Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Liliane Wouters
Liliane Wouters / Photo © Nicole Hellyn Membre belge littéraire
Élue le 9 mars 1985
Prédécesseur : Robert Goffin
Fauteuil 12
BIOGRAPHIE

Liliane Wouters naît à Ixelles, le 5 février 1930. Furnes est le berceau de sa famille maternelle, la seule qu'elle connaisse. Après l'école primaire et un quatrième degré à Ixelles, à partir de l'automne 1944, elle est interne dans une section francophone à l'école normale de Gijzegem, près d'Alost. Toute jeune, elle s'essaie déjà à l'écriture.

Elle sera institutrice dans sa commune natale, de 1949 à 1980. Elle voyage beaucoup à travers l'Europe, l'Afrique, le Canada et le Proche-Orient. Elle vit actuellement à Ixelles.

Elle envoie ses premiers vers à Roger Bodart qui la conseille et la guide. Il préface d'ailleurs son premier recueil La Marche forcée (1954) qui connaît le succès et est abondamment couronné : prix des Scriptores Catholici (1955), prix Émile Polak, décerné par l'Académie (1956), prix Renée Vivien (1955), prix Nuit de la poésie à Paris en 1956 (ce dernier par un jury comprenant Aragon et Cocteau). C'est un livre foisonnant, aux strophes ardentes, nourries à la fois d'échos du Moyen Âge et d'une certaine modernité. Ses cadences soutenues par la rime disent à la fois un réalisme magique et une mystique éclairée qui doivent beaucoup à la puissance et au baroque nordiques. Des accents d'épopée y sous-tendent une certaine angoisse devant la vie, l'amour et la mort.

De six en six ans paraissent alors Le Bois sec (1960) et Le Gel (1966). Le premier remporte le Prix triennal de littérature, le second, le prix Louise Labé. La respiration s'y fait plus rapide, la langue plus incisive et maîtrisée, le débit plus heurté. La précarité de l'existence s'y mêle à un certain mépris du monde. L'émotion est partout contenue, souvent camouflée sous un humour grinçant. Parfois, une crispation de la langue souligne le sentiment de solitude, la crainte de la mort, l'inanité de l'existence, malgré la présence de «longs textes qui aussi sont des hymnes à la vie». Cette poésie de la voracité et du combat, on la retrouve encore dans L'Aloès (1983) qui reprend l'essentiel des recueils précédents et beaucoup d'inédits. De la sorte, on peut suivre l'évolution de la thématique de Liliane Wouters et ce que l'on a appelé sa «rudesse guerroyeuse» empreinte de lyrisme. Attestation aussi d'une constante recherche de soi à travers les labyrinthes de l'existence, l'inlassable plongée vers le bonheur et la vérité, l'inexorable déchirement (notamment à l'instant de la mort). Tout cela cependant nimbé d'une insatiable soif d'espérance évoquée par l'aloès («Une fois tous les cent ans/ l'aloès fleurit. Mon temps/ connaît la même fortune»).

En 1990, paraît Journal du scribe. Ce scribe est un peu le symbole de l'écrivain, l'archétype de l'être qui dérange par le message qu'il délivre. L'écrivain s'interroge. À quoi sert l'écriture? Donne-t-elle pouvoir de démiurge? N'est-elle que le «principe» qui crée les êtres, venus d'ailleurs, allant ailleurs? De plus, le scribe synthétise toutes les croyances et est essentiellement préoccupé par les mystères (qui sommes-nous? d'où venons-nous? où allons-nous?).

Cette poésie (le plaisir de la langue, le lyrisme) et ses interrogations (métaphysiques, voire sociales), on les retrouve omniprésentes – avec souvent une pointe de fantaisie – au cœur de tout le théâtre de Liliane Wouters. D'abord dans Oscarine ou les Tournesols (1964), une pièce empreinte d'une originalité douce-amère, puis dans La Porte (1967), une tragi-comédie du trépas, dans Vies et morts de Mademoiselle Shakespeare (1971) où Williame, une femme, se prend, par mythomanie ou quête d'identité, pour le grand écrivain anglais, fait le tour de l'amour et d'elle-même dans un univers où s'animent des statues, où sévit le pouvoir, où la passion et la féerie déploient leurs fastes.

