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Marguerite Yourcenar, le sacre du siècle
Collectif

Collectif : Marguerite Yourcenar. Le sacre du siècle

Genre : Essai
Éditeur : En partenariat avec le Cidmy
Format : 15 x 21 cm
Nombre de pages : 114 p.
Date de publication : 2005
ISBN : 2-9600248-5-0
Prix : 12,00 €
Introduction de Jacques De Decker

À propos du livre (texte de l'Introduction)

Deux mille trois : Yourcenar atteignait le siècle. Elle aurait été, comme il est d'usage de le supposer, centenaire. D'aucuns se gaussent de cette manie, de plus en plus répandue, de commémorer les anniversaires, les jubilés plutôt, des grandes figures. On peut le comprendre : pourquoi faudrait-il, sous prétexte de ces jalons arbitraires, s'intéresser davantage à des personnalités hors du commun? Et, de fait, si elles sont en mesure de défier le temps, pourquoi devraient-elles être mises sur le pavois sous ces prétextes prévus par le calendrier?

Les défenseurs de ces manifestations ont leurs arguments : les commémorations sont des manières de défier l'amnésie qui nous gagne. On n'a jamais, autant qu'à notre époque, été cernés de mémoire : cela ne nous empêche pas d'être exposés à ne plus distinguer ce qui, dans notre patrimoine, compte vraiment. On se pose forcément cette question quand on constate les lacunes que présente, chez nos contemporains, la «culture générale» tant prônée jadis. Non que nous soyons pour autant menacés par l'ignorance, de nouveaux savoirs surgissent sans arrêt, et ils repoussent forcément les connaissances anciennes. C'est ainsi qu'une désaffection se constate à l'égard de l'héritage littéraire récent : on lit Rousseau, mais moins Michelet, et plus du tour Renan par exemple. Dans le champ du roman, Flaubert est plus que jamais fréquenté, mais on évoque surtout le Julien Green mémorialiste, tandis que ses romans s'éloignent de nous. Dans son ensemble, le vingtième siècle va faire l'objet d'une vaste réévaluation, où les sélections risquent d'être sévères…

À la lumière de ces considérations, il était pertinent que l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique se penchât sur celle qui, appelée dans ses rangs en 1971 – dix ans avant que l'Académie française ne bouleverse ses usages pour l'élire à son tour -, fut l'un de ses membres les plus illustres. Les spécialistes les plus autorisés de son œuvre rallièrent Bruxelles à l'occasion de cette séance publique qui frappa l'auditoire par sa haute tenue et la qualité de ses contributions. Il en ressortit l'image d'un écrivain inscrit dans divers espaces littéraires : celui d'une écriture située dans une sorte d'intemporalité due à l'intérêt de l'auteur pour diverses strates du passé ; celui d'une part prise aux courants de son temps, par des proximités de pensée ou d'inspiration, par de réelles amitiés aussi ; celui, enfin, de préoccupations éthiques qui anticipent des questions qui ne cesseront de se faire plus urgentes, comme l'écologie en premier lieu.

Yourcenar est un auteur aujourd'hui nécessaire. Elle savait ce qui nous menaçait, elle nous a suffisamment mis en garde. La séance publique qui eut lieu au Palais des Académies de Bruxelles aura contribué à nous en faire souvenir. Et il est heureux que le Cidmy ait obtenu la primeur de sa publication.

Lire un extrait

Comme le suggère le titre explicite de l'ouvrage, les Mémoires d'Hadrien n'ont pas été écrits par un personnage autre que l'empereur ; ils ne sont pas le fruit de l'imagination d'un auteur qui se serait pris de passion pour le successeur de Trajan; cet auteur serait-il même historien, par quel subterfuge ou sous l'effet de quelle nécessité se serait-il vu contraint de choisir la première personne pour parler d'une autre? Une pareille ambiguïté exile le texte à la fois de l'Histoire et de la littérature, elle ne lui consent aucun choix entre l'invention et le fait objectif, entre l'acte de la subjectivité et le constat impersonnel de l'extériorité. Et pourtant, sans ces mémoires qui sont à la fois l'œuvre d'un grand empereur et d'un grand écrivain, Hadrien n'aurait subsisté pour la plupart que sous les espèces d'un nom évocateur d'une époque lointaine et somme toute étrangère à notre propre vie. Or, c'est de mémoires qu'il s'agit, d'un texte qui s'alimente à la confidence, mieux, à l'expérience, à la vie même, un texte dans lequel l'événement n'existe qu'à travers l'épreuve de l'esprit.

Pour Marguerite Yourcenar, l'œuvre est le «portrait d'une voix». «Si j'ai choisi d'écrire ces Mémoires d'Hadrien à la première personne, précise-t-elle, c'est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même. Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi.» L'empereur n'est pas dupe des faits bruts, quelle que soit leur distance dans le passé ou leur urgence dans le présent et il s'inquiète d'assister aux mutations que le langage fait subir aux choses. «Les historiens, écrit-il, nous proposent du passé des systèmes trop complets, des séries de causes et d'effets trop exacts et trop clairs pour n'avoir été entièrement vrais; ils réarrangent cette docile matière morte et je sais que même à Plutarque n'échappera pas toujours Alexandre.»

(Extrait du texte de Georges Thinès : Un auteur latin contemporain)

Table des matières

Jacques De Decker : Introduction

Georges Thinès : Un auteur latin contemporain

Rémy Poignault : Hadrien et Marc-Aurèle, le choix de Marguerite Yourcenar et de Jules Romains

Jacques Cels : Le sens et le sensoriel

Bérengère Deprez : Yourcenar, déesse-mère de son univers littéraire

Maurice Delcroix : Marguerite Yourcenar et la non-relation avec Julien Green

Michèle Goslar : Marguerite Yourcenar et Suzanne Lilar, plus qu'une rencontre, une complicité

Alexandre Terneuil : Yourcenar-Cocteau : lectures croisées des mythes