7, puis de 1 à 3, puis de 1 à 2, etc. Intéressante, car ces différentes sections correspondent déjà, plus ou moins exactement, aux chapitres de la version définitive.

La seconde partie, composée de 12 feuillets, s'intitule : Le Retour du fils. Le système de pagination signalé plus haut révèle que 6 chapitres sont prévus pour ce second livre.

La troisième partie couvre 26 feuillets et porte le titre : Martine. Les 8 chapitres que compte la version définitive y sont déjà prévus.

La quatrième partie, composée de 18 feuillets, porte un premier titre biffé : Les Dons du Pauvre, remplacé par Feu Dormant, titre définitif. Huit chapitres sont prévus; la version définitive n'en comportera que six.

La cinquième partie, enfin, composée de 24 feuillets s'intitule : Tu es poussière, titre remplacé dans la version définitive par Dernière journée et modifié à l'occasion d'une réédition en Dieu le prit. Les huit chapitres prévus dans la version télégraphique seront réduits à cinq plus un épilogue dans la version définitive.

Outre ces documents, nous possédons encore 187 feuillets de formats divers depuis la petite fiche (8 cm x 4) jusqu'à la feuille format commercial. La teneur de ces feuillets nous autorise à les classer en 2 groupes.

a) Quelques-uns de ces feuillets sont couverts de notes relatives au contenu de la version télégraphique. Il s'agit dans la plupart des cas de précisions ou d'additions concernant l'action, les décors ou les personnages, ou encore de conseils que l'auteur se donne à lui-même.

Les références à ces feuillets seront notées par F.

b) La seconde série de feuillets contient des résumés et des plans de chacun des trois derniers livres du roman. Les références à ces feuillets seront notées par R.

D'autres feuillets encore accompagnent le manuscrit de la version télégraphique. Au nombre de 31, ils sont couverts de notes diverses : chronologie, généalogie, références médicales et juridiques, listes de titres, d'épigraphes, etc. Ils sont la documentation rassemblée par Plisnier avant d'entreprendre la composition de son roman.

Les références à ces feuillets seront notées par D.

6. Nous avons pu consulter enfin les manuscrits autographes des cinq volumes de Meurtres. Tous sont rédigés sur des feuillets de format 25,5 X 7,5 cm, écrits recto à l'encre noire. Ils comptent respectivement 187, 200, 200, 180 et 218 feuillets.

Ce sont là tous les documents conservés par Mme Plisnier. Constituent-ils la totalité des manuscrits de Meurtres? Nous ne le croyons pas. Selon la description que fait l'auteur des étapes de la composition de ses romans, il nous manquerait un document important : la «version de vision» où, dit-il, «le constructeur s'effaçant pour donner toute licence au voyant, le romancier écrira d'un jet, comme sous la dictée, sa main ayant peine à suivre le flux d'images et d'idées qui se présenteront à lui.»

Comme cette version a été conservée pour Mères, il y a tout lieu de croire qu'elle existait aussi pour Meurtres. Plisnier, après avoir rédigé la version définitive de son roman, l'a sans doute sacrifiée tout comme il a sacrifié de nombreux brouillons successifs de certaines parties de son oeuvre.

Nous devrons donc tenir compte de cette lacune regrettable lorsque nous essayerons de définir la méthode du romancier.

Table des matières

Introduction

Première partie

Chapitre I. Les documents
§1. Description
§2. Chronologie

Chapitre II. Les carnets
Avant-propos
§1. Première partie du Carnet I
§2. Seconde partie du Carnet I

Chapitre III. Quelques documents annexes aux Carnets
§1. La chronologie du récit
§2. La description des lieux
§3. Les listes de titres

Deuxième partie

Avant-propos
Chapitre I. Prologue et Mort d'Isabelle
Chapitre II. Présence du fils
Chapitre III. Martine
Chapitre IV. Feu Dormant
Chapitre V. Dieu le prit

Conclusion

Appendice

Bibliographie