Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Jacques Monfrin

Jacques Monfrin  / Photo © Nicole Hellyn Membre étranger philologue du 13 juin 1981 au 11 décembre 1998.
Prédécesseur : Italo Siciliano
Successeur : David Gaatone
Fauteuil 35
BIOGRAPHIE

Jacques Monfrin est né le 26 avril 1924 à Decazeville (dans l'Aveyron), où il passe sa jeunesse. Après le lycée, il arrive à Paris, où il est élève, de 1943 à 1947, de l'École nationale des chartes et de la IVe section de l'École pratique des hautes études. Il est archiviste paléographe en 1947 et membre de l'École française de Rome de 1947 à 1949 et de 1951 à 1952. De 1947 à 1955, il est bibliothécaire au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Il devient chargé de cours de latin médiéval à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris (Paris IV) en 1955 et est professeur de philologie romane de la IVe section de l'École pratique des hautes études depuis 1974. En dehors de son enseignement et de ses recherches scientifiques, Jacques Monfrin dirige ou contrôle des recherches et des publications. Il est membre du comité de direction de l'Institut de recherche et d'histoire des textes et directeur de la section romane, membre résidant de la Société nationale des antiquaires de France (depuis 1963), membre du Comité des travaux historiques, section d'histoire et de philologie (depuis 1969), directeur de la Société des anciens textes français, directeur de la revue Romania (depuis 1976), directeur de l'École des chartes de 1976 à 1983. De 1976 à 1981, il est membre du Centre national de la recherche scientifique, de 1976 à 1981 président de la Section 36, en 1981 et 1983 membre du jury d'agrégation d'histoire du droit.

Dès 1951, Jacques Monfrin s'intéresse au problème des sources d'œuvres littéraires. Il examine les sources arabes de La Divine Comédie (1951), le miracle de Ségovie, une source du Tombel de Chartrose (1957) et les sources du Secret des secrets (1964). Il édite aussi des textes brefs ou fragmentaires et les étudie de près; des fragments d'un manuscrit de Gui de Nanteuil (1954), des fragments de La Chanson d'Aspremont (1958), un fragment du Breviari d'amor (1966), La Complainte d'amours, poème du XIIIe siècle (1970), un poème anglo-normand sur le mariage, les vices et les vertus, par Henri (1970), trois contes français du XIIIe siècle tirés du Recueil des Vies des Pères (1971).

En 1955, paraît, en collaboration avec Robert Bossuat, le Supplément (1947-1953) du Manuel bibliographique de la littérature française du moyen âge. Le Troisième supplément (1960-1980) se fera en collaboration avec Françoise Vielliard et comptera deux tomes (1986 et 1991). La base de la documentation a été fournie par les notes personnelles des deux auteurs et par les fichiers de la section romane de l'Institut de recherche et d'histoire des textes.

La même année 1955, un inventaire critique des traductions d'auteurs anciens du XIIIe au XVe siècles est publié en partie dans une notice consacrée à Pierre Bersuire. Le problème de la traduction des œuvres antiques et l'humanisme en France est posé. Jacques Monfrin y consacrera plusieurs articles : sur Guillaume Fichet (1955), sur la plus ancienne traduction de Tite-Live (1958), sur les traducteurs et leur public en France au Moyen Âge (1964), sur le goût des lettres antiques à la cour des ducs de Bourgogne (1967), sur les étapes et les formes de l'influence des lettres italiennes en France au début de la Renaissance (1967) et sur la connaissance de l'Antiquité et le problème de l'humanisme en latin vulgaire dans la France du XVe siècle (1972).

Jacques Monfrin contribue à inventorier les textes accumulés dans les bibliothèques : La Bibliothèque Sanchez Muñoz (1964), La Bibliothèque de Francesc Eiximenis (1967) et La Bibliothèque pontificale à Avignon et à Peniscola (1991). Il collabore à La Biblioteca napoletana dei re d'Aragona (1969). Il pose le problème de la documentation à propos des archives des universités médiévales (1974).

En 1959, il publie l'Historia calamitatum d'Abélard. Il s'agit d'un ouvrage capital pour l'histoire des idées. Il rédige aussi de savants commentaires sur des légendes épiques françaises (1961), sur la date de Huon de Bordeaux (1962), sur le théâtre comique méridional au XVe siècle (1965) et sur Joinville (1973 et 1976).

Le mode de tradition des actes et les études de dialectologie (1968), le latin médiéval et la langue des chartes (1970), les parlers en France (1972) retiennent l'attention de Jacques Monfrin. Il publie des notes lexicographiques sur un passage de Villehardouin, sur un poème de Guillaume IX d'Aquitaine, et étudie 1e vocabulaire des structures sociales du haut Moyen Âge.

Il édite aussi des chartes : des chirographes de Mons (1269-1427) et, en collaboration, des chartes de la commanderie de la Selve (Aveyron). Son introduction aux Documents linguistiques de la France constitue une mise au point, très utile pour les historiens de la langue, sur quelques problèmes pratiques posés par l'édition des textes français au Moyen Âge. Depuis 1974, Jacques Monfrin a dirigé la publication de sept volumes de documents linguistiques de la France et de la Belgique romane.

Jacques Monfrin, élu le 13 juin 1981 membre étranger au titre philologique à l'Académie royale de langue et de littérature françaises, est reçu le 27 mars 1982 par Pierre Ruelle. Dans son discours de réception, il fait l'éloge d'Italo Siciliano. Il sera, en 1983, membre ordinaire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres à Paris et, en 1987, membre étranger de l'Académie royale des sciences et des lettres du Danemark, de la Real Academia de Buenas Letras de Barcelone et de l'Accademia nazionale dei Lincei. Une édition critique de Joinville, Vie de saint Louis, est sous presse.

Jacques Monfrin était un éminent médiéviste, à la fois chartiste, philologue, éditeur de textes, historien et historien de la langue. Un irrésistible attrait du document original l'a conduit dans des directions très diverses. Il est impossible de citer tous ses articles parus dans diverses revues spécialisées, dans des actes de congrès et de colloques ou dans des mélanges. À travers les textes, Jacques Monfrin a toujours tenté de retrouver quelque authentique reflet des hommes du passé.

Il est mort le 11 décembre 1998.