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À la poursuite de Sandra
de Louis Dubrau

Louis Dubrau : À la poursuite de Sandra

Genre : Roman
Collection : Poésie Théâtre Roman / Poche
Format : 11,5 x 18 cm
Nombre de pages : 246 p.
Date de publication : Janvier 2000
ISBN : 2-8032-0036-8
Prix : 9,50 €
Préface de Claire Lejeune
Portrait par Fernand Verhesen

À propos du livre

Lorsque Dubrau publie À la poursuite de Sandra, elle a cinquante-neuf ans. Ce roman, dont elle disait qu'il était avec Un seul jour celui qu'elle préférait, lui valut le Prix Rossel en 1963. Chargé, lui aussi, d' une sensualité d'autant plus forte qu'elle est ascétique, ce livre écrit dans une langue épurée de toute scorie est au centre de l'œuvre le phare qui en éclaire l'ensemble. Tous les personnages féminins des romans précédents et suivants gravitent autour de la figure à la fois énigmatique et transparente de Sandra se révélant à mesure que se recoupent les récits des hommes et d'es femmes qui l'ont connue. […] Le narrateur dans ce roman est un homme hanté par le souvenir d'une maîtresse qu'il a aimée d'un amour peu attentif. Le départ imprévisible de Sandra a suscité en lui ce qu'il décrit comme «une colère de propriétaire lésé qui se mue peu à peu en inquiétude et en regret poignant» de ne l'avoir pas mieux connue. Le désir de la retrouver l'obsède. Non pour la reconquérir, car il sait que ce serait la perdre à jamais, mais pour comprendre qui elle était réellement, comme s'il pressentait qu'en la connaissant il se connaîtrait lui-même, comme si son propre secret était enfoui au tréfonds de l'âme de Sandra.

Parcours labyrinthique dans lequel on progresse à travers des sites que Louis Dubrau connaît pour les avoir visités ou habités, et qu'elle dépeint en quelques coups de pinceaux, avec une admirable concision. De Paris à Lisbonne, d'Abidjan aux Açores où Pierre apprendra la mort de Sandra, en passant par cette campagne du Tournaisis où Louise Scheidt vécut les vacances les plus heureuses de son enfance.

Tout au long de cette poursuite, nous assistons à la métamorphose d'un homme. À mesure qu'elle s'absente plus inexorablement de sa vie, Sandra le révèle à lui-même.

Lire un extrait

Pourquoi suis-je absolument certain que la voix que je viens d'entendre est celle de Nathan? Est-ce parce que je me souviens de certains propos de Sandra?

Voilà qui semble paradoxal. Sandra tenait Nathan pour l'intelligence incarnée. Or, appeler un inconnu en pleine nuit pour lui crier une injure est d'un imbécile… d'un imbécile, ou d'un homme dont l'esprit peut devenir pervers sous la poussée de certains sentiments.

Mais comment préjuger des sentiments de Nathan? Là aussi, je n'ai pour me guider que des souvenirs, et Sandra ne parlait pas volontiers du bonhomme. On eût dit qu'elle avait honte de l'avoir, à un moment donné, trop pris au sérieux. Non qu'elle l'ait aimé.

– Il m'arrivait quelquefois de le craindre, me confia-t-elle un jour. Et cela lorsque dans ses yeux passait de la bonté ou sur son visage de la douceur. J'avais alors l'impression qu'une rupture d'équilibre me mettait en danger. Bien entendu, tout cela était absurde. Assez rapidement, j'ai pu me convaincre que je me faisais un monde d'une taupinière.

J'en étais beaucoup moins sûr qu'elle. Mais Sandra avait une manière de fraterniser avec le péril qui le désarmait. On eût dit qu'entre elle et lui se nouaient mieux que des relations : des connivences. Aussi se récriait-elle chaque fois que je tentais de lui prouver que Nathan lui avait fait courir de grands risques.

J'écris Nathan… Elle ne l'appelait pas ainsi. Elle ne m'appelait pas davantage Pierre.

– Oh, disait-elle légèrement, pourquoi donnerais-je à un homme le nom dont on le gratifia le jour de sa naissance? C'est affaire entre sa mère et lui.

Elle soupirait.

– Je rebaptise tous mes amis. C'est une façon de m'assurer une nostalgie, une survivance dans leur pensée : ce nom qu'ils perdent en me perdant et qui, quelquefois, alors qu'ils croient m'avoir totalement oubliée, les force à se retourner dans la rue, comme si une main se posait sur leur épaule…

Table des matières

Préface, par Claire Lejeune

Portrait, par Fernand Verhesen

À la poursuite de Sandra

Bibliographie