Après une adaptation de La Célestine (1981) de Fernando de Rojas et deux pièces en un acte, voici La Salle des profs (1983, prix André Praga, décerné par l'Académie en 1984), œuvre souvent jouée et qualifiée de «théâtre-vérité». C'est une radiographie de l'enseignement comportant douze moments et qui évoque avec ironie et tendresse les problèmes des instituteurs, passionnés au début de leur carrière, mais se retrouvant confrontés à la médiocrité, à la banalité de chaque jour.

D'autres pièces encore : L'Équateur (1984) – un bateau franchit la ligne qui symbolise la mort et ses cinq occupants se révoltent ou se confessent dans un huis clos assez cruel; Charlotte ou la Nuit mexicaine (1993) – évocation de la démence de la fille de Léopold Ier, veuve de Maximilien de Habsbourg, empereur du Mexique fusillé par les révolutionnaires en 1867; Le jour du narval (1991), une œuvre baroque qui se passe dans une cité nordique, fait allusion à la Bible (David et Bethsabée) et met en scène des gens écrasés par les puissants et le destin.

À côté de la poésie et du théâtre – mais ces deux disciplines, chez Liliane Wouters, ne forment qu'un tout – se développent deux autres activités, celles de traductrice et d'anthologiste. Ainsi a-t-elle beaucoup traduit (poèmes et pièces de théâtre) du néerlandais en français, réussissant la gageure de conserver aux textes leurs cris, leurs cadences, leurs musiques. Son choix s'est souvent porté sur des textes du Moyen Âge : Les belles heures de Flandre (1961), qui a remporté le prix Auguste Michot décerné par l'Académie, Guido Gezelle (1965), Bréviaire des Pays-Bas (1973), Reynart le Goupil (1974). Ces travaux lui ont valu le prix Sabam 1965 et le Prix triennal de traduction de la Communauté flamande de Belgique. Parmi ses anthologies : Panorama de la poésie française de Belgique (1976), Ça rime et ça rame (1985), spécialement destinée aux jeunes et, réalisée avec Alain Bosquet, La poésie francophone de Belgique, quatre tomes reprenant des textes de poètes nés entre 1804 et 1962. Tous les chemins conduisent à la mer, un ensemble des poèmes de Liliane Wouters, avec une préface de Jean Tordeur, a été publié aux Éditions des Éperonniers. Intitulé Changer d'écorce, un second ensemble, thématique, est paru en 2001 aux Éditions La Renaissance du Livre, avec une préface de Françoise Mallet-Joris et une postface d'Yves Namur cependant qu'en 2000 était publié chez PHI Le Billet de Pascal, un recueil inédit.

2000 est d'ailleurs à noter d'une pierre blanche, c'est l'année où Liliane Wouters reçut trois distinctions importantes : en Yougoslavie, le Prix international de poésie de La clé d'or, à Paris, la Bourse Goncourt de poésie et à Bruxelles le Prix quinquennal de littérature.

Liliane Wouters a été élue membre de l'Académie, le 9 mars 1985, au fauteuil de Robert Goffin. Le Prix Montaigne de la Fondation F.V.S. de Hambourg lui a été attribué en 1995. Depuis 1996 Liliane Wouters est membre de l'Académie européenne de poésie. Elle est aussi membre honoraire de l'Académie royale et langue et de littérature néerlandaises.

Liliane Wouters est décédée le 28 février 2016.



BIBLIOGRAPHIE

La Marche forcée, poésie, Bruxelles, Éditions des Artistes, Georges Houyoux, 1954.

Le Bois sec, poésie, Paris, Gallimard, 1960.

Belles heures de Flandre, adaptation de poèmes (Poésie flamande du Moyen-Âge), Paris, Pierre Seghers, 1961 (rééd. Bruxelles, Éditions Les Éperonniers, coll. « Passé-Présent, 1997).

Oscarine ou les tournesols, théâtre, création du Rideau de Bruxelles, 1964.

Guido Gezelle, essai et adaptation de poèmes, Paris, Pierre Seghers, coll. «Poètes d'aujourd'hui», 1965.

Le Gel, poésie, Paris, Pierre Seghers, 1966.

