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Passage à Kiew
de Marcel Thiry

Marcel Thiry : Passage à Kiew

Genre : Roman
Collection : Histoire littéraire / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 184 p.
Date de publication : 1990
Prix : 9,50 €
Préface de Dominique Hallin-Bertin

À propos du livre (extrait de la Préface)

Il est toujours passionnant d'assister à la naissance d'un romancier qui éprouve pour la première fois ses thèmes et son langage. Si l'on se hâte d'oublier un récit publié en 1922, Le Goût du malheur – que Marcel Thiry lui-même a d'ailleurs rayé de sa bibliographie de ses écrits – Passage à Kiew est la première œuvre narrative d'une certaine ampleur où l'auteur de Nondum jam non s'est aventuré dans le domaine de la fiction. Le simple plaisir de lecture que nous procure ce récit de jeunesse, jusqu'ici inédit en volume, s'accroît de l'intérêt plus subtil que nous éprouvons à y découvrir, au stade des promesses, quelques-unes des facettes d'un talent qui trouvera son accomplissement dans les romans et les nouvelles de la maturité.

C'est en 1927 que parut Passage à Kiew dans les livraisons d'août, de septembre et d'octobre de la Revue générale. Marcel Thiry y fait sans doute œuvre de romancier, bien que le récit, écrit-il sur le ton de l'excuse, ne soit «qu'à peine une histoire»; mais il s'y présente aussi comme un témoin. Car, comme l'indiquent les premières lignes qui sont à la fois un guide de lecture, une justification et un avertissement, le narrateur refuse de céder à cet engouement, d'ailleurs déjà dépassé en 1927, qui avait fait de la Russie un pays à la mode : ce qu'il souhaite d'abord, c'est témoigner. Et ce verbe doit être entendu dans sa double acception : celui qui dit «je» veut attester ce qu'il a vu à Kiew, mais aussi le faire connaître.

Lire un extrait

Si j'écris sur la Russie, ce n'est pas pour sacrifier à une mode. Cette mode-là est finie; voici longtemps que les danseurs russes, après s'être une ou deux saisons réfugiés au music-hall où ce commencement de leur disgrâce leur donnait une mélancolie de plus, se sont effacés du monde léger et brillant dont ils avaient été pendant douze ou treize ans les plus ardentes fleurs de flammes. Carrière des ballets russes, ouverte sur les scandaleux triomphes de Nijinski, coupée par 1914 alors qu'elle déclinait, puis traînant après l'armistice une éblouissante agonie parée de la gloire et du mystère du malheur! Où sont, où iront toutes celles dont nous avons aimé les noms en chute de neige, Nemtchinova, Tchernitcheva, celles qui savaient évoquer parfois en dansant le noblesse triste d'un palais de Peterhof aperçu un soir d'hiver, façade comme un visage sans regard, à travers les branches mortes d'un parc, et parfois le traktir où l'on boit du feu… Leurs images reposent comme en des herbiers entre les feuillets glacés des revues d'élégance. Je n'irai donc plus demander à ces spectacles de chants et de danses, à ces Chauves-Souris, à ces Coqs d'Or, l'écho de ces années de fin d'enfance où je traversais, avec mon insouciance et mon ignorance de très jeune soldat, l'inconnu du monde ruse ; il est temps que je recueille un peu de cette cendre de souvenirs d'une époque dont il ne va plus rien rester, pas même la vanité d'une vogue.

J'écris sur la Russie malgré des scrupules. Au cinéma, quand un auteur sans délicatesse nous montre sur l'écran un enfant qui pleure de faim ou que l'on maltraite, nous sommes émus et furieux d'être émus, parce que nous voyons bien qu'on abuse de notre sensibilité, qu'il n'y a pas besoin d'art pour nous toucher avec les simples photographies de pareilles misères; ce faiseur de films est un tricheur : il est trop facile de compter sur nos réactions naturelles; c'est comme si tel mime s'était vanté de nous tirer des larmes, et puis se contentait pour nous faire pleurer de peler des oignons sous nos yeux.