Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Adrien Jans

Adrien Jans / Photo © Nicole Hellyn Membre belge littéraire du 13 novembre 1965 au 24 septembre 1973.
Prédécesseur : Henri Davignon
Successeur : Herman Closson
Fauteuil 11
BIOGRAPHIE

Né à Edegem, près d'Anvers, le 22 octobre 1905, Adrien Jans est le fils d'un juriste. Après des études accomplies dans la métropole, c'est à Louvain qu'il s'inscrit pour y décrocher un doctorat en droit et devenir bachelier en philosophie thomiste. Pendant son adolescence, ses loisirs l'amènent à Bruxelles et dans la région de l'Amblève, près de Liège. Adrien Jans bénéficie d'un double émerveillement : les lieux de son enfance sont si proches du Missembourg de Marie Gevers qu'il peut rêver devant les grilles de la «châtelaine». Les paysages ardennais qu'il découvre un peu plus tard serviront de toile de fond à plusieurs de ses récits. Sur le plan intellectuel, les lectures de Maritain et de Claudel le marquent profondément.

Adrien Jans est attiré très tôt par la littérature, en particulier par la poésie. Pendant ses études universitaires, il collabore à une tribune de jeunes créée par La Métropole d'Anvers, et fait partie du groupe de La Nouvelle Équipe, revue des étudiants de l'Université de Louvain, fondée par Yvan Lenain en 1926. Sa signature voisine avec celles de Daniel-Rops, de Robert Guiette ou de Paul Fierens. Installé à Bruxelles, il passe à La Libre Belgique; il entame une carrière de journaliste qui le verra entrer dans la rédaction de plusieurs quotidiens. Il fréquente régulièrement le Grenier de Norge. Il va bientôt collaborer à Cassandre, l'hebdomadaire de Paul Colin.

Son premier livre, Clairs-obscurs, paraît en 1933. C'est un petit recueil de textes, issus du cœur de l'artiste et de sa sensibilité, dans un mélange de feuillets de journal intime, de prose et de poèmes. Comme dans les œuvres qui suivront dans ce dernier domaine, Jans montre son intérêt fondamental pour l'homme, sa solitude et ses angoisses, le tout sur un fond de questions spirituelles. Le lecteur y voit apparaître les thèmes qui traverseront son œuvre lyrique comme ses récits d'imagination : générosité, nécessité d'une vie intérieure, respect de la nature humaine, espoir en Dieu.

La pensée de Jacques Rivière (1938) et Jules Supervielle (1940) ouvrent une série d'essais que Jans va consacrer, de manière régulière, à quelques grandes figures des lettres. La critique de l'époque a souligné avec raison à quel point, dans ces travaux, il adopte une réelle indépendance d'esprit et de ton. Lorsque la guerre éclate, il dépose sa plume de journaliste, mais n'abandonne pas la littérature. Pendant ces années noires, il fait paraître cinq volumes : un recueil poétique, Chant des âmes, en 1942, hymne profond de reconnaissance envers le créateur; un roman, La jeune Fille aux sortilèges, en 1943, récit irréel révélant encore le poète; et trois essais, qui montrent la variété de ses intérêts. Il évoque la figure d'Érasme en 1942; l'année suivante, il fait un résumé de La poésie française contemporaine (de Lautréamont à Max Jacob, en passant par Apollinaire, Reverdy, Pierre Emmanuel et quelques écrivains de Belgique, notamment Braun, Vivier et Vandercammen) et livre des Entretiens poétiques, qui révèlent un critique attentif et lucide. Il anime aussi une Tribune poétique, à la demande de Pierre-Louis Flouquet, et organise des conférences pour Le Journal des poètes.

À la fin de la guerre, France 1944 raconte les impressions du reporter qui a vécu une expérience sous le signe de la croix de Lorraine. Peu après, il entre à La Nation belge. De sa carrière de journaliste, qui ne s'arrêtera qu'avec sa fin prématurée, il faut rappeler ses passages par Le Patriote illustré, par Le Quotidien, par Le Soir illustré, dont il devient rédacteur en chef, et sa longue collaboration au Soir, où il dirigera la page littéraire.

Malgré de multiples activités (il acceptera la présidence des Scriptores Catholici et la charge de secrétaire du jury du prix Rossel), Adrien Jans publie un ouvrage presque chaque année. Des essais confirmeront l'ampleur de son érudition: Van der Meersch et Claudel, en 1946, Louise Labé, Rabelais et Agrippa d'Aubigné, en 1959, André Baillon en 1961, Marie Gevers, en 1964, Norge et Ghelderode en 1972, bénéficient de synthèses bien élaborées. Dans l'étude consacrée à la dame de Missembourg, il évoque avec beaucoup d'émotion le cadre de son enfance anversoise. Il livre aussi des réflexions et des souvenirs : Un art de lire (1950), qui est une incitation et une éducation à la lecture, De Montmartre à Montparnasse (1968), dans lequel fourmillent des anecdotes sur les héros des lieux (Carco, Salmon, Paul Fort), et Le prêtre et les romanciers en ce tournant de l'histoire (1967). À travers des personnages tirés de la littérature, l'auteur s'y intéresse au problème du sacerdoce. Pour être complet il faut citer, La Bergère sous l'armure, un petit volume sur Jeanne d'Arc.

Dans le domaine du roman, Échec à l'homme (1949), Le Manant (1953) et D'un autre sang (1956) situent leur décor dans le cadre de l'Ardenne. Jans concrétise sa révolte contre la violence dans le premier récit. Il aborde dans le troisième le thème de l'enfance adultérine et de la souffrance engendrée par cette situation. Le Manant, qui relève quelque peu du domaine fantastique, approfondit l'idée de la solitude.

L'auteur reste fidèle à la poésie, comme le prouvera une belle anthologie recouvrant l'essentiel de sa production de 1924 à 1967. On y retrouve les recueils déjà cités, mais aussi ceux de l'après-guerre, dont La Colonne ardente (1961). La série sera complétée par Ivoiriennes, en 1968. Jans chante sa foi en l'homme et son espérance en la vie ; sa foi chrétienne s'y révèle d'une vérité et d'une sincérité absolues.

Mort à Bruxelles le 24 septembre 1973, Adrien Jans occupait depuis deux ans et demi la fonction de président de l'Association des écrivains belges de langue française. Il avait été élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises le 13 novembre 1965.