La Porte, théâtre, création Festival du Jeune Théâtre, Liège, 1967.

Bréviaire des Pays-Bas, adaptation de poèmes (Poésie flamande du Moyen-Age), Paris, Éditions Universitaires, 1973.

Reynart le Goupil, adaptation du poème du moyen néerlandais, Bruxelles, Éditions La Renaissance du Livre, 1974.

Panorama de la poésie française de Belgique, anthologie, Bruxelles, Éditions Jacques Antoine, 1976.

Vies et morts de Mademoiselle Shakespeare, théâtre, création Théâtre de l'Esprit Frappeur, Bruxelles, 1979.

Terre d'écarts, anthologie, en collaboration avec André Miguel, Paris, Éditions Universitaires, 1980.

La Célestine, adaptation (d'après Fernando de Rojas), théâtre, Théâtre Royal du Parc, Bruxelles, 1981.

«Le monument» (un acte du spectacle collectif Le 151e), théâtre, Maison de la Culture de Mons, 1981.

«La mort de Cléopâtre» (un acte du spectacle collectif Cléopâtre), théâtre, Théâtre de l'Esprit Frappeur, Bruxelles, 1982.

Autour d'une dame de qualité, pièce en un acte, théâtre, création Atelier d'écriture, Neufchâteau, 1983.

La salle des profs, théâtre, création Maison de la Culture de Mons, Théâtre de l'Esprit Frappeur, Bruxelles, Éditions Jacques Antoine, 1983 (rééd. Bruxelles, Éditions Labor).

L'Aloès, poésie, Paris, Luneau-Ascot, 1983.

Parenthèse, poésie, Le Verbe et l'Empreinte, Saint-Laurent-du-Pont (France), 1984.

Ça rime et ça rame, anthologie pour les jeunes, Bruxelles, Éditions Labor, 1985.

L'Équateur, théâtre, création Théâtre de l'Esprit frappeur (Botanique), 1986.

L'Équateur, suivi de Vies et Morts de Mademoiselle Shakespeare, théâtre, Bruxelles, Éditions Jacques Antoine, 1986.

Charlotte ou la nuit mexicaine, théâtre, Bruxelles, Éditions Les Éperonniers, 1989.

Journal du scribe, poésie, Bruxelles, Les Éperonniers, 1990.

Le jour du Narval, théâtre, Bruxelles, Éditions Les Éperonniers, 1991.

La poésie francophone de Belgique, avec Alain Bosquet, anthologie, 4 tomes, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 1992.

Tous les chemins conduisent à la mer, poésie, Bruxelles, Les Eperonniers, coll. «Passé Présent», 1997.

Un compagnon pour toutes les saisons, traduction, Guido Gezelle, Autres Temps, Marseille, 1999.

Le Billet de Pascal, poésie, Luxembourg, Éditions Phi, 2000.

Le siècle des femmes, avec Yves Namur, anthologie, Bruxelles, Éditions Les Éperonniers, 2000.

Changer d'écorce, poésie, Tournai, La Renaissance du Livre, 2001.

Poètes aujourd'hui : un panorama de la poésie francophone de Belgique (avec Yves Namur), anthologie, Châtelineau/Saint-Hippolyte, Le Taillis pré/ Le Noroît, 2007.

Paysages flamands avec nonnes, mémoires, Paris, Gallimard, 2007.



E-BIBLIOTHÈQUE

Poète et dramaturge : une question d'identité (PDF 65Ko)
Communication à la séance mensuelle du 12 mai 1990

L'enfant et la poésie : utopie ou réalité (PDF 84Ko)
Communication à la séance mensuelle du 9 septembre 1995

Comme vient un voleur dans la nuit (peur, stupeur, poèmes) (PDF 80Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 février 1998

L'écrivain et son lecteur (PDF 72Ko)
Communication à la séance mensuelle du 14 février 2004 (avec Jacques De Decker)

Une constellation poétique (PDF 84Ko)
Communication à la séance mensuelle du 12 février 2005



DISCOURS DE RÉCEPTION (séance publique du 26 octobre 1985)

Discours de Jean Tordeur (PDF 95Ko)
Discours de Liliane Wouters
(PDF 82Ko)