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Fictions (1991-2004)
de Philippe Jones

Philippe Jones : Fictions (1991-2004)

Genre : Nouvelles
Éditeur : En partenariat avec La Différence
Collection : Œuvres littéraires
Format : 15 x 23 cm
Nombre de pages : 304 p.
Date de publication : 2005
ISBN : 2729115633
Prix : 25,00 €
Préface de Jacques De Decker

À propos du livre

Une vocation tardive n'est pas une grâce accordée à tout le monde. Il faut bien des réserves d'expérience et de talent pour, dans l'âge mûr, changer de registre. Cela suppose une grande lucidité sur soi-même, bien sûr. Mais aussi du répondant, cette puissance qui permet le second souffle. A Philippe Jones est advenue cette aventure providentielle. Il aurait pu poursuivre dans des trajectoires qu'il maîtrisait, qu'il s'agisse de la critique d'art, qu'il pratiquait et pratique toujours en essayiste, ou de la poésie dont il est l'une des grandes voix contemporaines en langue française. Il aurait pu tabler sur l'acquis. Il a décidé d'opter pour l'inconnu. C'est ainsi que s'est révélé un étonnant conteur. Le terme est vague, délibérément. Parce que Jones a préféré appeler «récits» ces proses narratives qu'il a commencé de publier en 1991. En réalité, ces textes ne s'inscrivent que malaisément dans une catégorie connue. Jones innove lorsqu'il écrit ce qu'il réunira à l'enseigne de L'Embranchement des heures, son recueil inaugural. Il ne pouvait faire autrement, en raison de ses antécédents d'observateur sagace des phénomènes plastiques et de poète qui, lorsqu'il accomplit ce pas décisif, avait déjà été un célébrant de la poésie depuis presque un demi-siècle.

Ces deux vastes espaces devenus si familiers ont influé sur la nouvelle vocation de l'écrivain. Son don presque extra-lucide de décoder les messages visuels n'est pas seulement un des éléments de sa démarche, il la détermine prioritairement. Son rapport exigeant au langage, qui a fait de lui un poète à l'économie très rigoureuse, se retrouve dans la préférence gardée à la forme brève. La principale innovation réside dans l'histoire qui se devine derrière chacun de ces textes. Car Jones ne nous la déroule pas de façon linéaire. Il est trop aguerri à l'art de l'ellipse pour cela, et a gardé de l'enseignement des peintres la conviction qu'on ne capture jamais le réel que dans un cadre. De ces deux savoirs, il tire un art qu'il ne doit à personne, parce qu'il est tout entier inscrit dans ce qui a été son itinéraire éminemment singulier.

Lire un extrait

Trois exposant trois

à Thomas Owen

On préparait les jardins pour l'hiver et, dans la ville déjà, les vitrines s'égayaient à l'approche des fêtes. Le souvenir, celui d'un été torride, s'estompait, mais l'explosion des silos résonnait encore dans l'oreille de tous. Le grain en feu transformait les moissons en colonnes crépitantes. De l'embrasement à la ruine, poutrelles tordues, calcinées, l'usine était réduite au silence. On parla bien d'un acte criminel; l'enquête conclut néanmoins à l'accident. Le bilan soumis au conseil d'administration fut forcément négatif, mais ouvert aux indemnités des assurances, souscrites par Bertrand Gerbot en directeur avisé.

Stéphanos Dourkis connaissait toujours un vide au lendemain de ses expositions. Même le succès de ses peintures insolites n'amortissait pas ce trou d'air dans l'urgence d'être, dans ce besoin d'action qui l'animait en période de travail. Une presse élogieuse ne compensait pas; et pourtant : c'est par rapport au quotidien que le fantastique prend vie, en surgissant tout à coup, avait écrit un critique écouté, soulignant avec justesse sa démarche.

«Du blablabla», disaient certains; «On n'en a que faire», disaient d'autres. Et pourtant, de Baudelaire à aujourd'hui, quel est l'artiste qui n'a pas attendu, avec angoisse, l'adjectif qui accompagnerait son nom? Comme un enfant son bulletin? Peut-être. L'enseignement serait-il meilleur sans examens et la vie sans épreuves ou contraintes? Gagner, c'est toujours se vaincre.

Combattre son inertie, et la peur atavique du noir, Harrisson Thomas se souvint de cette nuit où, montant l'escalier en silence, Il y eut comme un glissement léger, dont je ressentis la vibration et, soudain passa sous ma main agrippée à la rampe, une autre main, toute froide, une main seule, qui n'appartenait pas à un corps… Était-ce un fantôme? La réponse à une attente oubliée? Rêvait-il? La porte du grenier était-elle ouverte? Était-ce un courant d'air mal interprété?

«Le fantastique, reprit Bertrand Gerbot, c'est l'incendie de l'usine, les maléfices du temps.

– C'est la mise en place soudaine de la composition», répondit le peintre.

«Le temps d'un sein nu entre deux chemises», affirmait le poète.

L'instant multiple, ce rond-point où tout se concentre, où les flux, les chemins se croisent, et parfois font lever les récoltes du jour, grain de blé, de toile ou de peau, les interlocuteurs avaient en commun un regard clair. Et pourtant différent. L'un fixait son vis-à-vis, l'autre songeait à des cimaises, le troisième alimentait des feuilles de papier. Ils se réunissaient le soir pour échanger leurs impressions, les mélanger, les battre, les faire revivre.

Table des matières

Préface de Jacques De Decker

Fictions de Philippe Jones

Bibliographie