Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique
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Composition


Yves Berger

Pas d'image disponible Membre étranger littéraire du 10 avril 2004 au 16 novembre 2004.
Prédécesseur : Robert Mallet
Successeur : Gérard de Cortanze
Fauteuil 32
BIOGRAPHIE

Grande figure, il l'était de toutes les manières. De haute taille, de large carrure, de forte voix, et d'immenses appétits.

Dans le monde de la littérature, et très précisément dans son quartier général parisien, Yves Berger, mort d'un cancer qui l'emporta en quelques mois, était «incontournable», pour employer un mot qu'il n'aurait pas aimé, lui l'amoureux de la langue française. Aux éditions Grasset, où il fut directeur littéraire durant un tiers de siècle, il détectait les manuscrits, les défendait bec et ongles, savait comme personne s'ingénier à les faire primer.

Mais cette façade de grand manœuvrier d'automne avait le tort d'occulter sa part la plus riche : sa puissante personnalité d'écrivain.

Cet Avignonnais fils de camionneur qui avait fait des études de lettres en enseigné quelques années était, de son propre aveu, un fou d'Amérique. Les troupes yankees débarquées à la Libération qu'il avait admirées dans sa préadolescence y étaient pour quelque chose, bien sûr, mais cette passion juvénile s'était renforcée dans l'âge adulte, au fil de fréquents voyages en Amérique du Nord, où il s'était surtout épris des Indiens, auxquels il avait fini par s'identifier de plus en plus. Dès qu'il écrivait «pour lui», ce grand initié aux arcanes du sixième arrondissement dépliait l'horizon, et respirait amplement sous les ciels infinis des déserts hérissés de mégalithes et de cactus géants.

Son biotope imaginaire était là, à la fois originel et mythique, vierge et tourmenté, un Eden qu'il revisitait à volonté, et dont il excellait à faire partager la fascination. Un premier roman, Le Sud, fut tout de suite un accomplissement dans cette direction, et lui valut, à tente ans, le prix Femina.

Suivit alors un long silence romanesque, dû à son dévouement trop intense à l'écriture des autres. Il ne le rompit qu'en 1987 avec Les Matins du Nouveau Monde, qui signifia alors le grand démarrage de sa verve créatrice. Entre 1990 et 2000, il donna cinq romans qui composent une fascinante célébration de ces contrées qui le transportaient et stimulaient son style luxuriant, ses grandes orgues lyriques : La Pierre et le Saguaro, L'Attrapeur d'ombres, Immobiles dans le courant du fleuve, Le Monde après la pluie, Santa-Fé. Autant de poèmes romanesques qui, dans les lettres françaises, ne trouvent leur préfiguration qu'en Chateaubriand qui usa lui aussi des mots de son patrimoine pour dire et chanter les fabuleux paysages d'outre-Atlantique.

Car Berger, tout américolâtre qu'il fût, adorait la langue française, qu'il cultivait avec fougue et entendait protéger. C'est pourquoi il siégea dès 1994 au Conseil supérieur de la langue française, et fut quelque temps président de l'Observatoire national de la langue française, fonction qu'il occupa avec une autorité voluptueuse : nul ne savait faire vibrer le subjonctif imparfait comme lui. Ses talents d'écrivain doublés de son inlassable engagement pour la francophonie lui avaient valu, au printemps dernier, d'être élu membre de notre Académie. La maladie l'empêcha de siéger à Bruxelles, ce dont il se faisait une grande joie, et d'être reçu officiellement.

Un homme d'enthousiasmes et de fidélités n'est plus. Après de nombreux livres sur les tribus indiennes et leurs chefs légendaires, il avait publié, en 2003, Un dictionnaire amoureux de l'Amérique qui lui avait fait remporter le Renaudot de l'essai.

Il y faisait le bilan passionné de ses prédilections. Savait-il qu'en le composant, il écrivait son testament?



BIBLIOGRAPHIE

Le Sud, roman, Paris, Grasset, 1962, Prix Femina.

Que peut la littérature?, essai, Paris, 10/18, 1965.

Boris Pasternak, essai, Paris, Sehers, 1967.

Le Fou d'Amérique, roman, Paris, Grasset, 1976.

Les Matins du Nouveau Monde, roman, Paris, Grasset, 1987..

La Pierre et la saguaro, roman, Paris, Grasset, 1990, Prix de la Langue française.

L'Attrapeur d'ombres, roman, Paris, Grasset, 1992.

Immobile dans le courant du fleuve, roman, Paris, Grasset, 1994, Prix Médicis.

Santa Fé, roman, Paris, Grasset, 1997.

Le Monde après la pluie, roman, Paris, Grasset, 1998.

Dictionnaire amoureux de l'Amérique, essai, Paris, Plon, 2003, Prix Renaudot de l'essai.